Les 30 premiers prototypes seront testés le 15 mai avec les habitants du IIe arrondissement de Paris. Du 22 au 25 mai, des adolescents du club écologique du collège Jean-Moulin à Montreuil testeront les prototypes durant tout un week-end.
Photo : Thierry Marcou, directeur du programme Villes 2.0 de la Fing, testant le premier prototype.
Lift09 : Carlo Ratti, les villes du futur
Dans les années 1990, l’utopie était celle du virtuel, explique l’architecte Carlo Ratti. Les villes devaient disparaître (George Gilder). Il n’en est rien. 5 milliards de personnes vivront dans des villes en 2030. La Chine va construire plus de villes en quelques décennies qu’il n’en existe actuellement dans le monde…
Aujourd’hui, on sait que les couches physiques et numériques se combinent pour permettre d’inventer de nouveaux usages de l’espace - dans les villes.
En particulier, la superposition de ces couches produit de nouveaux types de représentation du territoire, de “cartes”. On ne fait plus des cartes 1:400, ni 1:1 (ce que l’on considérait à juste titre comme impossible, “la carte n’est pas le territoire”), mais 1000000:1… La fonction de la carte est de traduire la complexité en simplicité - selon un ou quelques points de vue, en tout cas.
Le Senseable City Lab a mené plusieurs expériences de représentation temps réel de l’activité des téléphones mobiles dans des villes telles que Rome (Real-Time Rome). Cela produit déjà des représentations saisissantes (comme les vidéos de la finale de la coupe du Monde de football ou l’analyse des parcours des bus comparé à la localisation des personnes), permettant de produire des analyses utiles : par exemple mesurer les déplacements des piétons, des automobiles, des transports publics, aux fins par exemple d’en optimiser les rythmes et les itinéraires. Rome Wiki City a prolongé l’expérience en permettant aux gens d’accéder à cette information pour regarder ce qu’ils étaient capables d’en faire.
Fabien Girardin a conduit un projet à Barcelone baptisé Les yeux du Monde qui consistait à analyser le corpus d’images déversé dans Flickr pour regarder et comparer la densité des images prises par les gens, regarder d’où proviennent les photos prises en espagne avec certains types de tags comme “art” ou “restaurant” ou “fête” pour localiser ce types de photos (voir les vidéos). De même, les chercheurs ont regardé la localisation de photos par couleurs dominante comme le “vert”, pour voir d’où elles provenaient, géographiquement. A Florence, il a ainsi été possible de différencier les parcours des touristes et ceux des italiens, qui ne donnent pas la même image du pays. Américains et Italiens qui visitent le même territoire ne suivent pas les mêmes chemins, ne vont pas tout à fait aux mêmes endroits.
Avec le MoMa et AT&T, le Sensible City Lab a mené une autre étude, New York Talk Exchange. Il s’agissait de mesurer les connexions (via les réseaux de télécommunication, téléphoniques et internet) entre New York et le reste de la planète. On peut voir les connexions naître, monter ou diminuer selon les fuseaux horaires, les destinations, les rythmes de travail. Les flux d’information signalent des flux d’activité, de relation, d’appartenance. Quand on observe plus finement les quartiers de New York, on constate que leurs connexions au reste du monde sont différentes. Des compagnies aériennes ont imaginé d’utiliser ces données pour optimiser leurs dessertes ; Western Union, pour relocaliser ses bureaux et de faire des propositions “ethniques” plus fines, quartier par quartier ; des politiciens, pour adapter leur discours aux communautés actives dans chaque quartier…
Peut-on, à partir de capteurs installés dans le réseau de distribution d’eau, comprendre les usages de l’eau dans une ville ? C’était le thème du “pavillon de l’eau numérique” de l’expo universelles de Saragosse. Ses murs étaient des chutes d’eau, qui s’interrompaient pour laisser entrer les visiteurs. (video)
Le Senseable City Lab a d’autres projets à venir. Pour le Sommet de la planète des Nations Unies, qui se tiendra à Copenhague en 2009, le laboratoire (en collaboration avec le Smart Cities Group de Bill Mitchell) a imaginé des bicyclettes augmentées. Elles récupèrent une part de l’énergie ; elles retracent leurs mouvements et les partagent ; elles mesurent l’exposition à certains agents polluants.
Un autre projet, Waste and the City (TrashTrack), consiste à placer quelques étiquettes intelligentes dans des poubelles de New York et en suivre l’itinéraire - où vont-elles, lesquelles se recyclent, où les dépose-t-on à la fin ?…
Daniel Kaplan et Hubert Guillaud
Adam Greenfield, THe Long Here, The Big now
Adam Greenfield, l’auteur d’Everywere, que l’on connaît bien désormais, revient sur la notion de “Long ici et gros maintenant” dont il nous avait parlé à PicNic 2008.
Et de rappeler le backgroup d’un monde où tous les objets, les surfaces du quotidien sont capable de sentir, d’émettre des informations. Cette nouvelle réalité urbaine est déjà en marche, notamment en Corée du Sud qui développe une vision très agressive autour de l’ubiquité avec u-Cheonggyecheong et New Songo. Mais ce type de projet est confronté à un écueil, explique Greenfield : ils partent de la technologie plutôt que d’essayer de comprendre le désir humain.
Peut-on développer des villes 2.0 pour des humains 1.0 ?
De nouvelles manières de faire la ville émergent. Les prérogatives anciennes de la ville s’érodent : notamment celle portée par les architectes. Les architectes sont les spécialistes des espaces infinis, alors que les gens, notamment avec les nouvelles technologies comme le téléphone, cherchent à s’isoler, pour téléphoner, pour rester en contact avec leurs réseaux. Par rapport à cela, il faut s’interroger sur ce que le cyberspace veut dire, comme le posait John Perry Barlow. Le cyberspace est un enfermement par rapport à l’activité humaine de nos villes, mais se déroule dans nos villes. Que se passe-t-il dans l’espace public avec ces gens qui s’isolent sans cesse ?
Si l’information tombe sur nous comme la pluie, nous faudra-t-il des parapluies ?
Les conditions primaires de choix et d’action dans la ville ne sont plus physiques mais résident dans l’invisible et intangible couche d’information en réseau qui l’enveloppe.
D’où le concept de Long Here : chaque lieu, spécifié par ses coordonnées, possède désormais un historique, une profondeur dans le temps, accessible via sa seule localisation. On peut développer des systèmes d’information capables de retrouver l’histoire de nos rues, de nos immeubles… comme on les trouve sur Flickr en nous donnant le sens du temps, en nous montrant le passage des saisons… en nous replaçant parmis tous ceux qui ont partagé le même endroit, voire une même émotion. Pas seulement sous son aspect le plus agréable d’ailleurs : avec des cartographies sur la criminalité, comme Oakland CrimeSpotting, vous avez accès à l’historique de la criminalité d’un quartier, d’une rue, d’un immeuble.
D’où le concept de Big now (gros maintenant). Le Big Now auquel nous sommes de plus en plus confrontés est exactement l’inverse : les données en temps réel montrent le présent et la réalité tangible de la ville. Le Big Now c’est la simultanéité massive. C’est le Pont de Londres qui parle désormais grâce à Tom Armitage et annonce qu’il va se fermer ou s’ouvrir… Et demain, ce sera tout feu de circulation, toute barrière de circulation, tout objet qui risque de nous parler, de s’adresser à nous, comme aujourd’hui le Pont de Londres. On peut commencer à entendre cette clameur qui envahit la planète en observant le New York Talk Exchange du MIT.
Tout cela n’est pas sans conséquences. Les mécanismes en réseau ont tendances à gérer des permissions et à générer donc des exclusions. Quand il y a un homme en face de nous, on peut toujours discuter, argumenter… On peut arbitrer et prendre des responsabilités, mais face aux machines, quel recours avons-nous ? Quel support technique appelons-nous quand une barrière Rfid refuse de se lever ? On sait que beaucoup de nos technologies sont imparfaites, peuvent casser… A l’heure où nos espaces urbains commencent leur transformation, apparaissent des espaces “furtifs” (qui ne peuvent pas être trouvés), “glissants” (qui ne peuvent pas être atteints), “piquants” (qui ne peuvent pas être confortablement occupés), “croustillants” (qui ne peuvent pas être saisis), “nerveux” (qui ne peuvent pas être utilisés sans être sous surveillance) pour reprendre des termes qui font références aux travaux de l’architecte-géographe Steven Flusty (que nous évoquions dans ce billet), auquel Adam Greenfield ajoute le terme “brumeux” pour décrire des espaces qui ne peuvent être cartographiés ou qui n’existent pas sur votre GPS.
Autre conséquence : on va pouvoir regarder autrement l’information sur les villes, les modèles et structures d’utilisation de la ville par les gens. Et en le rendant accessible, localement, à la demande, immédiatement, il peut être utilisé pour agir. On peut ainsi décider d’aller à tel ou tel endroit parce que nos amis sont à tel endroits ou n’y sont pas.
L’avenir des villes ubiquitaires nous appartient.







