Fing
08/09/2009

Chalkbot : le robot graffeur

Peut-être l’aviez-vous dans la caravane du Tour de France ? Le Chalkbot (robot craie, ou craie mobile) est une machine tractée par une voiture qui écrit sur le sol les messages qu’on lui envoie. Il était possible ainsi, durant le tour, d’envoyer des messages à la machine pour qu’elle les écrive sur la route et encourage les joueurs.

Cette machine, subventionnée par Nike pour soutenir le retour de Lance Amstrong sur le Tour de France, a été réalisée par Standard Robot, une société de conception de robots, et Deep Local, une société de conception de projets logiciels locaux, notamment sur mobiles .

Via Adage.

27/02/2009

Lift09 : Appliquer le processus créatif à n'importe quel problème

Le designer Fabio Sergio de Frog Design présente le projet Masiluleke, un projet projet lancé en Afrique du Sud pour combattre le Sida. L’Afrique du Sud a plus de gens infectés par le Sida que n’importe quel pays du monde. 40 % de la population est infecté (4 millions de personnes. Mais seulement 2 % bénéficient d’un traitement et 40 % de ceux qui en bénéficient l’abandonnent en cours. Fabio Sergio explique comment des équipes de concepteurs ont travaillé pour développer un système adapté pour sensibiliser la population Sud africaine à ce fléau. La solution a été d’utiliser bien sûr le téléphone mobile et de permettre aux gens d’envoyer des SMS et d’en recevoir pour être mieux informé sur la maladie. Le programme a reçu 50 millions de messages en octobre 2008, les appels au numéro d’information sur le Sida ont augmenté de 300 %. L’équipe a développé des messages adaptés aux langages locaux selon le lieu d’où appelle les gens. L’équipe travaille désormais à fournir un kit de test moins cher, que les gens puissent utiliser depuis chez eux afin de n’avoir pas à passer par un hôpital et à pouvoir leur assurer une certaine intimité. Le packaging du test a été conçu pour ne pas paraître trop médical.

Mais ne devions-nous pas plutôt parler du futur ?, s’interrompt Fabio Sergio. Le design peut avoir un autre rôle que de rendre les choses jolies, que de cacher les mécaniques internes des produits. Le design imagine le futur, créé du désir, des espoirs… Mais trop souvent pour décrire un monde qui n’existe pas ou imaginer un monde parfait. Or la réalité est bien moins belle, comme le montrent nos déchets qui s’accumulent tout autour de nous. Et de faire référence à Massive Change, le livre de Bruce Mau, qui n’est pas un livre sur le monde de la conception, mais sur la conception du monde. Le design ne va peut-être pas concevoir le monde, mais il peut contribuer à le changer. Le processus du design (immersion, synthèse, conception, prototypage, itération…) peut s’appliquer à d’autres choses que des objets. Le design peut faire évoluer la façon dont on interragit avec le monde. La forme suit l’émotion, la forme suit le sens et résonne avec le système de valeur des gens.

Le design est centré sur les gens, mais les gens ne sont pas seulement des utilisateurs ou des consommateurs. Il faut réfléchir à l’impact de ce que nous concevons et comment cet impact peut-être atteint par la conception elle-même. La technologie est un matériel pour jouer avec. Le design ne doit pas seulement donner des visions de l’avenir, mais construire le futur dans lequel nous voulons vivre, en ayant conscience de celui-ci.

Le designer James Auger du collectif Auger-Loizeau et du département de Design Interactions du Royal College of Art de Londres, tient le même discours. Le rôle du design n’est pas que de rendre les choses jolies pour faire de l’argent. Il a un rôle critique (Design Critic), comme l’a montré leur célébre projet de dent connectée. Dans ce projet qui n’était qu’un prototype pour critiquer notre fascination technologique, Auger et Loizeau avait lancé en 2001 l’image d’un implant audio que l’on pourrait implanter dans une dent afin de franchir l’étape ultime de la téléphonie, en intégrant nos communications dans notre corps. La dent téléphone a été choisie comme la meilleure invention de l’année par le Time magazine en 2002, alors qu’elle n’était pas un projet commercial, mais un prototype pour faire réfléchir les gens aux limites de nos technologies. Comme le disait Stark en lançant son célèbre presse-citron, les objets servent à lancer des conversations.

James Auger travaille actuellement à un projet fascinant qui lui aussi interroge notre rapport à la technologie. S’inspirant des robots autonomes énergétiquement (comme celui du Bristol Robotics Lab) capables de se nourrir de matières organiques pour générer leur propre électricité et fonctionner, James Auger et Alex Zivanovic ont imaginé des Robots domestiques carnivores. Aujourd’hui, nous vivons avec des animaux domestiques (qui étaient il y a longtemps des animaux sauvages) : pourrait-on imaginer des robots domestiques carnivores qui se nourrissent de matières organiques comme nos propres animaux domestiques ? Et de nous montrer les nombreux projets que les designers ont imaginé : un robot qui utilise un papier tue-mouche pour attraper son énergie, qui les récupère et les avale pour s’alimenter. Une lampe qui attire les insectes pour qu’ils fournissent l’électricité nécessaire à son allumage. Autre projet tout aussi délirant, celui d’un robot qui utilise les arraignées de nos maisons pour qu’elles construisent leurs toile à sa surface afin de récupérer les insectes que l’arraignée attrape dans sa toile. Bien sûr, il y a aussi une lampe à UV, comme on en trouve dans certains restaurant, qui récupère les cadavres des mouches. Autre exemple encore, cette table de salon qui utilise les miettes qu’on y laisse comme piège à souris pour les attirer et les dévorer… Quelles biomasses existent dans nos foyers que nous pourrions récupérer ?

Derrière la question volontairement provocante, il y a bien sûr, comme toujours avec les artistes du département de Design d’Interaction du Royal College of Art, une réflexion passionnante sur notre rapport à la technologie.

La Designer Anab Jain de Nokia Design, a exposé quelques-uns de ses projets qui visent également à nous apprendre à jouer du futur. Notamment un projet de recherche (Little Brinkland) sur le futur du travail, qui consistait à imaginer de nouvelles formes d’interaction dans un monde du travail nomade et mobile, où l’on sera de plus en plus appelé à travailler depuis chez soi. Et d’imaginer ainsi, par exemple, rendre nos animaux domestiques utiles pour travail, comme le montre l’exemple de Luka, la chienne connectée. On peut ainsi imaginer conserver nos données sur les puces qui identifient les chiens ou faire que ceux-ci soient des noeuds de réseaux pour nous permettre de nous connecter. Nous n’en sommes pas si loin, comme le montre le projet (réel lui) SnifTag, un site social pour les animaux domestiques et leurs propriétaires, afin de faciliter les rencontres entre personnes ou la reproduction des animaux.

Un autre projet baptisé Objects incognito(qu’il nous faudra explorer plus avant, tant il semble riche), conçu avec Alex Taylor, s’intéresse à notre rapport aux objets. Comme Auger, Anab Jain a imaginé des objets énergétiquement autonomes : une lampe en sucre qui aliment en électricité une vraie lampe. Une radio vivante, que l’on nourrit chaque jour de nos déchets organiques pour qu’elle produise l’électricité nécessaire à son fonctionnement.

Bien évidemement, voir ces objets vivre, mourrir, manger, fait réagir les gens. On ne désire pas nécessairement de tels objets (d’autant qu’ils produisent aussi des déchets organiques dont il faut se débarrasser), mais ils nous posent des questions directes sur comment nous évacuons une part humaine (et écologique) de la technologie.

26/11/2008

ICT'08 : Ressentir et comprendre la robotique

Difficile de définir ce qu’est la robotique aujourd’hui, explique Bruno Siciliano, professeur au laboratoire Prisma, le laboratoire de robotique de l’université de Naples, en introduction de l’atelier sur la robotique qui s’est tenu à ICT’08. D’où le fait qu’il soit peut-être plus simple pour lui d’expliquer ce que les robots sentent et font.

Depuis le Moyen Age, les hommes ont rêvé de se répliquer dans des machines. Cela a donné naissance à tout un courant de la robotique ou plus précisément des robots mécaniques, à l’image des célèbres automates mécaniques de Pierre Jaquet-Droz. Pour Bruno Siciliano, ce courant aujourd’hui est l’une des influence de la robotique humanoïde si chère aux roboticiens japonais.

Un autre courant de la robotique s’est lui plutôt intéressé à développer des machines utiles. En 1975-1985, c’est l’explosion de la robotique industrielle. Entre 1985 et 1995, c’est le développement de la Field Robotics, c’est-à-dire la robotique des champs, dont Rover, le robot martien autonome ou le Grand Challenge, cette course de voiture complètement automatisé, ont été longtemps les emblêmes. Avec la Field Robotics, la robotique est sortie des usines pour investir les grands espaces. Autre période, 1995-2005 : c’est l’explosion de la robotique de service, dont Roomba, le robot aspirateur et Zeus, le robot chirurgien, sont les emblêmes. Les robots arrivent dans la maison, dans notre quotidien. Et de prédire l’arriver d’une nouvelle époque, celle de la robotique personnelle. Car demain, les robots seront aussi pervasifs et aussi personnels que le sont nos ordinateurs aujourd’hui, comme l’évoquait en janvier 2007 le magazine Scientific American, en évoquant l’aube de l’âge des robots.

La robotique aujourd’hui travaille à la confluence de plusieurs domaines : les principes actifs (la locomotion, la manipulation et la servocommande, c’est-à-dire les systèmes permettant de contrôler les mécanismes) la perception (qui provient de capteurs sur l’état du robot ou de son environnement) et la connection intelligente (c’est-à-dire la capacité d’apprentissage et d’acquisition de savoir faire). Ce qui différentie les champs de la robotique (la robotique industrielle de la robotique des champs ou de celle des services), c’est la croissance de l’autonomie des robots. Une croissance d’autant plus forte que sur le marché, les robots personnels et de services sont en passe de représenter l’essentiel des ventes. Alors certes, cette robotique de service tient encore beaucoup du jouet, du loisir. Mais elle inaugure tout de même cette nouvelle génération de robots capables de cohabiter avec l’homme, avec lequel le robot va partager l’espace et non plus avoir un espace réservé, comme l’évoque très bien l’excellente vidéo du projet européen SMERobot, afin de montrer que les robots peuvent aussi avoir leur place dans les PME.

Et d’évoquer encore deux projets européens dans lesquels le laboratoire de Bruno Siciliano est partenaire. Phriends, qui réfléchit à comment renforcer la sécurité des interactions hommes-machines. Se référant à la première loi de la robotique imaginée par Isaac Asimov, le projet Phriends travaille à des robots industriels qui seraient capables de détecter la présence des hommes pour ne plus jamais les blesser (vidéo).


Le programme Dexmart, lui, consiste à apprendre de la dextérité aux robots, afin qu’ils soient capables un jour de vous servir le café (vidéo).

Et Bruno Siciliano, après avoir fait la publicité pour le Springer handbooks of Robotics qu’il vient de coordonner, de nous inviter à regarder plus loin encore : quand la robotique disparaît, devient ubiquitaire, distribuée ou embarquée, pour mettre de l’intelligence directement dans notre environnement. Il ne lui aura manqué que d’évoquer, pour mieux l’illustrer, AUR la lampe robotique de Guy Hoffman du MediaLab (vidéo).

Autant dire que les autres interventions plus techniques ont fait pâle figure après cette introduction riche en perspective. Ralf Koepp de Kuka, le leader de la robotique industrielle qui s’intéresse désormais également à la robotique personnelle a néanmoins évoqué plusieurs projets intéressants comme la plateforme européenne de robotique à laquelle son entreprise participe. Il a également évoqué le projet SMERobot et l’idée d’apporter la robotique dans les PME comme un grand défi pour l’Europe et le secteur. Dans ce cadre, il a évoqué, OmniRob, le robot mobile développé par Kuka (vidéo) en soulignant le besoin de recherche sur la situation, la mobilité et la localisation des robots pour faciliter leur autonomie de mouvement. Jeremy Wyatt du Laboratoire de robotique intelligente</a> de l’université de Birmingham a évoqué le défi qu’adresse la recherche en cognition à la robotique. Sethu Vijayakumar, directeur de l’Institut de perception, action et comportement à l’Ecole d’informatique de l’université d’Edinburgh a lui évoqué les capacités d’apprentissages des robots, expliquant avec force formules mathématiques combien les robots devaient s’améliorer dans les domaines de la compréhension de leur environnement. Pour sa part, son laboratoire travaille à faire comprendre aux robots les forces qui l’environnent, comme par exemple en lui apprenant à garder une balle en équilibre au bout d’un bâton ou à jouer avec une balle et une raquette… L’idée est de parvenir à donner au robot les capacités motrices de l’homme, comme le sens de l’équilibre. Avec le Honda Research Institute allemand, son laboratoire travaille à apprendre à un robot à passer une éponge sur une voiture. Un geste qui nous paraît à nous êtres humains simple, mais qui est plutôt complexe à appréhender pour les machines intelligentes. Comme quoi, nous avons encore quelques capacités qu’ils n’ont pas.