Fing
20/10/2008
Carte mondiale des réseaux sociaux
19/10/2008
“La toile se révèle un lieu d’exhibition aux mécanismes aussi complexes qu’incontrôlables. Un phénomène renforcé par le succès des réseaux sociaux où il s’agit d’ouvrir grand son intimité pour accéder à celles des autres. En remontant le fil de l’affaire Manaudou, Grégory Magne et Stéphane Viard analysent ces phénomènes de propagation et explorent les dispositifs de lutte existants” Un film à voir sur le site 13ème Rue

“La toile se révèle un lieu d’exhibition aux mécanismes aussi complexes qu’incontrôlables. Un phénomène renforcé par le succès des réseaux sociaux où il s’agit d’ouvrir grand son intimité pour accéder à celles des autres. En remontant le fil de l’affaire Manaudou, Grégory Magne et Stéphane Viard analysent ces phénomènes de propagation et explorent les dispositifs de lutte existants”
Un film à voir sur le site 13ème Rue

04/10/2008

Francis Jutand : l'avenir des réseaux sociaux

En quasi direct des Entretiens du nouveau monde industriel à Beaubourg. Retour sur quelques présentations.

Francis Jutand, directeur scientifique de l’Institut Télécom et président du Pôle Cap Digital, s’intéresse lui à une approche technico-prospective des réseaux sociaux numériques. Les réseaux sociaux de la société numérique sont une composante des services numériques. Les réseaux socio-numériques donnent un rôle fort aux utilisateurs, qui apportent ou créent des contenus et permettent de fortes interaction synchrones ou asynchones entre eux. Par rapport aux réseaux sociaux existants, le numérique apporte de la puissance (loi de Metcalfe), de la fluidité (les contenus peuvent passe d’un endroit à un autre), on peut y associer des médias différents et on peut y ajouter de la mobilité et de l’ubiquité. Pour les utilisateurs, reste à gérer l’abondance ce qui implique une forte électivité et une forte volatilité des utilisateurs. Le plus souvent, on appartient donc à plusieurs réseaux.

Il y a plusieurs types de réseaux sociaux, synthétise Francis Jutand :

  • l’évolution des médias de masse permettant des accès massifs, simultanés ou rapprochés à des contenus à “haute valeur désirante” (scoop, évènement, peoples, transgressif, star…).
  • le développement de communautés numériques centrés autour de la communication (coopération,é change type forum).
  • l’encyclopédie nuémrique, c’est-à-dire l’assemblage de savoirs et de connaissances par des experts ou des amateurs.
  • Les réseaux professionnels, pour créer un réseau d’intérêt ou de lobby, direct ou indirect, professionnel ou extraprofessionnel.

Chacun de ces types de réseaux exprime des besoins technologiques différents pour augmenter leur puissance. Dans le domaine de l’encyclopédie, on a besoin d’outils de traitement, d’annotation et d’outils de gouvernance. Dans le domaine des médias, on a besoin d’outils de mesure d’audience, d’outils capable d’assurer la qualité du débit et d’outils permettant de développer des contenus enrichis. Dans le domaine des réseaux d’intérêt, il faut des outils de coopération, des outils de matching pour mieux trier et des outils capables d’assurer la réputation et la confiance. Dans le domaine des communautés, on a besoin d’outils permettant d’assurer la présence, de permettre de nouvelles formes d’interaction (géolocalisation par exemple) et d’animation pour faire vivre ces communautés de la manière la plus intense possible.

Quels sont les moteurs, le carburant et l’impact de ces différents réseaux sociaux. Pour le modèle encyclopédique, le moteur est assurément le partage, la mise à disposition de savoir. De point de vue de l’impact, c’est ici le média des amateurs. Pour le modèle des réseaux d’intérêt, le moteur est l’intérêt (pouvoir utiliser ce réseau d’amis), le carburant est l’information que l’on échange (les opportunités) et l’impact fort tient à exercer son contrôle son lobbying. Du côté des communautés, le moteur est l’appartenance, qui est cimentée par le faire ensemble et l’impact, de plus en plus, va être la “décentration” (on se décentre sur le groupe plutôt que sur soi, ce qui risque d’avoir des impacts psycho-sociologiques importants). Dans le modèle des médias, le moteur est le désir, le carburant est l’audience (massive comme spécialisée) et l’impact est le risque de développer des formes d’addiction profondes, comme dans le jeu.

Par rapport à l’outillage technologique qu’on connait aujourd’hui, quelles vont être les ruptures, les technologies d’intermédiation de troisième génération dans ces réseaux sociaux ? C’est la réalité virtuelle, mobile et immersive qui va créer une intermédiation de la présence bien plus forte : on s’immerge de plus en plus. C’est aussi les agents intelligents et les avatars pour créer une intermédiation plus forte de l’interaction humain-machine, des intermédiaires de cette interaction. C’est aussi les objets communicants et agissants qui vont créer une intermédiation de l’interaction entre l’humain et le monde physique. Enfin, c’est le traitement sémantique qui va créer une intermédiation de l’interaction entre humain et savoir (voire mémoire) : on organise sa mémoire différemment avec l’accès à des outils de mémorisation.

Les ruptures technologiques vont s’appliquer différemment selon les modèles de réseau. Le développement sémantique va avoir un impact plutôt sur les réseaux encyclopédique, l’intelligence sur les réseaux d’intérêt, la virtualité sur les réseaux médias…

Reste à voir les opportunités et les dangers de toute cela. Peut-on croire que la connaissance est neutre ? Il peut y avoir des affrontements idéologiques très puissants autour des réseaux de types encyclopédiques. Du point de vue des réseaux d’intérêts, ils peuvent permettre beaucoup d’efficacité et de créativité, mais ils peuvent aussi développer une “mafiatisation” de ses membres. Du côté des réseaux communautaire, cette promesse d’intensification des liens sociaux fait peser des risques forts sur la “déprivatisation” : on publicise nos affaires privées. Du côté des réseaux de type médias, on a des outils fantastiques pour l’imagination et la sensation, mais il y a un risque fort de “dé-situation”.

Quelques éléments de prospective
La révolution numérique met la société en état d’instabilité et de bifurcartion, c’est-à-dire de changement de phase de la société. Les bifurcations sont difficiles à prévoir, mais on peut s’y préparer.

La dynamique des réseaux sociaux est à la fois un thermomètre et un vecteur agissant et destructurant sur toutes les dimensions de la société humaine (communication, coopération, connaissance, contrôle…). Les déstructurations des relations sociales préparent un changemnet vers un monde intermédia à l’échelle mondiale, avec une grande diversité d’axes de restructuration possibles. Les scénarios prospectifs sont là, la meilleure façon de comprendre.

L’évolution des réseaux sociaux doit faire l’objet d’une grande attention. Ils peuvent être pour la société humaine le support de progressions du lien social spectaculaire ou de régressions violentes. Les technologies qui les supportent doivent être développées pour ouvrir le champs des scénarios et anticiper les effets pervers (comme la déprivatisation). L’influence sur les modes de représentation du monde et d’actions, sur les langages et les modèles sont un enjeu de formation pour le future pour que nos enfants maitrisent le monde qui se construit et pour éviter les incompréhensions de ce monde et que les gens les refusent. L’accélération apparente très forte des pratiques doit être mise en rapport avec les évolutions plus lentes des imaginaires qui les sous tendent.

Et Francis Jutand de dresser la topolotige des besoins (la richesse, l’appartenance, le savoir, l’émotion, les sentiments), des opportunités (la créativité, le décloisonnement, l’accès pour tous, le plaisir, les échanges) et des menaces (les fractures, la ségrégation, l’intoxication, l’addicion et la dépersonnalisation). “La technologie ouvre à la création, accélère les destructurations, outille les régénérations, libère si elle n’étouffe pas, elle est toujours au centre du mouvement de la vie”, conclut-il.

03/10/2008

Michel Gensolen : Economie des communautés médiatisées

En quasi direct des Entretiens du nouveau monde industriel à Beaubourg. Retour sur quelques présentations.

Michel Gensolen, est économiste, chercheur à Telecom ParisTech au département des sciences économiques et sociales. Les plateformes d’interaction ont modifié les réseaux sociaux, mais quelles influences ont-elles sur l’économie ?

Si l’on peut encore parler de nouvelle économie (induite par le web), c’est parce qu’internet permet un nouveau type d’interaction sociale, spécifique à l’internet. On parle, pour désigner ces structures d’interaction de communautés, de réseaux sociaux, de plateformes d’interaction ou de médias de masse symétrique (pour insister sur le fait qu’on passe d’un système de régulation des échanges des masses médias asymétriques à des masses médias symétriques).

Le lien social ne joue (théoriquement) aucun rôle en économie libérale. Dans le cadre économique standard, les hommes ont des rapports avec les choses, et entre eux (mais ce n’est qu’un moyen pour avoir des rapports avec les choses) et l’agent vendeur n’a que peut d’importance. Les marketeurs s’intéressent bien sûr un peu plus à l’homme-consommateur, mais peu au rapport à l’autre. Ce n’est pas un hasard si les économistes oublient le lien social, car si les fonctions d’utilité ne sont pas innées, si les marchés ne sont pas structurés par des relations privilégiés entre agents, la justification des marchés libres ne tient plus. On comprend que les économistes aient du mal à parler d’internet, car la nouvelle économie induit des lieux d’échange d’informations sur la qualité des biens (et leurs prix) par exemple.

Les liens sociaux ont deux fonctions économiques. Ils permettent de créer des contrats avantageux : c’est la confiance. L’économie libérale remplace la confiance entre deux individus par des règles abstraites issues d’institutions (judiciaire, policier, monnaie, marchés…) qui assurent des relations efficaces entre individus. Dans ce cadre, la confiance entre des étrangers devient possible : on passe des réseaux de confiance locaux, à des réseaux très vastes car ils ne reposent pas à des relations personnelles.

D’un autre côté, le lien social permet l’apprentissage culturel, c’est-à-dire permet de s’intéresser à la dynamique de la demande. On consomme pour avoir des relations avec les autres : par imitation, ostentation ou statut social (comme l’expliquait Bourdieu) ou par consommation culturelle (l’utilité se transforme par les échanges entre consommateurs). Il est assez exact de dire qu’internet change les structures d’interaction : à la fois par les mécanismes de reconnaissance des caractéristiques des biens d’expériecne (critique collective, communauté d’expérience) ; ensuite par la formation des usages et l’apprentissage (mise en commun des expertises) et la formation sociale des goûts (formation mimétique – l’autre me désigne ce que j’aime – ou la formation culture (les biens sont des supports pour avoir des rapports avec les autres et avec soi-même).

Aujourd’hui, ces transformations ont lieu sur des médias de masses asymétriques caractérisés par l’aspect culturel (peu d’agents diffusant vers des audiences larges). Les émetteurs et les contenus sont supposés induits par la demande : TF1 fait les utilités des gens. Dans les MMA, le débat culturel se fait mal (en raison de la passivité, liée à l’asymétrie), la confiance se fait mal (la publicité manipule la forme), et le bundling est onéreux (ruiné par le progrès technique, comme l’a montré le magnétoscope permettant de se passer de la publicité). La conséquence de ce modèle économique réside dans la faible qualité des contenus et la faible diversité des biens échangés.

Dans les MMS, l’audience élabore, utilise et échange autour des contenus. Alors que les contenus étaient des flux (émissions) dans les MMA, ils deviennent des stocks (podcasts, vidéos qu’il faut entretenir). La publicité interfère beaucoup plus avec le contenu, comme le montre la publicité contextuelle de Google. L’interaction entre les fonctions d’utilité des gens est plus intime, plus symétrique, mais aussi plus éclaté selon les communautés, les styles de vie… La contrainte économique du gestionnaire est différente : si les recettes sont faibles, les couts sont également bien plus faibles. La conséquence de ce modèle, c’est la qualité variable des contenus, une plus grande diversité des biens, comme le théorise la Longue Traîne, et nécessite une réflexion sur la qualité de la publicité dans ce nouveau modèle.

Sur les plateformes culturelles, le lien social s’adresse aux caractéristiques et non à l’identité, c’est-à-dire qu’on s’intéresse aux caractéristiques des personnes avec lesquelles on échange, indépendemment de qui il est (on interagit avec des gens qui aiment le cinéma, qu’importe qui c’est). Le lien social est médiaté par le corpus, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de relation suivie entre les individus : on s’intéresse à la critique d’un film, pas aux gens qui la font. La motivation pour contribuer n’est pas principalement altruiste ici : ce qu’on donne au corpus est faible, car déjà faite. Si je rencontre en bug et que je l’ai résolu, je le partage car cela ne me coute plus grand chose, par rapport à l’avantage que cela apporte au plan social. Quant à la motivation à utiliser, elle dépend de la facilité d’utilisation et de la qualité que l’on prête au corpus, c’est-à-dire au contenu comme à son organisation.

Sur les plateformes relationnelles (type Facebooke), le lien s’adresse à l’identité des individus et non à leurs caractéristiques, ce qui est mis en commun (le corpus, ici), ce sont les relations. Ces plateformes ont pour but de créer des liens, induisant de la confiance personnelle. Reste à savoir à quoi visent ces sites : créer une confiance non systémique, c’est-à-dire à la confiance personnelle et non institutionnnelle.

Est-ce que ce qu’apporte l’internet, n’est-il pas l’Identité à responsabilité limitée ? L’internet permet des relations à l’intimité et à la stabilité fluides. Faut-il réfléchir à la législation des avatars, comme le proposent déjà des légistes américains comme Beth Simone Noveck.

25/09/2008

Jiry Engeström : Nos objets sociaux

En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.

“Les gens ne se connectent pas au hasard”, nous explique Jiry Engeström, le fondateur de Jaiku. “Ils se connectent à travers d’objets avec lesquels ils partagent leurs centres d’intérêt”.

La plupart des services sociaux qu’on utilise quotidiennement nous permettent de partager des objets que ce soit de la musique avec last fm, des évènements sur Facebook, des signets sur delicious, des livres sur LibraryThing, des photos sur Flickr. Sur SoundCloud par exemple, on échange ses compositions avec des collaborateurs pour les évaluer, avoir le ressenti des uns et des autres sur tel passage ou tel autre.

Ci-dessous, les slides de Jiry lors de sa présentation du sujet au dernier Reboot, très proches des slides qu’il a présenté tout à l’heure.

Nodal Points - The Emerging Real-Time Social Web (@Reboot 10) View SlideShare presentation or Upload your own. (tags: vision peripheral)

Nous devons découvrir de nouveaux objets sociaux ou plutôt des objets centrés sur la sociabilité, explique Jiry. Nos outils mobiles ou connectés permettent de mettre en valeur des objets qu’on ne partageait pas avant : les messages textuels permettent de partager des émotions sur Twitter, Bluetooth sa présence, etc. “C’est pourquoi les objets sont intéressants” : leur fonctions mêmes nous permettent de partager.
Quand on utilise un service on définit “ses verbes”, c’est-à-dire les actions que l’on peut faire avec. Cela introduit une “vision sociale périphérique” : sans signaux des intentions des autres, serons-nous encore capable de prendre des décisions, de bâtir des projets, de décider où nous rendre… ?

Dans les 24 prochains mois, les services que nous utilisons vont tous devenir sociaux, prédit Jiry. Il va nous falloir imaginer un monde physique où nous aurons autant voire plus d’information périphérique à notre disposition que dans World of Warcraft. Reste à savoir à quoi dois-je faire attention de ce qu’il se passe autour de moi : pour que l’information m’arrive au bon moment.