PICNIC 2010 : Les résultats de l’atelier “données publiques ouvertes”
L’atelier sur les “données publiques ouvertes” de PICNIC, qui faisait suite à la conférence du matin, était particulièrement riche. Une trentaine de participants d’une bonne demie-douzaine de pays européens ont réfléchi ensemble - et démontré, chemin faisant, l’émergence d’une communauté de pensée et d’action à l’échelle européenne.
On en trouve les rapports sur ce wiki.
Merci à Frank Kresin, de la Waag Society, d’avoir organisé cette journée !
PICNIC 2010 : Open Data, pourquoi, comment ?
Lors de PICNIC, une journée entière était consacrée aux “données ouvertes”. J’y interviens - d’où le caractère un peu brut de ces notes, 100% temps réel.
Rufus Pollock
Rufus Pollock, économiste britannique et fondateur de l’Open Knowledge Foundation, introduisait cette session.
Son point de départ, comme beaucoup, est la frustration devant la difficulté d’analyser les dépenses budgétaires de son gouvernement (britannique). Celles-ci sont publiques, mais très difficiles à exploiter. Tout le monde peut lire d’énormes documents PDF (ou papier) budgétaires, mais comment analyser les données que contiennent ces documents ?
“Ouvert”, ça veut dire quoi ? Pour Pollock, la liberté pour quiconque d’obtenir, utiliser, réutiliser et redistribuer les données. Cela inclut une dimension technique : les données doivent être brutes, mais aussi interopérables - c’est à dire qu’on peut les mélanger avec d’autres données.
De quelles données parlons-nous ? Budgétaires, géographiques, statistiques, réglementaires, électorales… Tout, sauf les données personnelles.
Pour quoi faire ? D’abord, découvrir l’information et la comprendre plus vite : quelle est la meilleure manière d’aller à un endroit ? Quelles actions acheter ? Quel est l’impact du réchauffement climatique ? Les données ouvertes commencent par rendre possible la création d’outils qui permettent d’utiliser ces données.
Quels bénéfices ? Innovation, productivité et confiance.
Quelle équation économique ? L’information est un bien non-rival : si je vous la donne, je l’ai encore. Qui plus est, l’information (numérique) ne coûte rien à copier.
Les données ouvertes permettent de passer à l’échelle de manière beaucoup plus efficace que des données fermées. Si elles sont brutes, on peut les diviser en atomes d’information, puis les recombiner, entre elles et avec d’autres, de multiples manières.
Ce qu’il se passera de plus intéressant avec vos données sera presque certainement imaginé par quelqu’un d’autre.
Les données ouvertes rendent possible une société read/write : tout le monde peut analyser l’information publique et contribuer.
Il y a beaucoup de manières de financer la création sans privatiser les données. D’une part, beaucoup de services (de conseil, d’analyse etc.) se fonderont sur les données. Et les données sont une plate-forme sur laquelle se créeront des services.
Comment démarrer ?
- Par quelque chose de rapide, petit, simple. N’attendons pas que tout soit libéré.
- En revanche il faut immédiatement traiter la question des licences - www.opendatacommons.org est une ressource essentielle
- Créer tout de suite un catalogue de données - qui ne stocke pas les données, mais les référence.
- Travailler sur la modularité : créer des “paquets de connaissance”, des API qui rendent la réutilisation plus simple et plus extensive
- Impliquer les citoyens et les développeurs : l’ouverture n’est pas une fin en soi, elle n’a de valeur que si les données sont utilisées
Julian Tait, FutureEverything
L’organisateur du formidable festival FutureEverything Julian Tait présentait ensuite le travail qu’il mène sur les données ouvertes avec la ville de Manchester, où le festival se déroule. Tout est parti d’un atelier qui se posait une question ambitieuse : comment la ville évoluerait-elle si toutes les données étaient ouvertes ?
Manchester compte 320 000 habitants, mais dans une conurbation de 2,5 millions de personnes qui pensent toutes vivre à Manchester. En revanche, la gouvernance en est profondément éclatée. Une seule décision dans le bureau d’un maire ne peut pas y accomplir grand-chose.
Pour obtenir l’ouverture des données, le premier levier a été le Freedom of Information Act, qui garantit l’accès aux données (pour des raisons de transparence), mais aux données que les citoyens demandent de manière précise - ce qui suppose qu’ils en aient connaissance… Donc cela ne suffit pas. Il faut convaincre les autorités locales de la valeur que l’ouverture des données représente pour elles, et aussi qu’il y aura de la demande pour ces données.
L’approche s’est donc fondée sur trois piliers :
- Créer une communauté d’utilisateurs de données. Il était important de le faire dès le départ, sans attendre qu’il y ait beaucoup de données : des hackers, des associations citoyennes, des chercheurs, des entrepreneurs… Il y a beaucoup d’outils pour le faire, des wikis, les Google groups, Twitter… Il faut vite y inclure des acteurs publics, pour que ces communautés ne se vivent plus “face” aux autorités, mais “avec”. Ce qui pourrait par exemple permettre aux collectivités de demander aux gens les données qu’ils désirent, voire de demander des conseils sur la manière d’ouvrir l’accès à certaines données.
- Cibler les gestionnaires de données au sein des collectivités locales. Les décideurs publics ont rarement connaissance des données que leurs services manipulent. Ce sont les informaticiens qui en ont connaissance, qui savent dans quel état elles sont, et comment elles peuvent être mises à disposition. Et on peut même obtenir d’eux qu’ils ouvrent l’accès à certaines données sans enjeux, sans attendre de décision politique.
- Puis il faut travailler les décideurs au corps. Pour cela, il faut construire un discours concret, un “récit” des bénéfices des données ouvertes ; et préparer des arguments, parce que les objections seront nombreuses. On peut aussi montrer quel est le coût des systèmes fermés - par exemple, le coût humain pour répondre à des questions qui n’existeraient plus si les données étaient disponibles.
Les difficultés sont essentiellement liées à la peur des autorités locales, vis-à-vis de l’opinion et encore plus de la presse. Les licences sont un problème, et les autorités ne maîtrisent pas tout : par exemple des données géographiques peuvent être construites à partir de bases de données géographiques dont la licence est très restrictive. Enfin, les autorités ne savent pas quelles données elles manipulent, ni où elles sont (sans compter que certaines sont en fait détenues par des sous-traitants privés).
Quels autres risques ? L’inquiétude que les gains en productivité se traduisent en destruction d’emplois. La crainte que l’accès aux données ne donne plus de pouvoir à ceux qui en ont déjà, à ceux qui savent qu’en faire. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de ces questions.
Tout cela a bien fonctionné. 33% des données ouvertes du Royaume Uni viennent de Manchester !
Jarmo Eskelinen, Forum Virium
Jarmo Eskelinen, le directeur de Forum Virium Helsinki, que nous avions également invité à Lift France 10, a présenté les “3 M des données ouvertes” : Mandat, Mentalité (Mindset) et Méthodes.
L’un des arguments pour les données publiques est économique. Quelqu’un de la Commission économique a estimé la valeur potentielle des données publiques à 27 milliards d’euros. Mais cette valeur est indirecte : ce que les organismes publics peuvent obtenir en vendant leurs données est infiniment plus bas, d’autant qu’en général ils se les vendent entre eux.
Forum Virium organise chaque année un concours d’applications fondées sur les données publiques. Le gagnant de cette année est un outil mobile qui permet de scanner le code barre d’un livre pour savoir s’il est disponible dans une des bibliothèques municipales.
Et donc, les 3 M :
- Le Mandat : la directive européenne de 2003 prescrit clairement de rendre les données publiques accessibles et réutilisables - mais elle ne dit pas à quel prix. Mais ça ne suffit pas. Il faut une pression interne.
- La Mentalité : les deux objections des organismes publics se fondent sur la peur (qu’on fasse quelque chose des données qui leur cause du tort) et le sentiment de propriété. Comment dépasser ces blocages ?
- Par la Méthode : derrière les peurs affichées, il y a souvent le fait que les détenteurs de données ne savent pas comment les mettre à disposition. Il faut les y aider, leur montrer que c’est bien plus aisé qu’ils ne le croyaient.
L’une des premières tâches de Forum Virium a donc consisté une plate-forme d’échange de données (Helsinki Region Infoshare) : des outils, des référentiels (de métadonnées par exemple), des licences, un annuaire des sources de données, un point de contact pour les administrations, mais aussi les réutilisateurs.
Comment présenter les bénéfices de l’ouverture pour les acteurs publics ?
- Un meilleur accès à leurs propres données
- Moins de redondance (tous les organismes publics ont des bases de données, des outils, des cartes… entièrement ou partiellement redondantes - et souvent peu cohérentes)
- La capacité de créer ou co-créer de nouveaux services - et de mieux penser les partenariats avec des acteurs privés.
- La création de participation et l’implication, tant des agents territoriaux que des citoyens.
- Des économies (moins de redondance, moins de facturations absurdes entre départments d’une même organisation publique)
- De meilleures données, notamment par le retour des citoyens
- Un retour concret d’informations sur la qualité des informations et des actions publiques.
Et les bénéfices pour les acteurs privés sont… les mêmes. Il n’y a pas de conflit d’intérêt.
Ton Zijlstra
Evoquant l’ouverture des données publiques aux Pays-Bas, Ton Zijlstra (qui intervenait aussi à Lift, mais sur les Fab Labs). Son titre : “Oui„ mais… Non mais…”, deux séquences qui ouvrent beaucoup des réponses des acteurs publics aux demandes d’ouverture des données.
Comme ailleurs, il y a des lois - la directive européenne, une loi sur le droit d’accès aux informations publiques qui date de 30 ans - et la pratique, beaucoup plus restrictive. Il y a des données disponibles, mais interrogeables une à une et non réutilisable ; ou alors très chères ; ou non documentées… Dans les administrations, il y a de bons techniciens qui font d’énormes portails ; et des gens qui n’ont aucune vision technique.
Mais il y a plusieurs problèmes avec l’expression “données publiques ouvertes”. “Public”, c’est quoi ? Plein d’organismes et d’acteurs. Et les “données” ? Une donnée n’existe jamais par elle-même. Et les “réutilisateurs” ? Il faut s’intéresser à leur diversité : les citoyens, les activistes, les programmeurs, les entrepreneurs, les chercheurs… pour des besoins eux-mêmes très différents : participation, contrôle, création de services, amélioration des services publics, productivité interne, usages culturels, associatifs… Sans compter que, comme ailleurs, le plus probable est que les usages vraiment transformateurs émergeront des endroits les plus inattendus.
Donc il faut travailler avec de vrais acteurs publics, de vraies données, de vrais gens. En commençant par constater que ce n’est pas un face-à-face, mais des alliances à créer. Les fonctionnaires sont aussi des citoyens et le plus souvent, ont vraiment le service public à coeur. D’où la création de Ambtenaar 2.0, une plate-forme qui réunit quelques 4000 agents publics qui veulent échanger sur la transformation de leurs administrations.
Un bel exemple : la livraison de la base des 60 000 bâtiments qui font partie du patrimoine culturel néerlandais à Wikipedia, dont les utilisateurs se chargent de documenter les fiches. Le directeur du service qui a choisi cette option espère à la fois améliorer la qualité de l’information, et pouvoir réduire la taille de son service.
Pour le ministère de l’intérieur, l’ouverture des données doit d’abord favoriser la participation démocratique. D’où un travail sur les licences, qui vise à en abaisser les contraintes et le coût. Un projet de répertoire de données fondé sur l’outil commun C-KAN. Et une série d’initiatives en direction de communautés de réutilisateurs.
Il y a un vrai désir de la part de pas mal d’acteurs publics de s’ouvrir et d’en tirer parti. Et c’est aussi à la communauté des réutilisateurs d’apprendre à travailler avec eux.
La prochaine frontière est celle des données d’entreprises.
Pour avancer, nous devons continuer à partager nos réussites et nos expériences.
(et là, c’est mon tour…) Réfléchir aux conséquences de l’ouverture des données publiques
Après une rapide présentation de la situation française, j’ai présenté un petit exercice de “micro-prospective”, que nous aimerions poursuivre avec ceux qui le voudront, sur les conséquences possibles de l’ouverture des données publiques. Supposons que nous ayons réussi à ouvrir une très large partie des données publiques à l’accès et la réutilisation, sans trop de restrictions techniques ou économiques. Qu’est-ce que ça produit vraiment au niveau de la vie quotidienne, du contrôle et de la participation démocratiques, de l’innovation, des services au public, de la croissance, de la cohésion social, des acteurs publics eux-mêmes ? Et qu’est-ce qui fait qu’on passe du scénario tout rose que nous aimons bien décrire, à d’autres scénarios qui le sont moins ?
Les slides sont disponibles. Ce travail ne fait que s’engager. Commentaires et contributions bienvenus !
Une question intéressante issue de la discussion
Au fait, y a-t-il des cas de création de valeur économique à grande échelle fondée sur les données publiques ? Tous les intervenants, moi compris, sont encore secs. Pollock évoque les “Weather Derivatives” aux Etats-Unis. Mais pour l’instant, ce sont encore les vendeurs de pioches (les consultants, les SSII) qui font de l’argent, pas les chercheurs d’or qui achètent leurs outils.
La journée se poursuit en ateliers. Frank Kresin de la Waag Society en produira certainement un rapport.
PICNIC 2010 : Jeff Jarvis et le futur des médias
C’est quoi le journalisme ?, demande le Global Reporting Room, un projet qui entend “mobiliser des experts des anciens et des nouveaux médias pour mettre en perspective la valeur du journalisme pour les individus, les territoires, les Etats, la société et la culture”. Quelques vidéos introduisent la session sur “le futur du journalisme” de PICNIC - et elles ne disent pas grand-chose…
Mais l’après-midi commence vraiment avec la star : Jeff Jarvis, qui nous parle des nouvelles formes, nouvelles structures et nouvelles opportunités pour les médias.
Il y a du contenu partout. Les journalistes ne décident plus de ce qui est du contenu ou ne l’est pas. En exploitant les tweets, on peut mieux prédire le succès d’un film qu’en lisant la presse (mais depuis quand est-ce le métier de la presse de prédire le succès ?? - Ndlr).
L’information comme processus
L’information est un processus, pas un produit. Elle n’a pas de début ni de fin. L‘“histoire”, l’article, la mobilisation médiatique, n’est qu’un moment de ce processus. Wikipedia donne un aperçu de la connaissance du moment sur le sujet. Les liens pointent vers des ressources. Les blogs la commentent et la transforment… L’article est une page, et tout autour existe un flux d’informations et de discussions. L’information comme “produit” est le résultat d’un dispositif donné de production et de distribution, propriété d’un petit nombre d’entreprises, standardisé et descendant. Son standard est la perfection.
L’information comme processus s’ouvre à l’interprétation, elle se rend transparente. Elle appelle des apports extérieurs. Elle indique ce qu’elle ignore et aimerait savoir. Elle est rendue possible par des liens et elle constitue des réseaux autour d’elle. Elle se satisfait pleinement de contributions imparfaites, dès lors qu’elles se présentent comme telles.
Cette transformation franchit un nouveau cap avec les mobiles, locaux et personnels. Qu’est-ce, qui est autour de moi maintenant ? Que savons-nous de cet endroit, quelles données produit-il ? Qui parmi mes connaissances a quelque chose à dire à son propos ? Et si j’y conviais quelqu’un d’autre ?… Les médias n’ont aujourd’hui aucune compétence pour répondre à de telles questions.
Nouvelle structure
Cette transformation transforme la structure du secteur des médias. Les médias étaient des marques qui découvraient et filtraient l’information pour notre compte. Puis est venu Google. Puis les réseaux sociaux. Google produit 4 milliards de clics vers des médias ; bit.ly, l’abréviateur d’adresses web lié à Tiwtter, en produit tout autant (mais pas forcément vers des médias;..) depuis quelque temps !
Aujourd’hui la marque des médias ne constitue plus le début d’une recherche, mais son aboutissement - éventuel - d’une recherche ou d’une conversation. Cela change tout. Le défi central est celui de la capacité à impliquer les individus. Il ne s’agit pas de “créer des communautés”, mais de les aider à faire ce qu’elles veulent accomplir, par exemple en les aidant à organiser leur information.
Nouvelle économie
On passe de “l’économie de l’encre” à “l’économie de l’ancre” (traduction libre de “from the ink economy to the link economy” - Ndlr). Une information doit être cherchable pour pouvoir être trouvée. Dans une telle économie, on se focalise sur ce qu’on fait le mieux et on lie vers le reste - pour que sa contribution arrive en tête des recherches et des recommandations. Cela produit une nouvelle efficience, une nouvelle économie de l’Information.
Cette économie est distribuée. “Si une nouvelle est vraiment importante, elle me trouvera !” Il faut créer un réseau de sites que l’on aide à grandir et à obtenir, par exemple, de la publicité, pour grandir soi-même. Un tel réseau fonctionne comme un écosystème qu’on ne possède pas. On y contribue sans attendre un retour suite à chaque contribution.
Nouvelles opportunités
Dans le projet News Innovation, au sein de l’école de journalisme de l’Université de New York, Jarvis explore ces nouvelles opportunités. A nous allons d’aller y voir…
Pensons à l’internet comme un espace public, nous demande-t-il. Le contre-exemple est le débat germanique sur le droit à demander la pixellisation d’un immeuble sur Google StreetMap (Verpixelungsrecht)…
Nous disposons de cet extraordinaire outil de “publicitude” (publicness). Nous devons le défendre.
Et Jarvis de proposer sa “charte des droits dans le cyberespace” :
Nous avons un droit :
- de nous interconnecter ;
- de parler (et dans notre langue) ;
- de nous assembler ;
- d’agir ;
- de contrôler nos données ;
- de contrôler notre identité.
Ce qui est public est un bien public.
Tous les bits naissent égaux.
L’internet sera ouvert.
… Ce qui, effet de manche mis à part, ne nous mène pas bien loin… A chaque phrase on a envie de répondre : oui, mais ça veut dire quoi concrètement ? A quoi le proclamer est-il utile ? Et au final, ça dit quoi de l’avenir des médias ? Ce qui, au fond, signale la limite de cette intervention, peut-être pour manque de temps : l’analyse des changements est intéressante, mais les pistes de réponse sont pour le moins floues. Peut-être pour le prochain livre de Jarvis, visiblement sous presse ?
PICNIC 2010 : Instrumenter les villes - “Data Is King!”
Après plusieurs années comme chief scientist d’Amazon, pour laquelle il a contribué à inventer ses fort efficaces systèmes de recommandation, Andreas Weigend étudie en indépendant “les gens et les données qu’ils créent”.
Sa réflexion porte aujourd’hui sur ce que l’instrumentation des individus et des systèmes, à l’aide de dispositifs qui captent, produisent et partagent des données, peuvent changer (positivement, dans son esprit) à nos comportements.
La construction sociale de l’identité était un processus qui nous venait de l’extérieur. Il s’est aujourd’hui inversé, nous devenons ce que nous serons à partir de nos propres déterminants. Mais que peut-il se passer maintenant ? Une “révolution des données sociales”.
Qui crée des données ? Tout le monde. Qui les distribue ? Tout le monde. A quelles fins ? C’est toute la question.
L’enjeu des années 1990 était de connecter des pages, celui des années 2000 de connecter les gens, des années 2010 de connecter des capteurs. Le téléphone mobile est un merveilleux capteurs, y compris parce qu’il ne fait pas que mesurer des choses, il les “qualifie” par des usages, des interactions, et d’autres métadonnées. Les données de capteurs deviennent d’autant plus intéressantes qu’elles se mêlent avec d’autres, à commencer par celles qui représentent les “graphes sociaux” des individus.
Il y a 40 milliards de puces Rfid dans le monde. Mais qu’en faisons-nous ?Juste gérer des chaînes logistiques, ou offrir de nouvelles possibilités aux consommateurs ?
Weigend travaille avec la ville de San Francisco sur le projet DataSF. Bien au-delà des données publiques classiques, il essaie de repérer tout ce qui peut produire des données partageables. Par exemple les parkings ou les péages : leurs informations en disent beaucoup sur le fonctionnement de la ville, peuvent soutenir la création de services.
Ces capteurs instrumentent des changements de relations. En équipant leurs assurés de capteurs GPS, les assurances peuvent tarifer en fonction des km réellement parcourus ; mais aussi refuser de payer si un accident a visiblement été produit par une conduite imprudente… On pense aussi aux assurances santé contrôlant les moindres faits et gestes des assurés malades.
Pour éviter cette dérive, il faut outiller les individus pour leur permettre de produire des données et de faire des choses avec leurs données. Weigend finit par l’exemple de TripKick, qui enrichit les recommandations d’hôtels d’informations sur les meilleurs et les plus mauvaises chambres… On voit l’idée, mais il n’y a pas plus probant ? Dommage de conclure une intéressante intervention sur un exemple aussi limité. Sans doute parce que ce sujet de l’outillage des individus, et de ce qu’il produit réellement, est difficile pour tout le monde.
PICNIC 2010 : Changer de paradigme dans la manière de voir l’urbanisation
L’architecte Reinier de Graaf, associé de Rem Koolhas dans le cabinet OMA, nous engage dans une vaste perspective urbaine à l’échelle mondiale.
Les villes grandissent, on le sait. Surtout dans les pays en développement. Mais la croissance démographique dans le tiers-monde ne produit pas nécessairement de la croissance économique - alors que les villes occidentales forment le coeur de sa croissance. Dans la plupart des cas, les pays où les villes se développent le plus rapidement ne sont pas non plus démocratiques, ce qui a le plus souvent pour conséquence que leur croissance n’a pas à s’embarrasser de préoccupations sociales.
La croissance actuelle des villes prend place dans un vide de pensée. La pensée de l’urbanisation date pour l’essentielle des années 1970. Elle est aujourd’hui remplacée par des “visions”, issues de groupes de travail réunis par les autorités locales avec une seule mission, assurer leur développement économique. Ces groupes sont animés par des consultants internationaux plutôt que des urbanistes, qui imposent sur leur développement des critères et des indices de mesure qui n’ont pas grand-chose à voir avec les cultures et les enjeux locaux.
Ces “visions” conduisent souvent à fonder le développement d’une ville sur quelques activités économiques à la mode - on pense à la vogue de “l’économie créative” aujourd’hui. De Graaf nous emmène alors à Detroit, montrée en exemple dans les années 1950, et qui, à cause de la crise de l’automobile, a perdu les deux tiers de ses habitants, particulièrement les jeunes. Même aventure pour Essen en Allemagne.
Les villes occidentales font face à plusieurs défis : le déclin industriel, le vieillissement. Les seules villes industrielles qui croissent, comme Birmingham, le feront grâce à l’immigration. En 2030, la population de Birmingham ressemblera à celle du monde entier, en termes d’origines continentales, de religion, et de culture.
Chaque année, 2 à 3 millions de personnes émigrent officiellement, et autant le font de manière illégale - en général vers les pays les plus développés. C’est une vague irrépressible, que nous vivons comme un problème (et que, du coup, les migrants vivent comme un drame, compte tenu du coût, des difficultés, voire des dangers du voyage). Pourtant, ils sont la chance des vieilles villes européennes. Au bout du compte, les villes deviendront des reproductions miniature du monde. Plus nous attendrons avant de l’admettre et de le vouloir, plus nous nourrirons la frustration du tiers monde.
PICNIC 2010 : Comment disparaître dans un monde numérique ?
Le journaliste Evan Ratliff travaille depuis des années sur la sécurité et la vie privée dans notre monde numérique. Le 15 août 2009, il lançait un défi : il allait disparaître pendant 30 jours. Son magazine, Wired, suivait la chasse. Il livrait à tout le monde la photo de Ratliff, et un dossier sur ses goûts, ses centres d’intérêt, son itinéraire de vie… Aux lecteurs de le trouver : quiconque envoyait une photo et une localisation exacte gagnait 5000 $.
Pour Ratliff, il ne s’agissait pas de se cacher, mais d’explorer s’il était possible de se réinventer. Aussi, il s’engageait à rester aux Etats-Unis, à ne rien commettre de grossièrement illégal… et à rester en ligne.
Ratfliff a commencé par se créer de nouvelles pièces d’identité : une carte bancaire, une entreprise sans activité (et donc des cartes de visite), une carte d’étudiant et d’autres cartes avec photo (bibliothèque, etc.), un compte Facebook et un autre sur Twitter. Evidemment, sa nouvelle “identité” n’avait aucun amis, mais il n’est pas bien difficile de se créer un cercle d’amis. Du point de vue de la sécurité, il n’a pas fallu grand-chose : essentiellement un outil d’anonymisation des adresses IP, et un ordinateur-relais installé en permanence dans un petit bureau sans fenêtre à Las Vegas. Il a aussi, bien sûr, fallu changer d’apparence.
Sous sa nouvelle identité, le journaliste a pu traverser le pays, vivre au quotidien, louer ce bureau de Las Vegas et un appartement à la Nouvelle Orléans.
De leur côté, que faisaient les internautes qui participaient à la chasse ? En premier lieu, s’organiser entre eux. Un groupe Facebook et un hashstag (#vanish) sur Twitter facilitait l’accumulation d’information. Une carte permettrait de retracer les informations géolocalisées sur Ratliff. En une journée, on connaissait tous ses amis et leurs coordonnées, la douzaine d’endroits où il avait vécu dans sa vie, les entreprises avec lesquelles il avait travaillé et celles dont il avait parlé… Les internautes partageaient informations et hypothèses, analysaient des traces : par exemple, ils se sont intelligemment intéressés à ce que le journaliste avait fait avant de partir - ses déplacements, ses dépenses par carte bancaire, ses interactions avec d’autres.
C’est finalement Jeff Reiman, un ancien employé de Microsoft qui venait de créer sa startup Newscloud, qui a eu raison de Ratcliff, 20 jours après sa disparition. Newscloud crée des outils sociaux fondés sur Facebook. Son espace, VanishTeam, a commencé à réunir beaucoup d’information et à devenir une source de référence sur la traque. Mais surtout, il a commencé à tracer les adresses IP de ses visiteurs, supposant (à juste titre) que Ratliff chercherait à savoir où en étaient ses poursuivants. Partant de l’hypothèse (juste) que le pseudonyme de Ratliff n’aurait pas beaucoup d’amis sur Facebook, il a cherché ceux de ses visiteurs qui n’avaient que 20, puis 30, puis 50 amis. Et il a fallu par reconnaître sa photo. Restait à le trouver physiquement. Pour cela, il a fallu casser les protections techniques et remonter l’adresse IP de Las Vegas, puis celle de la Nouvelle Orléans. Ensuite, un peu d’imagination suffisait : Ratliff aimait la pizza, mais ne tolère pas le gluten. Il suffisait alors de s’assurer du soutien de la seule pizzeria de la ville qui sert des pizzas sans gluten…
Il y a beaucoup d’autres leçons à tirer d’une telle aventure. Beaucoup de techniques à apprendre, pour s’en servir ou s’en défier. Quelques soucis à se faire aussi. Mais malgré tout, un constat : il n’est pas si facile qu’on le dit de trouver quelqu’un qui veut se forger une nouvelle identité. Poursuivi par des milliers de personnes, accumulant par ailleurs quelques erreurs, Ratcliff a tenu 20 jours. Avec un peu plus de préparation, de l’aide, et moins de poursuivants, qui sait ce qu’il aurait pu faire ?
Citizen Media : quels modèles économiques pour les médias dont les contenus sont générés par les utilisateurs ?
En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.
Sander Limonard, consultant pour TNO, nous interroge. Y’a-t-il un modèle d’affaire viable pour les médias citoyens ? (voire une ancienne version de sa présentation)
Que sont les médias citoyens ? Les médias citoyens sont des plateformes basées sur des contenus générés par les utilisateurs qui apportent une valeur publique ou sociale. Et de citer bien sûr YouTube, LastFm, Tivo, Vcam, MySpace… La valeur se fait sur le rôle des utilisateurs qui peuvent publier, critiquer, recommander, programmer ou surfer.
Dans le cadre des modèles économiques des contenus générés par l’utilisateur, ceux-ci ressemblent à la longue traîne. Le contenu professionnel original, la niche, correspond bien souvent au pique de la Long Traîne. Alors que les contenus générés par les utilisateurs à la queue. Reste pour la plupart des projets à trouver leur point d’équilibre économique qui est bien souvent entre les deux.
Les modèles de revenus sont nombreux :
- micro-publicité (YouTube, LiveLeak),
- affiliation (ZiZone, Tubantia Haaksbergen),
- meilleurs ventes (qualifier le contenu et le vendre, comme sur Revver, Mimoa),
- services premium (Habbo Hotel, Hyves),
- dons (les membres investissent, comme Wikipedia, Sellaband),
- le sponsoring (Nationale Burendag),
- focus sur le talent (revenus indirects) comme Popstar, Islandoo, Stoggi
- la loyauté des consommateur (pas de revenus, mais permettre aux gens d’interagir avec votre marque : Viacom, Kentucky FriedChiken).
Mais tous ces modèles ne sont pas adaptés aux UGC. YouTube a atteint une taille critique (80 % du marché de la vidéo partagée en ligne, 70 000 upload par jour), mais ont connaît ses difficulter à rendre son service rentable, à établir un partage des droits clairs, toutes les vidéos ne sont pas adaptées à supporter la publicité et le risque est de faire fuir les créateurs de contenus populaires qui ne sont pas suffisamment payés. On voit bien que ce n’est pas la meilleure stratégie en terme de modèle d’affaire.
Il faut trouver la bonne épaisseur de la traîne, explique-t-il. Et d’évoquer I-Report de CNN, un site qui permet aux internautes de publier de l’information non filtrée. i-Report, est la un moyen pour CNN de stimuler les internautes à publier du contenu de qualité en promettant aux meilleurs d’être publiés et diffusés sur CNN, ce qui assure une réelle visibilité et une certaine loyauté des contributeurs. Certes, comme on le voit toujours, seulement 1 % de la communité apporte véritablement de la valeur exploitable, ce qui suffit à CNN pour rendre le modèle d’affaire soutenable. CNN n’en tire pas de revenus directs, mais c’est une façon intéressante d’exploiter sa communauté. Autre exemple intéressant à creuser : Burendag, un site néerlandais dont le but est de stimuler les communautés locales à prendre des initiatives citoyennes de voisinage. Bien sûr, dans le flot de sites de ce type qui se développent, qui nécessitent du temps pour trouver leur modèle, tous ne résisteront pas, comme le montre la fermeture de Skoeps, un site de partage de photo allemand.
Pour Sander Limonard, hormis quelques rares plateformes globales, les business modèles fondés uniquement sur les UGC originales n’existent pas. La combinaison de contenus UGC et professionnels sont une solution plus vivable. Les modèles d’affaires pour l’UGC sont coûteux. La plupart implémentent des modèles de revenus mixtent pour couvrir leurs couts. Le défi est de trouver la bonne niche et de créer un double voie de dialogue entre les pro et les amateurs.
Edgar Franzmann travaille lui à NetCologne, une compagnie de téléphone allemande régionale qui emploi quelques 750 personnes et réalise 300 millions d’euros de chiffre d’affaire par an. Avec Koeln.de, le site officiel “pour” la ville de Cologne, ils sont les leaders des sites régionaux allemands (2 millions de visites mensuelles) – dont ils développent une version béta plus participative. Depuis longtemps, ils s’intéressent à la participation : ils ont lancé une communauté de tchat de forums dès 2002, on fait une expérience de blogs qui n’a pas marché et ont mieux réussi avec bz.Koeln.de, un site où les internautes publient leurs histoires avec l’aide de professionnels qui retravaillent leurs contenus. En voyant le succès de YouTube de portails vidéos nationaux comme Clipfish.de ou MyVideo.de lancés par des groupes médias allemands, ils ont eu l’idée de lancer un portail UGC régional couplant vidéos et photos. Pour NetCologne, l’opération avait pour but de développer des moyens d’intégration de contenus multimédias multisites, d’offrir une plateforme pour d’autres producteurs de contenus professionnels de la région, innover en trouvant de nouveaux modèles publicitaires et acquérir une expérience dans ces nouveaux types de médias. C’est ainsi qu’ils ont développé Rheinvideo.de, un portail de partage vidéo et photo régional autour de la région de Cologne et du Rhin, symbole unificateur de la région.
Reste à savoir comment réussir à faire de l’argent avec un tel portail. Et d’expliquer que la pub vidéo est évidemment mieux payées (10 fois plus que de la pub normale) (voir les slides de sa présentation .pdf). Reste que pour réussir son modèle économique, Franzmann doit développer des vidéos professionnelles. Pourquoi ? Parce que les vidéos pro ont une audience beaucoup plus fortes que les vidéos personnelles. Les vidéos personnelles ont tendance à générer de 10 à 100 vues en moyenne, alors que les vidéos professionnelles totalisent plus de publiques et peuvent plus facilement recevoir de la publicité. D’où le travail qu’ils réalisent depuis, en développant des partenariat régionaux avec d’autres fournisseurs de contenus régionaux comme des télés locales (Center.tv ou calli.tv) ou des radios (comme domradio.de, un programme religieux dont la dernière vidéo a totalisé 5000 vues sur rheinvideo alors qu’elle n’arrivait pas à 1000 vues sur YouTube). Une coopération qui n’est pourtant pas toujours bien vue d’autres médias locaux qui y voient une concurrence et le développement d’un monopole.
Pour lui, l’avenir est de réussir à faire de RheinVideo une marque régionale, et de développer leurs programmes pour le mobile ou via la télé par Adsl.
Autre exemple, plus orginal de média de niche, celui de MiMOA, My Modern Architecture, lancée par deux jeunes architectes qui avaient du mal à trouver des contenus en ligne sur l’architecture. Le site propose aux internautes de partager des photos ou des projets de bâtiments architecturaux originaux, en les géolocalisant. La communauté peut voter pour signaler ses préférences. Le site a recueilli quelques 3000 contributions depuis un an, et de nombreux architectes n’hésitent pas y exposer leurs projets. Les créatrices souhaitent développer des partenariats avec des guides touristiques, des médias et souhaitent développer des profils professionnels payants pour les agences d’architecture.
Mais le projet le plus stimulant, à mon goût, a été celui présenté par Marc Miletich de Sonovista, une société d’accompagnement de projets vidéos autrichienne qui a plusieurs projets de médias sociaux en vidéo : comme St Anna, un projet de télévision pour un hôpital, ou School Pirate.tv, un concept de télévion pour les jeunes. Mais ce n’est pas ceux-ci qu’est venu présenter Marc Miletich. Il est venu nous parler d’Engerwitzdorf, une petite communauté rurale autrichienne de quelques 8000 habitants, reliant une trentaine de villages (sans ville centre), une communauté dortoire à proximité de Linz, à la population en forte croissance. L’idée du projet était d’apporter un outil qui brise l’isolement d’une communauté éclatée et de construire une plateforme qui permette de réintroduire de la cohésion sociale. Pour cela, ils ont créé une télé locale, accessible via le câble. Ils ont créé des ateliers pour motiver la communauté et les accompagner dans la réalisation de films. Ces amateurs ont produits des contenus visiblement étonnants, éloignés des productions habituelles que l’on trouve sur les sites de partage vidéo. On y trouve des reportages, des vidéos sur les évènements réalisés par les associations locales, et des vidéos sur la nature et les voyages, sur les évènements sportifs et même quelques films expérimentaux. Au total quelques 70 heures de contenus locaux ont déjà été produits avec des films d’une durée de 8 minutes en moyenne.
Miletich pense qu’on verra fleurir des initiatives similaires un peu partout en Europe bientôt. L’orginalité de sa démarche est de vouloir prendre le contenu généré par les utilisateurs au sérieux. Certes, ce business n’est pas rentable prévient-il. Il s’appuie sur une petite communauté d’acteurs (en l’occurence, un club vidéo avec 5 retraités très actifs, qui drainent l’énergie des autres membres de la communauté locale, et qui les pousse à produire, confie-t-il). Conscient de ses limites, Marc Miletich n’en clame pas moins que le futur de la télé est social ! A voir son expérience et la qualité des quelques reportages qu’il a montré, on voudrait le croire.
Plusieurs des projets présentés sont financés dans le cadre du projet de recherche européen IST Citizen Media, un programme de recherche qui souhaite accompagner les initiatives en la matière, permettre aux utilisateurs de créer des applications en réseau et des expériences avec les contenus générés par les utilisateurs.
Intégrer des éoliennes dans les villes ?
En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies. 
Le développement de l’énergie éolienne est limité, un peu partout, par la pollution visuelle que représentent les éoliennes dans les paysages - presque toujours ruraux - dans lesquelles on les installe. Le paysage devient “postmoderne”, peuplé de pylônes, d’éoliennes, d’antennes, de capteurs et d’autres équipements techniques - sans parler, naturellement, des routes. Les éoliennes s’imposent aux paysages comme des machines issues de l’ère industrielle.
Il faut repenser la signification de ces turbines dans les paysages, nous explique Hans van Houwelingen. Et les Pays-Bas, pays de moulins, pourraient être mieux placés que d’autres pour imaginer les formes adéquates…
“Pourquoi ne pas faire des éoliennes dont on soit fiers ? Pourquoi s’excuser, chercher en vain à les rendre invisibles, multiplier les règles protectrices plutôt que d’imaginer des formes créatives d’intégration de ces formidables machines dans nos environnements humains ?”
Le point de départ de la démarche de Hans van Houwelingen est qu’en réfléchissant autrement à leurs formes, les éoliennes pourraient sans doute s’intégrer plus aisément dans les villes. Il imagine par exemple des éoliennes de très grande taille qui s’intégreraient dans la “skyline”, la ligne d’horizon produite par les gratte-ciels urbains. Dans un parc de loisirs, des éoliennes capables de traduire en couleurs diverses l’énergie produite deviendraient des éléments du décor ludique et permettraient de “sentir” leur fonction de manière sensible. Des bâtiments mixtes, à la fois tours et turbines, pourraient être imaginer. Des villes isolées pourraient marquer leurs entrées d’énormes piliers-éoliennes.
Ou bien on pourrait installer des éoliennes le long des autoroutes, pour rythmer visuellement (et verticalement) leur architecture horizontale.
Autre idée, puisque la campagne n’est plus un lieu de production, certains paysages pourraient être restructurés pour intégrer visuellement les éoliennes, plutôt que l’inverse. Le lien entre l’éolienne et son environnement peut encore s’étendre. Hans van Houwelingen propose par exemple des éoliennes noires installées en bordure de cimetierres, rouges et jaunes et combinées aux panneaux routiers qui annoncent des restaurants rapides…
Il y a aussi d’autres dessins de turbines, adaptés à des circonstances diverses. Mais la réflexion de van Houwelingen porte plutôt sur le sens culturel des turbines. “Quand on conçoit un immeuble, on réfléchit à son intégration urbaine. Apprenons à faire de même avec un équipement aussi utile qu’une turbine éolienne !”
Et pourquoi vous racontons-nous cela ? Parce que cela prend place pendant PICNIC. Et pourquoi parle-t-on de cela à une conférence sur le numérique ? Parce que le durable est au coeur de PICNIC et de beaucoup d’initiatives issues de cette communauté. Parce que l’intégration des systèmes “durables” dans les paysages, dans la vie quotidienne, dans les modèles économiques, dans les relations sociales, est la condition - aujourd’hui sous-estimée - de leur réussite. Enfin, parce que cette présentation s’intègre dans un atelier, le Green City Lab, qui s’intéresse aux FabLabs, aux productions hyperdécentralisées d’équipements et de produits, qui remettent en contact l’innovation numérique “2.0” et la production d’objets physiques, de machines, et même d’énergie…
Le développement urbain durable et connecté : un chemin plus tortueux qu’il n’y paraît
L’initiative pour le “développement urbain connecté” (Connected Urban Development, CUD) que promeut Cisco frappe d’abord par son ambition et par le niveau d’engagement qu’elle a obtenu de 7 grandes métropoles mondiales. Le maire d’Amsterdam a consacré toute sa matinée et son dîner du 23 septembre à la conférence associée à ce programme ; le maire de Lisbonne a fait le déplacement ; Manoel Barroso, président de la Commission européenne, et Viviane Reding, commissaire à la Société de l’information et aux Médias, ont envoyé un message vidéo. Chacune des villes associées a engagé un ou plusieurs projets de grande ampleur : un réseau de télécentres de proximité, un système de péage urbain, des bâtiments verts, flexibles et intelligents, une production et une distribution d’énergie décentralisées…
Si ces projets réussissent, ils peuvent avoir une incidence significative sur la consommation d’énergie, les congestions urbaines, la pollution. Le programme cCUD ontribue à placer la question du développement durable plus près du cœur des préoccupations des décideurs, tant publics que privés. Il illustre le potentiel des technologies pour répondre de manière innovante aux défis environnementaux. Il démontre que le développement durable ne s’oppose pas à l’économie. Pour toutes ces raisons, son apport est incontestablement positif.
Mais pour que son apport demeure durablement positif, il lui faut rapidement élargir son point de vue. La succession des interventions lors de la conférence d’Amsterdam, ainsi que la forme même de l’événement, illustrent en effet de manière assez crue les difficultés de la rencontre entre le développement durable, le monde de la grande entreprise et enfin, les technologies et les cultures numériques.
L’environnement contre le social ?
Des “trois piliers” désormais classiques du développement durable (environnemental, économique et social), le social a disparu de la conférence. Les stratégies durables s’y décrivent dans un monde sans conflits, sans tensions, sans inégalités criantes, sans rapports de force entre employeurs et employés, sans services publics et provés qui disparaissent des quartiers difficiles… Les quartiers verts et les nouveaux développements urbains s’adressent aux classes moyennes supérieures. Les télécentres hébergent les travailleurs non postés du savoir.
Je force un peu le trait, à dessein. L’environnement semble clairement remplacer le social comme enjeu collectif, au prix, parfois, d’une candide admission des inégalités, voire du prix à payer (par qui ?) pour avoir une ville durable : différencier les services et les zones de vie, assigner les habitants à résidence dans leurs grands ensembles éco-conçus, accepter de travailler depuis chez soi en “homesourcing” sous peine de voir l’activité se délocaliser à l’étranger…
Le risque apparaît clairement : si l’objectif environnemental occulte (ou renforce) la brutalité des tensions urbaines, alors, non seulement il ne sera pas atteint, mais la situation finale pourrait s’avérer plus mauvaise que celle du départ.
Une informatique trop raisonneuse
La plupart des applications numériques présentées pendant la conférence tournent autour de la mesure, du contrôle, de l’automatisation et de l’optimisation. On modélise et planifie, ou capte, mesure et cartographie, on pilote, facture et sanctionne, on calcule, minimise et organise… L’informatique classique, celle des processus, excelle dans ce domaine et il est logique qu’on l’emploie à cette fin.
La ville apparaît donc, en creux, comme un simple système, certes complexe, mais qu’il s’agirait simplement d’optimiser. La spontanéité de ses habitants, le caractère imprévisible de ses actions, la déraison qui fait se déplacer très loin pour trouver un bon restaurant, ne font pas vraiment partie de ces projets très raisonnables, voire raisonneurs. Au point, par exemple, que le problème que pose un système intelligent de péage urbain qui suit à la trace chaque véhicule, en termes de vie privée, n’apparaît pas spontanément à ses promoteurs.
Il y a plus : quand on optimise, on tend naturellement à considérer le système à optimiser comme une donnée. Autrement dit, on ne s’interroge pas, ou peu, sur son périmètre. Aux problèmes de mobilité, on apportera des solutions en termes de transports et de tarification, à la rigueur de télétravail – mais on travaillera fort peu sur les temps, sur la flexibilité des espaces, sur l’invention de nouvelles formes de proximité…
6 milliards d’absents ?
Enfin, jusqu’à l’intervention in extremis de J.D. Stanley, responsable de l’activité “secteur public” de Cisco, qui rendait compte de travaux exploratoires communs avec le Mobile Experience Lab du MIT (Etats-Unis), j’ai bien cru que les citoyens resteraient définitivement à la porte de ces projets de ville durable… De même que la conférence, y compris pendant les sessions plus petites, laissait fort peu de temps au débat, les projets présentés descendent, ils font le bien des citadins pour eux, parfois même un peu contre eux. Ils ne sont guère consultés, ils participent encore moins à les définir, quant à en être coproducteurs… La technocratisation de l’écologie accompagnerait-elle aussi rapidement son arrivée au cœur du débat public ?
Le Mobile Experience Lab se focalise sur l’expérience personnelle et sociale de l’usage des technologies en environnement urbain. Sa collaboration avec Cisco a inévitablement emmené le programme CUD sur un autre terrain, celui des échanges, de la participation, de la collaboration, de l’innovation ouverte. Alors que les autres projets du programme Connected Urban Development sont en phase de prototypage ou de test, il ne s’agit ici que de scénarios. Mais c’est un premier pas.
Jiry Engeström : Nos objets sociaux
En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.
“Les gens ne se connectent pas au hasard”, nous explique Jiry Engeström, le fondateur de Jaiku. “Ils se connectent à travers d’objets avec lesquels ils partagent leurs centres d’intérêt”.
La plupart des services sociaux qu’on utilise quotidiennement nous permettent de partager des objets que ce soit de la musique avec last fm, des évènements sur Facebook, des signets sur delicious, des livres sur LibraryThing, des photos sur Flickr. Sur SoundCloud par exemple, on échange ses compositions avec des collaborateurs pour les évaluer, avoir le ressenti des uns et des autres sur tel passage ou tel autre.
Ci-dessous, les slides de Jiry lors de sa présentation du sujet au dernier Reboot, très proches des slides qu’il a présenté tout à l’heure.
Nodal Points - The Emerging Real-Time Social Web (@Reboot 10) View SlideShare presentation or Upload your own. (tags: vision peripheral)
Nous devons découvrir de nouveaux objets sociaux ou plutôt des objets centrés sur la sociabilité, explique Jiry. Nos outils mobiles ou connectés permettent de mettre en valeur des objets qu’on ne partageait pas avant : les messages textuels permettent de partager des émotions sur Twitter, Bluetooth sa présence, etc. “C’est pourquoi les objets sont intéressants” : leur fonctions mêmes nous permettent de partager.
Quand on utilise un service on définit “ses verbes”, c’est-à-dire les actions que l’on peut faire avec. Cela introduit une “vision sociale périphérique” : sans signaux des intentions des autres, serons-nous encore capable de prendre des décisions, de bâtir des projets, de décider où nous rendre… ?
Dans les 24 prochains mois, les services que nous utilisons vont tous devenir sociaux, prédit Jiry. Il va nous falloir imaginer un monde physique où nous aurons autant voire plus d’information périphérique à notre disposition que dans World of Warcraft. Reste à savoir à quoi dois-je faire attention de ce qu’il se passe autour de moi : pour que l’information m’arrive au bon moment.
Stefan Agamanolis : Pour des technologies lentes
En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.
Stefan Agamanolis est directeur du Distance Lab, un laboratoire de recherche sur la distance dont l’objectif est d’interroger les limites des relations distantes à l’heure des outils de communication et de connexion permanente, que ce soit dans le domaine de l’apprentissage, de la santé, des relations, de la culture…
En réaction au Fast Food - disponible partout à tout moment, global, efficace, tolérable, générique, robotique, solitaire, moderne, rapide… -, est apparu le mouvement Slow Food, qui prône d’autre valeurs pour l’alimentation comme le plaisir, la qualité, le local, des produits sains, l’importance de prendre le temps de manger, une ambiance, une personnalisation, l’intimité, l’humanité, la communauté, la tradition… Le téléphone mobile est un peu comme le Fast Food de la communication, utile pour tout type de communication. Mais que pourraient-être des communications “lentes” ? C’est-à-dire non pas forcément des communications non rapides, mais des communications qui mettraient au coeur de leurs fonctionnements d’autres valeurs que la rapidité, l’efficacité qui fondent aujourd’hui nos technologies ?
Stefan Agamanolis évoque alors plusieurs projets, comme le concept d’IsoPhone des artistes James Auger et Jimmy Loizeau, qui propose une communication sans distraction aucune. Les personnes qui s’appellent sont plongées dans des piscines et portent des casques qui leur permettent de communiquer tout en flottant. Une immersion qui concentre l’écoute en créant une atmosphère particulière qui peut certes paraître folle, mais qui offre une réelle pause dans la façon dont nous communiquons. Stefan Agamanolis évoque également un autre projet étonnant – Mutsugoto - de communications intimes, dont l’interface est une chambre et qui permet à un couple de rester connecté à distance, en échangeant via des interfaces lumineuses.
Pour Agamanolis, nos objets pourraient aussi s’inspirer de la tradition, en réaction à la course à la modernité et le côté sportwear de nos outils technologiques, comme le montre le projet Solar Vintage : une collection de broderies, de broches, d’ombrelles et d’éventails communicants. Les communications “lentes” pourraient aussi nous aider à conserver la forme, comme le fait très bien le sport, en évoquant le projet Remote Impact (que nous avions déjà évoqué), qui permet de cogner et taper à distance.
Le laboratoire de Stefan Agamanolis semble recéler bien d’autres projets intéressants, notamment à destination des seniors. Le Distance Labs organise le 13 novembre une journée autour des technologies lentes (Slow Technology) qui doit valoir le déplacement jusqu’en Ecosse.
2025 : portraits des citadins de la “ville visible”
Du 24 au 26 septembre, à Amsterdam, Hubert Guillaud et Daniel Kaplan participaient à PICNIC, un “rassemblement d’esprits créatifs au confluent des médias, des technologie, des arts et de la culture”. PICNIC est à la fois un événement, une conférence, une série d’ateliers et un réseau. Les notes qui suivent tentent de rendre compte de quelques-uns de ses moments forts.
A l’occasion de l’atelier sur la “ville visible” de PICNIC, Lorenzo de Rita, qui est l’un des publicitaires européens les plus primés, avait accepté une commande un peu particulière : partir en voyage dans le temps vers le 15 juillet 2025, y rencontrer des habitants de cette “ville visible” que raconte l’atelier du même nom à PICNIC, et revenir nous le raconter. Il en a ramené une saisissante galerie de portraits (photographiés par Krijn van Noordwijk) qu’il faut prendre le temps de découvrir, avec leurs courtes légendes biographiques : Pierre, le chef aux deux étoiles qui n’utilise que des ingrédients entièrement traçables ; Jan, dont le métier est d’enlever les panneaux de signalisation routière maintenant que celle-ci s’affiche directement sur le pare-brises des automobiles ; Floris, dont la société produit des idées neuves, mais uniquement par accident ; Mei Chi, professeure d’intimité électromagnétique ; Jeremy, qui s’est fait refaire une identité pour pouvoir rejouer au poker après avoir été dénoncé comme tricheur…
On ne saurait résumer le portrait plutôt sombre qu’il trace de la ville visible et de ses habitants autrement que par bribes. Parce qu’on sait tout dans cette ville, qu’on en sait tout, elle ne laisse rien à l’imagination. Le moindre grain de café est étiqueté et tracé. Nous mesurons tout, nous calculons tout. Une Banque de la vie privée stocke tout ce qui concerne chacun d’entre nous et nous aide à en négocier et à en tracer les usages. Si nécessaire, nous pouvons nous racheter une identité complète.
L’intimité devient un combat, ou bien un service qui se vend. Il existe tout de même des entractes urbains, des périodes de 15 mn pendant lesquelles aucun message commercial n’est autorisé, ni sur les écrans ou les panneaux de pub, ni sur les mobiles, ni dans les implants ou sur les pares-brises… On imagine aussi des cafés non-pub, comme il y eut (avant la prohibition) des cafés non-fumeurs. Les individus, ou des groupes d’activistes, ou encore des entrepreneurs malins, inventent toutes sortes de manière de se donner de l’air dans un monde ultra-technologique : des montres qui ne font que dir s’il fait nuit ou jour (et auxquelles il arrive de se tromper), des cures contre l’overdose de tags.
Comme plus personne n’aura le temps de penser, les découvertes seront toutes accidentelles, sélectionnées par essais-erreurs en grandeur réelle. On ne demandera plus à un “créatif” des idées, il y en a trop, mais un “point de vue”, un endroit d’où considérer le monde. Et de ce point de vue, ce qui comptera ne sera plus qui l’on est, mais où l’on est. Cette ville inhumaine n’est-elle plus qu’un espace ?
On voit, bien sur, où le “créatif” (c’est sa désignation de poste, même s’il ne l’aime guère) veut en venir : un tel monde n’a pas besoin de créativité, n’a que faire de l’imagination. Ce qui ne serait pas déprimant que pour Lorenzo de Rita…
Aaron Koblin : créer à l’heure du 2.0
En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.
L’artiste Aaron Koblin présente The Sheep Market, une collection de 10 000 moutons dessinés par des utilisateurs de l’Amazon Mechanical Turk, cette “place de marché du pauvre” qui propose à tout internautes de réaliser de petites tâches contre une rétribution tout aussi faible. Chaque dessinateur a été payé 2 cents pour dessiner un mouton tourné vers la gauche. En 40 jours, il a récolté quelques 10 000 moutons, dessinés en moyenne en moins de deux minutes, à un rythme de onze moutons à l’heure par 7599 adresses IP différentes (ce qui signifie que certains ont dessinés plusieurs moutons). Une oeuvre collective dont il a tiré une animation sans fin qui interroge notre productivité collective et le rapport à l’art, à l’heure du crowdsourcing.
Pourquoi des moutons ? Parce que les moutons sont une icône culurelle et historique. La force du symbole et bien sûr, la référence au Petit Prince. En rappelant les Temps Moderne de Chaplin, Koblin interroge la façon dont nous créons à l’ère industrielle. Les gens le faisaient uniquement pour les quelques centimes qu’ils en retiraient.
Il a renouvelé l’aventure avec le Ten Thousand cent, une création qui consistait à faire dessiner par des centaines d’individus travaillant isolément le visage de Benjamin Franklin qui orne le billet de 100 dollars. Et de terminer en musique sur sa dernière création : le clip de House of Cards, de Radiohead. Dont la particularité a été d’utiliser des lasers et des capteurs pour scanner en trois dimensions, sous forme de particules, le groupe. Le code et les données ont été placées en open source sur Google Code et déjà, des remixages sont apparues sur le net.
PICNIC : Regarde la ville vivre
Du 24 au 26 septembre, à Amsterdam, Hubert Guillaud et Daniel Kaplan participaient à PICNIC, un “rassemblement d’esprits créatifs au confluent des médias, des technologie, des arts et de la culture”. PICNIC est à la fois un événement, une conférence, une série d’ateliers et un réseau. Les notes qui suivent tentent de rendre compte de quelques-uns de ses moments forts.
La demande d’informations sur la “dynamique urbaine” croît. Combien de personnes se trouvent dans telle zone ? Où y a-t-il des embouteillages en formation ? Combien de personnes entrent et sortent de tel quartier ? Quelle quantité de CO2 a-t-elle été émise ? Qui a vu telle annonce ? etc. Les réponses ont des implications en matière d’urbanisme, de transports, mais aussi de sécurité, de gestion de crise, etc.
Le travail mené autour d’Amsterdam, que présentait Euro Beinat, directeur de la Sensible Future Foundation à l’université de Salzbourg, a consisté à explorer le “comportement collectif de la ville”, partir de celui des individus qui la parcourent. Le réseau télécoms est donc le bon support pour mener ces études, et l’équipe a travaillé avec l’opérateur KPN. Les études peuvent se fonder sur des données agrégées, on ne peut pas connaître un individu en particulier.
L’un des enjeux du projet “Visible City Amsterdam” a consisté à inventer des formes de visualisation. L’équipe a travaillé en collaboration avec le Senseable City Lab du MIT, qui avait déjà exploré ces questions au travers de projets pionniers tels que New York Talk Exchange et Real Time Rome. 
Sur un grand modèle de la ville, des colonnes jaunes s’élèvent depuis différentes zones d la vie, traduisant l’activité d’envoi des SMS. On peut voir la ville vivre à travers ces envois, de jour en jour, de minute en minute : des pics, des creux, des zones mortes, d’autres qui vivent intensément certains jours ou à certaines heures et qui n’existent plus le reste du temps.
Il devient donc intéressant d’observer, pas seulement la ville dans son ensemble, mais des zones particulières, dont on va représenter différemment le trafic, par rapport au travers de courbes temporelles. Un centre d’affaires, un lieu touristique, une gare ont ainsi des “signatures” très particulières. Et bien sûr, ces dynamiques interagissent : en semaine, les pointes à la gare précèdent ou suivent de peu les pointes des quartiers d’affaires, etc. On peut bien sûr tracer des courbes sur des périodes courtes ou longues, comparer plusieurs courbes de plusieurs lieux…
Les mêmes données injectées dans des modèles d’analyse statistique permettent, par exemple, d’anticiper le trafic à venir sur des zones, de travailler sur les flux d’un endroit à l’autre, etc.
Et peut-on enrichir l’analyse ? Un premier objectif consiste à séparer les piétons, les cyclistes et les automobilistes. C’est probablement assez facile à partir de leur manière de se déplacer (vitesse, régularité, etc.) et cela peut produire des informations très riches sur le trafic, les problèmes, les émissions polluantes.
Charles Leadbeater : créer les conditions de la créativité de masse
En direct de PicNic, la conférence hollandaise sur la créativité et l’innovation dans les nouvelles technologies.
On ne présente plus le penseur Charles Leadbeater, conseiller de Tony Blair, l’ex-premier ministre britannique, et auteur de We Think, l’innovation de masse, qui ouvre la 3e édition de PicNic, en revenant sur la puissance de la collaboration (cf. “Où sont les coopérations fortes”).
Pour lui, la nouvelle dynamique de la créativité et de l’innovation en ligne a d’abord un impact social, plus que technologique ou économique. “On ne présente plus la qualité de la créativité sur le web”, explique Leadbeater en nous projettant une vidéo de 5 minutes d’un gamin qui joue excellemment de la guitare, vue par 49 millions de personnes. Des gamins comme celui-ci peuvent aujourd’hui créer, montrer ce qu’ils font et toucher un public inimaginable. Le monde des médias est fait de frontières, qui délimitent des modèles d’affaires, des publics. Selon lui, les frontières entre ces mondes vont disparaitre, comme le montre ces vidéos accessibles partout et par tous.
Mais comment faire pour créer des choses ensemble, qui aille au-delà des bulles de créativité individuelles que nous sommes capable de lancer sur le net ? Comment créer des choses plus complexes, ensemble ? Ne plus seulement participer, mais collaborer ? Comment utiliser ces nouvelles formes de collaboration pour créer, pour jouer, pour apprendre, pour faire du développement durable, pour soigner ?
Ces nouvelles formes d’organisation interrogent les anciennes. La plupart des formes de créativité ne sont pas individuelles, mais collaboratives. On créé parce qu’on intègre, mixe et developpe de nouvelles idées à partir d’anciennes.
Pour passer aux formes collaboratives, selon lui, il faut quatre conditions :
1.Besoin de diversité. Il faut de la collaboration entre des gens qui pensent différement, qui ont des points de vue différents. La diversité est la clef.
2.Faire que les gens contribuent. Offrir des outils simples pour développer et faciliter la contribution, à la manière du Wiki de Wikipédia. Ces activités ont besoin d’être conçues pour être partagées et ont besoin d’avoir des interfaces adaptées.
3.Il faut créer des buts communs et aussi des buts pour chacun. Trouver des moyens pour impliquer les gens dans le projet, ensemble. Créer des buts et un sens qui les rassemble. Créer des “communs” qui les attire.
4.Il faut enfin inclure des instructions, que les gens puissent moduler des instructions, organiser leurs contributions, avec des règles claires.
Pour éviter le danger de l’uniformité et du consensus et trouver une voie plus créative et collaborative, il faut en créer les conditions, martèle l’expert britannique. Et de s’enhousiasmer des pratiques des jeunes scientifiques - qui partagent et jouent des données, utilisent les outils d’aujourd’hui pour collaborer - qui donnent un aperçu de ce que sera le futur. “La création collaborative est plus intense et continue qu’avant”, lance-t-il.
Cela implique deux autres règles pour mieux intégrer la collaboration dans les organisations :
- Les organisations faisaient des choses FOR you et maintenant elles vont le faire maintenant TO you.
- Les organisations doivent se poser profondément la question de comment travailler et apprendre avec les autres. Que ce soit dans les domaines de la médecine, de la politique, de l’enseignement, il faut penser ce que nous faisons avec les autres.
Pour lui, l’internet nous permet de créer des conditions et des façons de travailler plus créatives, plus innovantes. En tout cas, l’opportunité est là. Peut-on changer les choses avec l’internet ? Et de citer une réponse de Tim Berners Lee qu’on interrogeait sur cette masse de transformations sociales dont internet nous submerge : “Le danger n’est pas d’en demander trop à l’internet, le danger est de n’en demander pas assez.”








