Vu à ICT'08 : i4control, l'interaction par le regard
i4control est un projet européen permettant de contrôler un ordinateur sans contact, uniquement par le mouvement des yeux et de la tête. Développé dans le cadre du programme Cogain par les tchèques du Medicton Group et du laboratoire de cybernétique de l’université de Prague, i4control consiste à transformer l’oeil en souris, en installant une petite caméra captant les mouvements de l’oeil et de la tête sur une paire de lunettes (vidéo). Bien évidemment, le système peut aussi servir à autre chose qu’à surfer sur le web, comme piloter un robot par exemple. Il est pour l’instant destiné surtout à des personnes handicapés.
Dommage, je l’aurais bien branché sur mes lunettes moi. Pas vous ?
Vu à ICT08 : DustBot, les robots nettoyeurs sont dans les rues
Demain les robots nettoieront-ils nos rues comme ils nettoient déjà nos appartements ? Ramasseront-ils nos poubelles ?
Possible si l’on en croit les promoteurs du projet européen DustBot. Dustbot est un programme qui a consisté à développer, tester et démontrer la faisabilité de robots pour le nettoyage urbain. Basé sur un réseau de robot autonomes et capables de coopérer entre eux ainsi que sur une structure d’intelligence ambiante installée dans la rue, comportant capteurs et caméras, le projet a mis au point deux robots capables de réaliser le nettoyage d’une rue. Le robot DustClean est un robot de nettoyage équipé de brosses et de jets d’eau, capable de nettoyer la rue en y circulant. Le robot DustCart quant à lui est un robot poubelle capable de collecter et transporter les ordures à la demande. Il se déplace à la demande pour que vous puissiez y déposer vos ordures, possède une interface tactile pour que les citoyens précisent le type d’ordures qu’ils souhaitent y déposer (DustCart fait du tri sélectif). Les citoyens peuvent même se servir du robot comme une borne d’information sur la ville.
Est-ce que le côté ludique des robots aidera les gens à avoir un comportement plus responsable vis à vis des déchets qu’ils dispersent sur la voie publique ? Réponse lors des essais grandeur nature qui seront réalisés en 2009 dans plusieurs villes européennes, comme l’explique cette présentation (.pdf).
L'avenir de l'information : nouvelles tendances, nouvelles formes, nouveaux usages
A quoi ressemblera le monde de l’information demain ? Pour Amanda West de Thomson Reuters, l’information demain sera intelligente. C’est-à-dire qu’elle utilisera des applications sémantiques, des métadonnées pour donner de l’information sur les données, pour aider à structurer ce qui ne l’est pas (structuring the unstructured). Les bases de données permettent de lier les documents, les gens, les lieux, les produits, les informations sur les sociétés : mais pour cela, il est nécessaire de structurer les données pour comprendre les relations entre les documents, entre les mots, les concepts, les noms. L’idée qui sous tend ce glissement vers l’intelligence des données, c’est qu’elles puissent être lisibles non seulement par des hommes mais aussi par des machines. OpenCalais, développé par Thomson Reuters est une plateforme qui accueille des données non structurées sur lesquelles le système applique un traitement en langage naturel sophistiqué et des techniques de machines apprenantes pour rendre les données intelligentes, c’est-à-dire, par exemple, pour qu’elles soient capables de repérer un nom ou un lieu dans un ensemble de documents et établir par ce biais des liens entre eux. OpenCalais sait structurer les données pour repérer dedans les sujets, les entités ou les types de contenus (évènements, etc.). En s’appuyant sur OpenCalais, Reuers a développé de nombreux outils comme un outils de messagerie collaborative ou Reuters Real State, une plateforme communautaire pour surveiller des marchés, ou encore OneSource Tax.
Wilfried Runde de la Deutsche Welle est confronté au même types de difficultés. Pour alimeter les medias du groupe média allemand il faut être capable de diffuser sur une multitude de tuyaux (le téléphone mobile, la radio, la télé, le web, etc.) et via une multitude de cannaux : sur YouTube, iTunes, MySpace, Facebook, Netvibes… Un média aujourd’hui se doit d’être disponible sur toutes les plateformes. Mais cela pose quelques problèmes, parce qu’il faut jongler avec de plus en plus de plateformes, de systèmes, de technologies. Il y a un réel besoin d’optimiser les outils et la gestion des flux d’information, de mieux gérer les métadonnées, de créer des filtres, de rendre les archives à la demande disponible, etc.
Selon le Foreign Policy de Novembre-Décembre 2008, YouTube aura bientôt une plus grande influence mondiale sur la façon de raconter les évènements internationaux que n’importe quel média. D’où le besoin de regarder les outils qui permettent dès à présent de chercher dans les contenus vidéos comme Blinkx, VideoSurf ou Hulu. Et inventer de nouveaux médias en ligne, remarquables, comme Monocle, MediaStorm ou Fullstory (pas trouvé !).
Frank van Hamelen, de l’université d’Amsterdam, s’est lui interrogé sur ce à quoi ressemblera l’univers de l’information demain. Comment le construirons-nous ?
Aujourd’hui, l’univers de l’information est fait de pages web liées, écrite pas les gens pour les gens et utilisées seulement par les gens. Mais beaucoup de ces pages proviennent pourtant de données utilisables par des ordinateurs. Reste que nous ne savons pas encore lier les données. Pour cela, il faut parvenir à lier les métadonnées pour qu’elles soient utilisables par les ordinateurs et utiles aux gens.
Pour Frank van Hamelen cet avenir n’est pas si loin. Et d’évoquer le Linked Open Data Cloud qui montre aujourd’hui les liens existants entre les différents types de métadonnées. Les standards sont déjà là et ne cessent de progresser. On sait aujourd’hui accéder à des bases permettant d’identifier des chercheurs, des noms d’artistes, des noms de lieux géographiques, les livres ou les albums de musiques existants… On pourrait par exemple faire une requête sur une personne via tout ces protocoles pour trouver un scientifique, les articles qui parlent de lui, les livres qu’il a écrit, ses collaborateur voire son réseau social, etc. Ces bases de données de métadonnées sont chaque jour plus nombreuses. Il est possible d’utiliser ces bases de connaissances directement via les services web.

En 2006, on se demandait où nous allions trouver les données. En 2008, on se demande lesquelles nous allons choisir. Le succs de ces entrepôts de données, de ces bases de connaissances et de ces web services ne risque-t-il pas d’ailleurs de devenir un problème ?, s’interroge le chercheur. D’où son idée de développer un Large Knowledge Collider, une plateforme évolutive en permanence capable de comprendre le web des données, à l’image du LHC du Cern. Et d’évoquer MaRVIN, une plateforme distribuée pour la déduction massive de données en RDF.
L’univers de l’information de demain sera un web de données conclut-il, comme le fait déjà OpenCalais.
ICT'08 : Ressentir et comprendre la robotique
Difficile de définir ce qu’est la robotique aujourd’hui, explique Bruno Siciliano, professeur au laboratoire Prisma, le laboratoire de robotique de l’université de Naples, en introduction de l’atelier sur la robotique qui s’est tenu à ICT’08. D’où le fait qu’il soit peut-être plus simple pour lui d’expliquer ce que les robots sentent et font.
Depuis le Moyen Age, les hommes ont rêvé de se répliquer dans des machines. Cela a donné naissance à tout un courant de la robotique ou plus précisément des robots mécaniques, à l’image des célèbres automates mécaniques de Pierre Jaquet-Droz. Pour Bruno Siciliano, ce courant aujourd’hui est l’une des influence de la robotique humanoïde si chère aux roboticiens japonais.
Un autre courant de la robotique s’est lui plutôt intéressé à développer des machines utiles. En 1975-1985, c’est l’explosion de la robotique industrielle. Entre 1985 et 1995, c’est le développement de la Field Robotics, c’est-à-dire la robotique des champs, dont Rover, le robot martien autonome ou le Grand Challenge, cette course de voiture complètement automatisé, ont été longtemps les emblêmes. Avec la Field Robotics, la robotique est sortie des usines pour investir les grands espaces. Autre période, 1995-2005 : c’est l’explosion de la robotique de service, dont Roomba, le robot aspirateur et Zeus, le robot chirurgien, sont les emblêmes. Les robots arrivent dans la maison, dans notre quotidien. Et de prédire l’arriver d’une nouvelle époque, celle de la robotique personnelle. Car demain, les robots seront aussi pervasifs et aussi personnels que le sont nos ordinateurs aujourd’hui, comme l’évoquait en janvier 2007 le magazine Scientific American, en évoquant l’aube de l’âge des robots.
La robotique aujourd’hui travaille à la confluence de plusieurs domaines : les principes actifs (la locomotion, la manipulation et la servocommande, c’est-à-dire les systèmes permettant de contrôler les mécanismes) la perception (qui provient de capteurs sur l’état du robot ou de son environnement) et la connection intelligente (c’est-à-dire la capacité d’apprentissage et d’acquisition de savoir faire). Ce qui différentie les champs de la robotique (la robotique industrielle de la robotique des champs ou de celle des services), c’est la croissance de l’autonomie des robots. Une croissance d’autant plus forte que sur le marché, les robots personnels et de services sont en passe de représenter l’essentiel des ventes. Alors certes, cette robotique de service tient encore beaucoup du jouet, du loisir. Mais elle inaugure tout de même cette nouvelle génération de robots capables de cohabiter avec l’homme, avec lequel le robot va partager l’espace et non plus avoir un espace réservé, comme l’évoque très bien l’excellente vidéo du projet européen SMERobot, afin de montrer que les robots peuvent aussi avoir leur place dans les PME.
Et d’évoquer encore deux projets européens dans lesquels le laboratoire de Bruno Siciliano est partenaire. Phriends, qui réfléchit à comment renforcer la sécurité des interactions hommes-machines. Se référant à la première loi de la robotique imaginée par Isaac Asimov, le projet Phriends travaille à des robots industriels qui seraient capables de détecter la présence des hommes pour ne plus jamais les blesser (vidéo).
Le programme Dexmart, lui, consiste à apprendre de la dextérité aux robots, afin qu’ils soient capables un jour de vous servir le café (vidéo).
Et Bruno Siciliano, après avoir fait la publicité pour le Springer handbooks of Robotics qu’il vient de coordonner, de nous inviter à regarder plus loin encore : quand la robotique disparaît, devient ubiquitaire, distribuée ou embarquée, pour mettre de l’intelligence directement dans notre environnement. Il ne lui aura manqué que d’évoquer, pour mieux l’illustrer, AUR la lampe robotique de Guy Hoffman du MediaLab (vidéo).
Autant dire que les autres interventions plus techniques ont fait pâle figure après cette introduction riche en perspective. Ralf Koepp de Kuka, le leader de la robotique industrielle qui s’intéresse désormais également à la robotique personnelle a néanmoins évoqué plusieurs projets intéressants comme la plateforme européenne de robotique à laquelle son entreprise participe. Il a également évoqué le projet SMERobot et l’idée d’apporter la robotique dans les PME comme un grand défi pour l’Europe et le secteur. Dans ce cadre, il a évoqué, OmniRob, le robot mobile développé par Kuka (vidéo) en soulignant le besoin de recherche sur la situation, la mobilité et la localisation des robots pour faciliter leur autonomie de mouvement. Jeremy Wyatt du Laboratoire de robotique intelligente</a> de l’université de Birmingham a évoqué le défi qu’adresse la recherche en cognition à la robotique. Sethu Vijayakumar, directeur de l’Institut de perception, action et comportement à l’Ecole d’informatique de l’université d’Edinburgh a lui évoqué les capacités d’apprentissages des robots, expliquant avec force formules mathématiques combien les robots devaient s’améliorer dans les domaines de la compréhension de leur environnement. Pour sa part, son laboratoire travaille à faire comprendre aux robots les forces qui l’environnent, comme par exemple en lui apprenant à garder une balle en équilibre au bout d’un bâton ou à jouer avec une balle et une raquette… L’idée est de parvenir à donner au robot les capacités motrices de l’homme, comme le sens de l’équilibre. Avec le Honda Research Institute allemand, son laboratoire travaille à apprendre à un robot à passer une éponge sur une voiture. Un geste qui nous paraît à nous êtres humains simple, mais qui est plutôt complexe à appréhender pour les machines intelligentes. Comme quoi, nous avons encore quelques capacités qu’ils n’ont pas.
Vu à ICT’08 : Eduwear, créer des interactions avec les textiles intelligents
Eduwear est un kit pour créer des interfaces tangibles. Il consiste en une petite malette pour les enfants, comprenant un kit de construction composé de textiles intelligents, de fil conducteur, de diodes, d’une batterie et d’une connectique simple pour créer des objets textiles intelligents. L’idée est d’offrir aux plus jeunes un médium éducatif facile à appréhender pour jouer autrement avec les nouvelles technologies. Avec cette malette, les enfants peuvent fabriquer leurs vêtements intelligents, apprendre par la pratique le rôle des interfaces haptiques et tactile. Un laboratoire virtuel en ligne servant de plateforme pour développer les fonctionnalités des constructions est également disponible. Il permet d’apprendre aux enfants ce qu’est le mouvement, de les accompagner dans la découverte des technologies tout en leur offrant un matériel ludique qui peut se plier à toutes leurs fantaisies. A la confluence de l’esthétique, de l’électronique et de l’informatique, Eduwear permet aux plus jeunes d’appréhender concrètement ce que les nouvelles technologies vont leur permettre de réaliser, comme l’explique leur plaquette.
Ce projet est développé par l’équipe de TechKreativ du groupe Digital Media de l’université de Brême, en Allemagne (voir leur plaquette de présentation en anglais). TechKreativ met en place des ateliers pour les plus jeunes, non seulement autour de l’informatique qui se porte (wearable computing), mais également autour des robots. L’équipe organise des camps de l’innovation avec les enfants en utilisant des interfaces de programmation faciles d’accès pour eux comme les célèbres RoboLogo ou les Lego Mindstorm. Parmis les ateliers déjà mis en place, signalons encore SmartDance, un atelier consistant à faire se rencontrer un chorégraphe, des enfants et des technologies. Les enfants programmant des capteurs pour faire varier les lumières de la scène en fonction des chorégraphies qu’ils réalisent.
Stimulant, non ? Connaissez-vous des ateliers de ce type en France ?
Vu à ICT : DiciT, la parole pour commander la télé
Dicit (Distant talking interfaces for control of interactive TV) est un système (encore complexe) pour commander sa télévision par la parole. Pour cela, Dicit n’utilise pas une télécommande dans laquelle donner ses ordres, mais a développé un système ambiant fait de micros et de capteurs, capables de comprendre les commandes que prononcereraient tous les utilisateurs installés devant leur télévision et de distinguer les commandes vocales du bruit ambiant. Le système est sensé distinguer des commandes vocales naturelles, comme le montre la vidéo suivante. Selon ses promoteurs, la technologie est prête à être intégrée dans les téléviseurs de demain. On essaye ?
Vu à ICT : Elder Games, des jeux qui s'adaptent aux capacités cognitives des joueurs
ElderGames est un projet de recherche européen qui vise à développer des jeux avec des interfaces avancées pour les personnes âgées.
Le jeu se présente sous la forme d’une table de jeu pour quatre personnes équipée d’un écran et de caméras pour suivre les actions des joueurs. Les jeux proposés sont des jeux de cartes et des jeux de mémoire qui, comme tout bons jeux, ont avant tout pour but de divertir et socialiser les participants. Mais ils ont également un autre objectif : aider à la détection précoce de la détérioration des capacités cognitives des joueurs. Des jeux qui se veulent aussi et avant tout thérapeutiques, puisqu’ils sont sensés aider les plus âgés à faire travailler leur mémoire à court terme ou leur attention. Le niveau de difficulté des jeux s’adapte à chaque participant pour mieux équilibrer les parties. Le jeu surveille les résultats des joueurs, sessions après sessions, et est capable de signaler dès que les résultats se dégradent.
La table devrait être commercialisée prochainement et pourrait bientôt équiper des lieux de socialisation pour personnes âgées.
L'agenda des TIC pour 2018 en Europe
Vivane Reding, commissaire européen pour la société de l’information a introduit la première journée du Colloque européen sur nouvelles technologies de l’information qui se déroule à Lyon en cherchant à savoir où vont les TIC : “où allons-nous ? Quel est l’agenda des TIC pour les 10 prochaines années ?” Où va la recherche ? Quelles sont les priorités auxquelles va être confronté la recherche et l’industrie européenne des nouvelles technologies dans les 10 prochaines années ?
Pour Ben Verwaayen, président d’Alcatel-Lucent, le chemin semble clair : nous entrons dans l’ère de la coopération. Ce qui va ouvrir de nouvelles façons de travailler ensemble. “Nous sommes engagés de manière irréversible vers un environnement de collaboration, à l’échelle mondiale.” L’agenda est clair selon lui : il va nous falloir apprendre à mieux travailler ensemble. Reste à savoir comment, car les problèmes pour transformer une idée, un concept, une recherche en succès commercial est loin d’être évident.
D’où la nécessité de s’adresser à ceux qui l’ont déjà fait. Pour Harold Goddijn, le pdg de TomTom, “nous sommes les enfants de la dernière crise”. TomTom a dès le départ eut une approche internationale afin de positionner sa marque sur le marché. Pour lui, le problème n’est pas technologique, mais commercial : il est de construire le modèle d’affaire pour commercialiser son innovation. “Le développement de la technologie est de moins en moins important dans notre entreprise : c’est le reste qui est important” (marketing, brevets, et surtout vente et commercialisation). Et c’est sur ce point là que la recherche à besoin de l’Europe. “Dans un contexte global, la technique est ce qu’il y a de plus facile à faire !”
Pour Esko Aho, vice-président de Nokia et président du fond d’investissement finlandais Sitra, les solutions que nous avons à trouver sont mondiales et non pas nationales ou européennes. Pour lui, le diagnostic est clair : nous manquons d’esprit d’entreprise. Si les américains sont plus performants que nous, ce n’est pas du fait que leur R&D serait plus performante que la notre, c’est surtout parce qu’ils ont une capacité de création de services et d’entreprises plus forte que nous. L’Europe a besoin de créer des structures pour promouvoir la prise de risque, pour que naissent et fleurissent de nouvelles entreprises. Et la crise économique actuelle est une opportunité pour modifier notre esprit d’entreprendre.
Pour Michel Cosnard, président de l’Inria, “rien n’est possible sans la recherche.” Or la recherche ne saura pas faire face à tous les défis qui l’attendent, seule. Elle a besoin de priorités. Selon lui, trois domaines doivent être mis en avant :
- la computation de partout. Nous sommes en train passer d’un monde où l’infrastructure de communication est conçue entre humains pour les humains, à un monde où chaque objet aura de l’intelligence embarquée, où l’intelligence sera ambiante. <em>”Nous avons besoin d’une vision mondiale sur les défis que cela va représenter. L’internet du futur est le défi à relever. La technologie va investir tous les domaines de la société : il faut réfléchir à la conception du réseau de l’avenir, à son architecture, à ses protocoles permettant de supporter un nombre illimité d’applications, de services, d’objets connectés.
- fournir l’accès au réseau de connaissances et de services. Dans ce monde où l’informatique va investir tous les domaines de la société, il va falloir fournir l’accès à des contenus et à des objets via une très grande variété d’applications. Et cela avec une infrastructure sûr, sécure, efficace et fiable. Ces nouvelles techniques de calcul vont avoir des effets fondementales sur la vie de chacun. Une partie de la crise économique que nous vivons est dû à des problèmes de fiabilité des infrastructures d’analyses et de calculs financiers. L’Inria reçoit chaque année 100 millions de courriels dont seulement 2 % est utile. “Notre infrastructure de communication est peut-être en danger”, explique le président de l’Inria. Le système d’information d’un avion, c’est 10 millions de lignes de code et 80 % de ces lignes sont écrites sans intervention humaine. C’est dire si ces systèmes doivent apprendre à être fiables, d’autant plus s’ils doivent se répandre partout, dans tous les systèmes de nos vies quotidiennes.
- la simulation des systèmes complexes. Pour comprendre le cerveau, le corps humain, le fonctionnement des cellules, les changements climatiques… Sont autant de Terra Incognita qu’il va falloir découvrir. Nous avons besoin de systèmes de simulation pour franchir cette complexité. Des systèmes de simulation qui vont à leur tour produire d’énormes quantités de données.
Mais que faut-il traiter d’abord, interroge la commissaire européenne. Comment fixer les priorités : la sécurité, la législation, la promotion de l’esprit d’entreprise… Il y a tant de choses à faire !
Vers une Europe de la confiance
Pour Ben Verwaayen, il semble évident que nous manquons de confiance dans les réseaux de prochaine génération. Comment allons nous gérer ces quantités énormes de données ? Pourrons-nous avoir confiance dans les systèmes qu’on fabrique ? POurrons nous avoir des entrepots virtuels de données qui seront traités avec précaution ? Comment sucsiter de la confiance dans l’anarchie organisée de l’innovation ? C’est certainement la question la plus importante à laquelle nous sommes confronté. Si on veut avancer réellement, le rôle de l’Europe n’est pas de proposer de grands desseins, mais de donner un contenu au mot confiance. La confiance : c’est la sûreté, la sécurité et le respect de la vie privée. Ce n’est que si ces trois piliers sont assurés que les forces du marché pourront s’autoréguler.
Et Viviane Reding d’entendre déjà les crispations de la communauté internet si l’Europe se dirige vers ce type de législation.
Et Esko Aho d’abonder dans le sens du président d’Alcatel Lucent : “Si l’on croit que la croissance de la productivité sera de plus en plus basée sur les TIC, alors les systèmes doivent être sûres, sécures et doivent respecter la vie privée.” Nous avons besoin de ce type d’architecture. Si la Finlande ne peut développer la santé électronique aujourd’hui, c’est à cause de l’absence d’une architecture fiable pour se faire. Viviane Reding semble abonder également dans ce sens.
Une Europe libérale pour l’innovation ?
Pour Harold Goddijn, il est difficile de prévoir l’évolution de l’agenda des TIC en Europe, car en regardant les 10 dernières années, on voit déjà combien tout à changé. Désormais, il nous faut nous adapter sans cesse au changement permanent. Le problème des grands projets, c’est qu’il faut du temps pour les faire fonctionner alors que le monde change sans cesse. Les PME sont plus capables de s’adapter. Mais nous devons intégrer la souplesse dans notre système “social”. Le message n’est pas facile à faire passer, mais ce sera inévitable, explique l’entrepreneur. Nous devons être en mesure de créer des entreprises et des économies souples, flexibles, capables de s’adapter.
“Nous avons un problème en tant que décideur politique, en conclut Viviane Reding. Les avancées s’accélèrent et la seule réponse pour faire face à cette accélération doit être elle-même rapide, alors que la prise de décision et la régulation sont lentes et lourdes à mettre en oeuvre.”
Dans le secteur des télécoms, l’Europe est à la pointe grace à la libéralisation précoce des marchés qui a permis de développer des environnements propices aux affaires, explique Esko Aho. En Europe nous estimons toujours que quelqu’un pourra tout organiser, alors que ce n’est pas possible. Pour Harold Goddijn, il est coûteux de développer une entreprise, car il faut acquérir des brevets, se conformer aux législations… On peut s’en prendre au manque d’agressivité des entrepreneurs européens, mais il “est plus difficile de comprendre le fonctionnement de la TVA dans le monde que de créer de nouveaux produits”. Quand est-ce que nous pourrons enfin déposer un brevet dans une seule langue plutôt que de devoir le déposer en plusieurs langues, ironise Ben Verwaayen, montrant bien par là, les modes de blocages des processus européens.
Pour Michel Coisnard, il n’en faut pas moins développer la culture du risque et les possibilités de financement et simplifiant les processus de soutiens aux entreprises. Pour Viviane Reding, il sera difficile de construire un marché interne tant que les décisions communautaires devront être prises à l’unanimité et tant que les gouvernements auront tendance à toujours répondre par le protectionnisme.
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont-elles une solution pour construire un monde plus durable ? Les TIC peuvent jouer un rôle. Elles peuvent permettre de mieux analyser les risques avant de prendre une décision et aider à ce que les processus de décision soient plus transparents. Si ces deux règles avaient été respectées, nous n’aurions peut-être pas connu la crise dans laquelle nous sommes plongés, car les systèmes bancaires ne savaient pas ce qu’ils modifiaient. Et Viviane Reding de rappeler sa confiance dans les technologies. On a besoin des TIC pour améliorer l’efficacité de l’éclairage public par exemple ou pour répondre au défi du vieillissement de nos populations. “Personnellement, je pense que les TIC nous aideront à régler les problèmes auxquels nous sommes confrontés.” Mais attention à ne pas aller trop loin dans la transparence, prévient-elle, car elle peut être un frein au progrès. Nous ne pourrons pas aller vers un risque zéro. Au contraire. Tous les chercheurs doivent apprendre à prendre des risques.







