Fing
07/07/2010

#Lift10 : Comment s’adapter au futur ?

Il y a 20 ans, Dallas a montré une image du pétrole américain, qui est bien loin de celle que nous donne BP aujourd’hui… L’essayiste Nassim Taleb pourrait attribuer ce genre de catastrophe à ce qu’il appelle une fausse idée ludique (Ludic Fallacy). Comme il l’expliquait en prédisant la crise financière de 2008, nous ne sommes pas fabriqués pour comprendre les choses abstraites, les catastrophes, les “Cygnes noirs” qu’il évoque dans son livre éponyme. Taleb a imaginé un protocole de protection baptisé “Cygne Noir” pour répondre aux questions imprévisibles qui arrive et qu’il vend sous forme de conseil via sa société de consulting. 

Moi, je ne suis que designer, explique Anab Jain. Je ne prédit pas les évènements improbables. Cependant, le design peut aussi imaginer des réponses à l’impossible, à ce que nous comprenons mal, à la complexité et nous faire passer, via des histoires, de l’invisible au visible. C’est en tout cas ce qu’elle essaye de faire via son studio Superflux, qui créé des propositions spéculatives pour l’avenir… 

Suite aux dernières tornades qui ont touché la Louisiane, des habitants et des designers se sont posés la question de savoir comment apporter des réponses à ce genre de catastrophe. C’est l’enjeu du projet Arche (ark.inc) qui imagine des services et des produits pour vivre dans une civilisation après la catastrophe. Ark.inc est une fiction qui imagine des solutions via le design avec des gens qui ont vécu ce type de catastrophe pour nous aider à mieux réagir à d’autres évènements de ce type. 

La Puissance de 8 (Powerof8.org.uk) est une collaboration multidisciplinaire pour comprendre comment les technologies peuvent avoir un impact sur les écosystèmes naturels. L’une des préoccupation clef du groupe a été de s’intéresser à la mortalité des abeilles. Les technologues qui composaient ce cercle de réflexio pensaient qu’on pouvait imaginer des abeilles modifiées génétiquement pour répondre à leur mortalité… Ils ont imaginé une abeille synthétique émettrice d’ondes pour attirer d’autres abeilles. Le prototype imaginé croisait des gènes d’abeille avec celles de chauve-souris pour qu’elles puissent détecter les ondes radios sans être désorienté par les ondes électro-magnétiques. Les designers ont imaginé des abeilles colorées, dotées d’ailes solides pour et de fibres pour récupérer le polen et aider à la polénisation. Le scénario imaginé (vidéo) montre l’introduction de composant dans des larves d’abeille. Bien sûr, c’est un scénario, c’est un prototype conceptuel de designers né à l’école d’architecture de Barlett. Les scénarios ont même imaginé comment les hommes pouvaient s’adapter à ces nouvelles créatures, attirer les abeilles émétrices en émettant des ondes pour les appeler. Ce qui était intéressant a été finalement de constater que des scientifiques s’intéressaient également au même problème. Les chercheurs du Wyss Institute à Harvard ont imaginé eux des RoboBee, des abeilles robots, non biologiques, mais autonomes, capables d’aider les abeilles à s’orienter. Comme quoi, les questions que nous nous posions à quelques-uns étaient aussi étudiées très sérieusement par d’autres scientifiques en parallèle. 

Ces scénarios ont pour but d’aider les gens à voir les choses de manières différente, pour sortir du consensus de la réalité actuelle. Le but est de permettre d’établir un dialogue durable entre différentes disciplines, entre designers et scientifiques notamment. 

Et Anab Jain de nous présenter une caméra sur la 5e dimension, créée à partir des théories des physiciens quantique pour permettre de mieux approcher la réalité que décrit la physique quantique. L’idée de cet objet était d’explorer ce que serait un monde où le calcul quantique serait normal. Que serait un monde où plusieurs réalités pourraient exister. Comment utiliser la recherche scientifique pour la faire comprendre du grand public ? Pourrions-nous avoir des outils pour écouter ou voir des mondes parallèles ? Peut-on casser la limite entre le temps et l’espace ? C’est l’idée de ce prototype : une caméra capable d’enregistrer plusieurs réalités à la fois. La caméra présente ainsi plusieurs parcrous de personnes différents dans un même temps. Chaque image illustre ce qu’il s’est passé dans des mondes parallèles au même moment. L’exposition qui en a été tirée a permis de regarder autrement le futur et la physique. 

Robert Boyle (1627-1691) avait essayé de regarder dans le futur. Dans sa liste de souhait, il espérait que nous arriverions à voler, à garder notre jeunesse, à faire muter les espèces… Et pour la plupart, cette liste de souhait a été atteinte. Les gens supposent qu’il va toujours y avoir du progrès même si on ne le voit pas, disait Kevin Kelly. La question est de savoir quels sont les archétypes des désirs d’une époque. Quels pourraient être nos souhaits pour demain ? C’est tout l’enjeu d’un design qui interroger demain. 

07/05/2010

#lift10 : Une fenêtre sur l’avenir

Qu’est-ce qui nous rend humain ? Que pouvons-nous prévoir de l’avenir ? 

Jamais Cascio de l’Institut pour le Futur. “Je suis futuriste, mais nous le sommes tous. C’est quelque chose d’intrinsèque à notre être, nous pensons tous à demain”… Le futur est un processus plus qu’une destination disait Bruce Sterling. Quand on pense à l’avenir, on pense toujours à la fin du monde : aux robots, à la guerre, aux maladies, aux pandémies, à l’extrêmisme religieux, etc.

Mais ce n’est pas la seule façon de penser le futur. Le futur n’est pas que menace, mais aussi l’adaptation, la résilience. Nous pouvons construire le monde que nous voulons, comme le montre la banque de semence de Norvège, qui nous prépare à gérer le pire avenir…

La civilisation est née dans les flammes de catastrophes. Nous avons appris à viser des cibles par exemple, que les singes ne savent pas faire. Notre projection dans l’avenir est intrinsèque à notre condition humaine. Quand on parle d’un futuriste, on évoque d’abord la prédiction… Mais les futuristes en sont loin, car ils ont tendances à se bloquer sur des visions fausses… C’est ce que j’appelle des “avenirs d’héritage”… comme la singularité, les jets packs, ou les voitures volantes, qui nous fournissent un sens, mais sur lesquels on se bloque.

Il y a plusieurs avenirs, pensons-y par des stratégies d’essais. Les grandes entreprises prévoient ainsi des scénario différents. On aide les grandes entreprises à contrôler et prévoir, pour faire plus d’argent. On a tendance à regarder les choses qui nous inquiètent actuellement mais qui risquent demain d’être désuettes… C’est le cas de la grey goo par exemple.

Une autre approche dit que la prospective devrait avoir à faire avec l’éthique… Nous sommes en train de fabriquer un futur… Mais qui n’est pas celui que l’on souhaite, comme le montre le problème climatique. Les choix que nous faisons ont des conséquences. L’avenir ne nous arrive pas, nous le créons !

La prévision demande de s’adapter. Le rôle des futurologues ressemble à celui d’un système immunitaire pour la civilisation. Les prospectivistes doivent rendre la sensibilité endémique, de nous rendre sensible à différents possibles pour créer le monde que nous souhaitons. Les choix que vous faites aujourd’hui n’ont pas que de l’importance maintenant, mais aussi pour demain. Le rôle, la place que nous avons dans le monde est celle d’un créateur. Récemment, j’ai fait un travail sur l’empreinte carbonique du Cheeseburger montrant que tous les cheesburger mangés aux Etats-Unis dans l’année avaient la même empreinte carbonique que tous les 4x4 américains. 

Nous avons un avenir entre nos mains. Nous sommes le système immunitaire de la civilisation. Nous sommes tous des futuristes vous disais-je. Nous avons tous le besoin de regarder devant nous et voir les potentialités de changement…

L’image de Saturne depuis la sonde Casini montre l’une des plus forte capacité de l’humanité, celle de créer des outils pour dominer le monde. C’est une illustration de notre puissance et de notre fragilité. Pour autant que nous le sachions, la vie humaine est unique. Tout ce que nous faisons, quoi que nous faisions, nous avons une responsabilité pour l’avenir. Prévoir, c’est aussi une responsabilité pour améliorer la vie sur la planète. Les choix que nous allons faire dans les quelques années à venir, vont avoir un impact sur les siècles à venir, et je ne parle pas seulement de l’environnement. Tous nos outils sont des manifestation de notre culture, de notre éthique, de notre condition humaine… En prenant de plus en plus de puissance, l’impact de nos choix devient également de plus en plus conséquent. 

Le monde se trouve entre nos mains et nous devons le partager. Nous devons créer l’avenir que nous voulons ! conclut Jamais Cascio à la manière d’un prêcheur. La messe est dite !

Comment appliquer cela à notre vie quotidienne ?, lui demande Bruno Guissani. “Il faut penser aux conséquences de ce que nous faisons”. Est-ce que cela suffira ?…

29/03/2010

Les tendances ? pour les 40 prochaines années

Carte des tendances (PDF) technologiques, de société, géopolitiques, des sciences, … , pour les 40 prochaines années réalisée par Elisabeth Teissier le (funky)futurologue Richard Watson. 

22/11/2009
18/11/2009

La vie ambiante, imaginée par Freeband Communication (un programme de recherche hollandais sur l’intelligence ambiante), présente - non sans humour - un monde où les données sont devenues la norme quotidienne, embarquées dans tout ce que nous faisons. Dans cette vision, nous utilisons des graphiques et des visualisations pour faire chaque choix que nous nous apprêtons à faire. A se demander si la capacité prédictive de nos outils sociotechniques va tuer notre libre arbitre ?

Via Flowing Data.

21/09/2009

Les technologies du futur vues en 1993 par AT&T. GPS, ebook, paiement de péage en contactless, etc.

26/02/2009

Lift09 : Que peut-on apprendre des prédictions qui ne se sont pas réalisées ?

Patrick J. Gyger de la Maison d’ailleurs, le Musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires sis à Yverdon-les-Bains en Suisse et Nicolas Nova de Lift, nous proposent un détour par les échecs de l’informatique et de la science-fiction pour mieux comprendre notre avenir.

Patrick Gyger dans une présentation très imagée par les collections du musée, se demande si nous ne vivons pas déjà dans un monde de science-fiction. Nous avons toujours imaginé l’avenir, d’une manière idéale et en relation, bien sûr avec les technologies. Pour Jules Verne, la technologie reposait dans les mains de scientifiques isolés qui s’en servaient pour imaginer notamment des moyens de locomotion nouveaux. Mais c’est au milieu du 20e siècle que la science-fiction est devenue un genre à part entière avec le développement de très nombreux fanzines américains comme Amazing Stories. Dès le 19e siècle, les écrivains montraient que l’innovation technologique était déjà la clé du progrès. La Science fiction a transformé le monde contemporain en un un monde de demain, transcendant la littérature et les médias. Les images du futur se sont répandues dans la culture populaire, plus comme un prétexte, une forme, un style pour parler de la modernité du présent que pour parler du futur, car un objet pour être moderne et désirable a besoin de ressembler à ce qu’il sera dans le futur. La science fiction a bien sûr énormément influencé le marketing et nos modes de consommation.

Le monde de demain est construit sur des composants qui reviennent : l’espace, les robots, la médecine et bien sûr la guerre. Mais aussi des villes et des maisons permettant de montrer concrètement les transformations qui nous attentendent. Les transports publics et personnels sont bien sûr également au coeur de la SF. Bien sûr, on retient souvent l’exemple du trafic aérien personnel, comme un rêve de futur qui n’a jamais existé. Mais s’il ne s’est pas généralisé, il a existé. Dès 1921, de nombreux prototypes de voitures avions ont existé et volé, comme l’explique Gyger dans son livre sur les Voitures volantes.

La SF joue comme un créateur de désir. Bien d’autres objets ont connu des destins similaires, comme les montres téléphones, la cybernétique, la robotique, les vidéophones ou les jetpacks ou l’invisibilité. Beaucoup d’autres n’ont pas encore d’existence : le voyage dans le temps, la téléportation, les colonies spaciales…

L’avenir n’a pas pris toutes les formes que les visions de la SF ont popularisé, mais s’est souvent inspiré de ses concepts. Reste que nous n’avons peut-être pas besoin d’utopie d’une manière urgente car nous vivons pour beaucoup dans un réel confort. Certaines utopies technologiques se sont réalisées sans atteindre leurs objectifs. Le plus souvent la technologie n’apporte pas le meilleur de l’humanité, mais dévoile ses plus grandes craintes.
Il y a une hitoire du future à comprendre, mais qu’il ne faut pas à entendre sous le forme de la prédiction. La SF parle surtout des espoirs et les peurs des sociétés passés. Dans ces visions grandioses du futur, on croit que les machines plus que la politique produisent des changements sociaux bénéfiques. Mais cela ne suffit probablement pas à faire changer les mentalités. Comprendre la SF nous aidera certainement à comprendre comment les sociétés voyaient le progrès.

Les échecs successifs de nos Saint Graal
Quels sont les produits qui n’ont pas marché ? Quels sont ces produits, qu’on nous promettait comme des Saint Graal, comme des produits géniaux et qui n’ont pas pris. Pourquoi nous ne les avons pas utilisé ? se demande le chercheur Nicolas Nova. Il y a de nombreux facteurs qui expliquent les échecs du videophone (le picturephone, 1969), notamment techniques. Mais en 2008, certains constructeurs continuent de nous proposer ce types de produits, sans grands succès apparemment. Les frigos intelligents sont également un autre exemple de ce type de produit qui a échoué à toucher le public pour lequel il était destiné. Les services de localisation (comme le TapTap du Xerox Parc inventé en 1993 ou Google Latitude, pour prendre une référence plus contemporaine), permettant de savoir où sont nos amis, ont également du mal à convaincre le public. Cela fait 20 ans qu’on cherche des applications à ces outils, mais les gens ont du mal à s’en servir, notamment pour des raisons de respect de la vie privée. Tous ces objets n’ont pas atteint les marchés de masse qu’on leur promettait. Pourquoi ?

Selon Nicolas Nova, il faut comprendre les caractéristiques communes de ces objets. Ils ont été lancé avec un “sur-optimisme” alors qu’ils réinventaient souvent la roue. Les technologies mises en oeuvres n’étaient souvent pas assez fiables ou trop imparfaites pour être acceptées. Et surtout, ce genre de propositions reposent souvent sur une faible compréhension et une méconnaissance des attentes réelles des utilisateurs. Leurs concepteurs sont souvent convaincus que ces projets sont fondamentalement nouveaux, alors qu’ils ne le sont peut-être pas toujours. Enfin, ces projets connaissent souvent un fort écho, disproportionné par rapport à leurs capacités réelles.

Il y a des causes à ces échecs également, explique Nicolas Nova. Ils sont “pris dans l’air du temps” (trapped in the Zeitgeist). Ces objets sont conçu a une certaine époque, avec une certaine mentalité… Mais les choses changent. On a imaginé les véhicules volant personnels en pleine guerre froide. De la même manière qu’aujourd’hui, les services UGC ou l’internet des objets semblent être enfermé dans ce même Zeitgeist.
“Le temps n’est pas stable”, il n’est pas une ligne droite. Il y a des perturbations, des pics, des trous noirs qui changent la donne, comme le numérique a changé la donne pour la photo argentique. Il y a également le fait que nous avons tendance à confondre le court terme et le long terme. Mais surtout, encore une fois, nous avons du mal à comprendre les utilisateurs. On ne regarde pas assez les exceptions. Les concepteurs imaginent souvent un utilisateur moyen qui n’existe pas. L’automatisation des processus est toujours difficile à accepter pour les gens, car nous avons plein de façons de faire qui ne sont pas automatisables. Comment imaginer des machines qui reposent sur des automatismes (comme l’approvisionnement des frigos qui se ferait uniquement automatiquement via l’internet), alors que la plupart de nos achats ne sont pas automatiques ou ne sont font pas chez un fournisseur unique ? Nous n’avons pas que des rituels automatiques. Dire notre localisation à nos amis est certes un rituel, mais qu’une machine ne peut peut-être pas faire à nos places, car les contextes sont complexes.
On pense également souvent qu’on peut rendre les choses plus naturelles, comme l’imaginait Clippy de Microsoft. Mais nos langages sont différents de ceux de l’ordinateur. Qu’est-ce qui est naturel ? Comment la technologie “choisit” ce qui est naturel ? Sans compter que “le naturel” dépend du contexte et évolue sans cesse. Dans le métro parisien, les usagères passent leur sac sur le lecteur RFID du passe Navigo. Ce geste naturel l’est pour ceux qui en ont l’habitude, mais l’est-il pour les autres, pour un touriste ou une personne âgée ?

Néanmoins, il est important d’explorer et de comprendre ces échecs souligne Nicolas Nova. Car souvent, ces produits ou ces projets sont de bonnes idées avant leur temps. Les échecs sont des signes de futurs possibles. Le vidéophone a échoué en passant par le téléphone, mais sur nos ordinateurs, communiquer avec l’image est un succès. Pourquoi ?
Les échecs permettent d’apprendre ce qui s’est mal passé, où et pourquoi et surtout, ils sont une source riche pour la conception. Apple n’aurait certainement pas fait l’iPhone s’il n’avait pas appris des échecs du Newton. Nous devons apprendre à utiliser les échecs comme des stratégies pour la conception.