L'agenda des TIC pour 2018 en Europe
Vivane Reding, commissaire européen pour la société de l’information a introduit la première journée du Colloque européen sur nouvelles technologies de l’information qui se déroule à Lyon en cherchant à savoir où vont les TIC : “où allons-nous ? Quel est l’agenda des TIC pour les 10 prochaines années ?” Où va la recherche ? Quelles sont les priorités auxquelles va être confronté la recherche et l’industrie européenne des nouvelles technologies dans les 10 prochaines années ?
Pour Ben Verwaayen, président d’Alcatel-Lucent, le chemin semble clair : nous entrons dans l’ère de la coopération. Ce qui va ouvrir de nouvelles façons de travailler ensemble. “Nous sommes engagés de manière irréversible vers un environnement de collaboration, à l’échelle mondiale.” L’agenda est clair selon lui : il va nous falloir apprendre à mieux travailler ensemble. Reste à savoir comment, car les problèmes pour transformer une idée, un concept, une recherche en succès commercial est loin d’être évident.
D’où la nécessité de s’adresser à ceux qui l’ont déjà fait. Pour Harold Goddijn, le pdg de TomTom, “nous sommes les enfants de la dernière crise”. TomTom a dès le départ eut une approche internationale afin de positionner sa marque sur le marché. Pour lui, le problème n’est pas technologique, mais commercial : il est de construire le modèle d’affaire pour commercialiser son innovation. “Le développement de la technologie est de moins en moins important dans notre entreprise : c’est le reste qui est important” (marketing, brevets, et surtout vente et commercialisation). Et c’est sur ce point là que la recherche à besoin de l’Europe. “Dans un contexte global, la technique est ce qu’il y a de plus facile à faire !”
Pour Esko Aho, vice-président de Nokia et président du fond d’investissement finlandais Sitra, les solutions que nous avons à trouver sont mondiales et non pas nationales ou européennes. Pour lui, le diagnostic est clair : nous manquons d’esprit d’entreprise. Si les américains sont plus performants que nous, ce n’est pas du fait que leur R&D serait plus performante que la notre, c’est surtout parce qu’ils ont une capacité de création de services et d’entreprises plus forte que nous. L’Europe a besoin de créer des structures pour promouvoir la prise de risque, pour que naissent et fleurissent de nouvelles entreprises. Et la crise économique actuelle est une opportunité pour modifier notre esprit d’entreprendre.
Pour Michel Cosnard, président de l’Inria, “rien n’est possible sans la recherche.” Or la recherche ne saura pas faire face à tous les défis qui l’attendent, seule. Elle a besoin de priorités. Selon lui, trois domaines doivent être mis en avant :
- la computation de partout. Nous sommes en train passer d’un monde où l’infrastructure de communication est conçue entre humains pour les humains, à un monde où chaque objet aura de l’intelligence embarquée, où l’intelligence sera ambiante. <em>”Nous avons besoin d’une vision mondiale sur les défis que cela va représenter. L’internet du futur est le défi à relever. La technologie va investir tous les domaines de la société : il faut réfléchir à la conception du réseau de l’avenir, à son architecture, à ses protocoles permettant de supporter un nombre illimité d’applications, de services, d’objets connectés.
- fournir l’accès au réseau de connaissances et de services. Dans ce monde où l’informatique va investir tous les domaines de la société, il va falloir fournir l’accès à des contenus et à des objets via une très grande variété d’applications. Et cela avec une infrastructure sûr, sécure, efficace et fiable. Ces nouvelles techniques de calcul vont avoir des effets fondementales sur la vie de chacun. Une partie de la crise économique que nous vivons est dû à des problèmes de fiabilité des infrastructures d’analyses et de calculs financiers. L’Inria reçoit chaque année 100 millions de courriels dont seulement 2 % est utile. “Notre infrastructure de communication est peut-être en danger”, explique le président de l’Inria. Le système d’information d’un avion, c’est 10 millions de lignes de code et 80 % de ces lignes sont écrites sans intervention humaine. C’est dire si ces systèmes doivent apprendre à être fiables, d’autant plus s’ils doivent se répandre partout, dans tous les systèmes de nos vies quotidiennes.
- la simulation des systèmes complexes. Pour comprendre le cerveau, le corps humain, le fonctionnement des cellules, les changements climatiques… Sont autant de Terra Incognita qu’il va falloir découvrir. Nous avons besoin de systèmes de simulation pour franchir cette complexité. Des systèmes de simulation qui vont à leur tour produire d’énormes quantités de données.
Mais que faut-il traiter d’abord, interroge la commissaire européenne. Comment fixer les priorités : la sécurité, la législation, la promotion de l’esprit d’entreprise… Il y a tant de choses à faire !
Vers une Europe de la confiance
Pour Ben Verwaayen, il semble évident que nous manquons de confiance dans les réseaux de prochaine génération. Comment allons nous gérer ces quantités énormes de données ? Pourrons-nous avoir confiance dans les systèmes qu’on fabrique ? POurrons nous avoir des entrepots virtuels de données qui seront traités avec précaution ? Comment sucsiter de la confiance dans l’anarchie organisée de l’innovation ? C’est certainement la question la plus importante à laquelle nous sommes confronté. Si on veut avancer réellement, le rôle de l’Europe n’est pas de proposer de grands desseins, mais de donner un contenu au mot confiance. La confiance : c’est la sûreté, la sécurité et le respect de la vie privée. Ce n’est que si ces trois piliers sont assurés que les forces du marché pourront s’autoréguler.
Et Viviane Reding d’entendre déjà les crispations de la communauté internet si l’Europe se dirige vers ce type de législation.
Et Esko Aho d’abonder dans le sens du président d’Alcatel Lucent : “Si l’on croit que la croissance de la productivité sera de plus en plus basée sur les TIC, alors les systèmes doivent être sûres, sécures et doivent respecter la vie privée.” Nous avons besoin de ce type d’architecture. Si la Finlande ne peut développer la santé électronique aujourd’hui, c’est à cause de l’absence d’une architecture fiable pour se faire. Viviane Reding semble abonder également dans ce sens.
Une Europe libérale pour l’innovation ?
Pour Harold Goddijn, il est difficile de prévoir l’évolution de l’agenda des TIC en Europe, car en regardant les 10 dernières années, on voit déjà combien tout à changé. Désormais, il nous faut nous adapter sans cesse au changement permanent. Le problème des grands projets, c’est qu’il faut du temps pour les faire fonctionner alors que le monde change sans cesse. Les PME sont plus capables de s’adapter. Mais nous devons intégrer la souplesse dans notre système “social”. Le message n’est pas facile à faire passer, mais ce sera inévitable, explique l’entrepreneur. Nous devons être en mesure de créer des entreprises et des économies souples, flexibles, capables de s’adapter.
“Nous avons un problème en tant que décideur politique, en conclut Viviane Reding. Les avancées s’accélèrent et la seule réponse pour faire face à cette accélération doit être elle-même rapide, alors que la prise de décision et la régulation sont lentes et lourdes à mettre en oeuvre.”
Dans le secteur des télécoms, l’Europe est à la pointe grace à la libéralisation précoce des marchés qui a permis de développer des environnements propices aux affaires, explique Esko Aho. En Europe nous estimons toujours que quelqu’un pourra tout organiser, alors que ce n’est pas possible. Pour Harold Goddijn, il est coûteux de développer une entreprise, car il faut acquérir des brevets, se conformer aux législations… On peut s’en prendre au manque d’agressivité des entrepreneurs européens, mais il “est plus difficile de comprendre le fonctionnement de la TVA dans le monde que de créer de nouveaux produits”. Quand est-ce que nous pourrons enfin déposer un brevet dans une seule langue plutôt que de devoir le déposer en plusieurs langues, ironise Ben Verwaayen, montrant bien par là, les modes de blocages des processus européens.
Pour Michel Coisnard, il n’en faut pas moins développer la culture du risque et les possibilités de financement et simplifiant les processus de soutiens aux entreprises. Pour Viviane Reding, il sera difficile de construire un marché interne tant que les décisions communautaires devront être prises à l’unanimité et tant que les gouvernements auront tendance à toujours répondre par le protectionnisme.
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont-elles une solution pour construire un monde plus durable ? Les TIC peuvent jouer un rôle. Elles peuvent permettre de mieux analyser les risques avant de prendre une décision et aider à ce que les processus de décision soient plus transparents. Si ces deux règles avaient été respectées, nous n’aurions peut-être pas connu la crise dans laquelle nous sommes plongés, car les systèmes bancaires ne savaient pas ce qu’ils modifiaient. Et Viviane Reding de rappeler sa confiance dans les technologies. On a besoin des TIC pour améliorer l’efficacité de l’éclairage public par exemple ou pour répondre au défi du vieillissement de nos populations. “Personnellement, je pense que les TIC nous aideront à régler les problèmes auxquels nous sommes confrontés.” Mais attention à ne pas aller trop loin dans la transparence, prévient-elle, car elle peut être un frein au progrès. Nous ne pourrons pas aller vers un risque zéro. Au contraire. Tous les chercheurs doivent apprendre à prendre des risques.







