Fing
27/02/2009

Lift09 : De l'amour ?

Baba Wamé est enseignant à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication à l’université de Yaoundé et a soutenu une thèse à Paris II sur les usages de l’internet au Cameroun. Le Cameroun est un pays de 18 millions d’habitants. L’internet est arrivé au Cameroun en 1997 et compte 500 000 utilisateurs dont 350 000 depuis les 2500 points d’accès publics. Baba Wamé a étudié les usages des sites de rencontre auprès des camerounaises. Ces femmes, ces tchateuses, ont entre 18 et 34 ans, un niveau scolaire peu élevé, et ne sont pas toutes célibataires (certaines sont même mariées et font des rencontres parfois avec l’assentiment de leurs maris) et viennent surtout du sud du Cameroun chrétien (par rapport au Nord, musulman, où l’internet est moins présent). Ces femmes cherchent à changer leur vie et celle de leur famille par le mariage, ainsi qu’à avoir des enfants métis (à l’image de Yannick Noha). “Partir, c’est trouver une alternative à la misère”. La facilité d’utilisation de l’internet et l’amélioration des lieux de connexions (climatisé, discrétion qui permet de se déshabiller, débit élevé…) sont des facteurs qui facilitent leur appropriation de l’internet. Sans compter que sur les sites de rencontres, les femmes peuvent s’inscrire gratuitement. Les femmes camerounaises ont des techniques pour accrocher les hommes sur le net : le choix judicieux des fiches personnelles des partenaires potentiels (ciblage du pays, de l’âge : elles ne veulent pas des jeunes (plus de 30 ans), ni des noirs américains, et la Suisse est le premier pays cible). Ces femmes doivent entretenir de bons rapports avec les moniteurs de cybercafés, car certaines femmes surfent sans jamais être allé à l’école, sans même parler le français ou l’anglais. Il faut être régulier sur les sites de rencontre pour y aller 4 à 5 fois par semaine et cela coûte chaque mois 150 euros dans un pays où l’on vit pour moins de 2 dollars par jour. Toute la famille participe pour financer la connexion. De mêmes, elles se rencontrent et échangent sur leurs échanges pour éviter certains partenaires. Enfin, les marabouts donnent leurs conseils pour se connecter et permettre aux filles de réussir leurs rencontres. Dans leurs fiches, elles mettent en avant les valeurs chrétiennes et citent des références culturelles européennes. A Yaoundé, on compte en moyenne 10 à 15 % de mariages, mais 60 % de celles qui trouvent un mari finissent dans un réseau de prostitution en Europe, et aucune ne rentre, car si vous partez d’Afrique, il faut revenir riche.

Frank Beau est chercheur indépendant (et a souvent contribué à InternetActu.net), auteur d’un excellent livre sur Culture d’univers, et s’est intéressé pour la RATP, la régie des transports parisien, aux transformations de nos relations dans les transports. A quoi ressemblera le métro de demain ? Il sera un moyen de transport et d’échanges, pas seulement dans le transport, mais aussi avec les personnes. Mais comment une machine à flux peut-elle organiser un tissage entre les particules ? Internet permet-il d’éclairer les prémices de l’échange dans le métro. C’est la question que pose l’amour mobile, metromantics, l’étude que Frank nous présente.

Est-ce que le métro est un endroit propice à la rencontre ? Il y a des sites de “retrouvailles” comme Dilelui ou Parisbulle, pour lancer des bouteilles à la mer sur leur rencontre. Frank a lu les récits postés et les a analysés pour découvrir la forme commune à ces messages : un lieu, une histoire, un début et une fin, un désir, un espoir. Le langage qui se met en place dans le métro est le contraire d’internet : c’est un langage non verbale, qui s’appuie sur le regard. Le regard est un choc électrique, une connexion, mais comment passer du regard au sourire ? C’est souvent ce que raconte les histoires. Mais il y a aussi le contact des corps dans le métro, un “tétris des corps” : contact de la main, de l’épaule, des cheveux, de la nourriture… Il y a des objets transitionnelles également : se rendre compte qu’on est dans le même espace, qu’on partage dans le même temps (on se croise et recroise, il y a des communautés de déplacements), qu’on utilise comme la musique ou la lecture (le livre est en cause dans la moitié des annonces et donne un prétexte à la communication : c’est à la fois ce qu’on lit et ce que les autres lisent qu’on lit) ou encore les téléphones mobiles similaires. Dans le romantisme urbain de la rencontre, on projette l’imaginaire amoureux d’une époque comme l’internet le photographie.

Pourquoi y’a-t-il des coups de foudre dans le métro ? Par la coprésence, la diversité (qui démultiplie les possibles), la force de la communication non-verbale (c’est non internet), et une zone autonome temporaire (qui favorise l’intensité, qui focalise toute action ou regard en acte pour les autres). D’où des émotions particulières nées dans ce théâtre éphémère.

Le métro n’est finalement pas si terrible puisque s’y exprime sa libido. Internet est un outil de représentation des choses : c’est une caméra du réel. Quelles réponses vont apporté les technologies à cela ? Le mobile va permettre de resynchroniser les rencontres comme LoveGety via Blutooth ou Blue via le GPS… Les tchats rooms mobiles existent depuis longtemps, mais se développent également des rencontres temps réel. Ne sommes-nous pas en train d’inventer des techno-phéromones ? En augmentant le territoire (comme le papillon qui ressent ses partenaires jusqu’à 10 kilomètres), les profiles (les signaux de nos phéromones) et la négociation des rencontres. Mais quels sont les codes sociaux du contact, de la négociation dans la relation amoureuse ? Est-ce que la technologie peut les augmenter, les faire évoluer ?

Et Frank de nous amuser en imaginant un scénario délirant sur l’amour au 21e siècle :
2010 : développement du mobile dating,
2014 : frictions entre les biolovers et les technologers. Technopheromonisation des espaces publics urbains
2016 : Lovelift : les metromantics, les metropherons et les lovesourcers (ceux qui se situent entre les deux et considèrent que l’énergie amoureuse peut servir à quelque chose dans le monde).
2016-2020 : love creative commons, organisation d’hapening dans l’espace public autour des rencontres amoureuses. Jusqu’à la 1ère love-war. Les trains arrivent en retard. Tout s’arrête.
En 2030 : découverte du Libidon, un code rendant interopérables les différentes formes de désirs, mais il émerge principalement dans le métro.
2056 : création du loveTube à Paris, avec 20 % de productivité en plus via l’extraction du Libidon.
2050 : HyperTube initiative : l’énergie extraite du Libidon permet de réduire la consommation de carbone.
2099 : les papillons et les rats sont devenus les amis des hommes et sont autorisés à prendre le métro à paris en payant en phéromonnaie.