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25/09/2009

L'architecture organique

La notion d’architecture organique est complexe et ancienne. Elle est une philosophie qui promeut l’harmonie entre l’habitat humain et le monde naturel, pas seulement par l’intégration des immeubles dans la nature, comme le proposait Frank Lloyd Wright, mais en intégrant des processus biologiques dans la construction même. Elle s’est longtemps inspiré de la nature en essayant de la mimer. Mais aujourd’hui, le mouvement regarde plutôt comment l’architecture peut s’insérer dans le processus de croissance naturel, explique l’architecte Usman Haque. La conception organique est plus un verbe qu’un substantif. Elle est passé d’une architecture tentant de ressembler à la nature, à une architecture imitant la nature et est en passe de devenir une architecture naturelle, inspirée par les processus naturels, c’est-à-dire une nature qui doit vivre, pousser, grandir évoluer en même temps que nos vies. L’architecture est organique.

Pour l’architecte Matthias Hollwitch du studio HWKN, il est difficile d’être un expert dans un domaine qui évolue entre les formes, la matière et le comportement. Quels types d’architecture les formes de vie qui nous entourent génèrent-elles ? S’inspirer de la nature ne rend pas les choses réellement organiques, explique-t-il en critiquant certaines réalisation de son studio. Le vrai rôle de l’architecture organique est de réintroduire les gens dans le monde naturel… Et pour cela il faut vraiment que la nature rencontre l’architecture.

Construire des immeubles peut être une opportunité pour lancer des messages écologiques et faire que les gens y soient attentifs. D’où l’idée d’immeubles qui ressemblent et produisent des nuages pour penser la construction d’une manière plus organique ou encore l’idée de MeTreePolis (vidéo), une ville transformée par la manipulation génétique, où le béton est croisé avec des arbres. L’idée est bien de transformer les immeubles en signifiants naturels (Hollwitch parle d’Econic Design pour évoquer une conception qui fait de l’écologie une icône). MeTreePolis vise à insérer des innovations biologiques dans la ville, à croiser l’architecture et la nature, à faire fusionner le paysage naturel et l’espace urbain et libérer l’architecture de ses formes anciennes.

Rachel Armstrong est à la fois écrivain, producteur multimédia, médecin et professeur à Bartlett, l’école d’architecture de Londres. L’architecture vivante est un nouveau modèle d’architecture durable qui connecte l’environnement construit à la nature. Elle change en profondeur la façon dont on construit des bâtiments. Pour elle, il faut concevoir l’architecture comme une biosphère, c’est-à-dire faire que l’architecture soit une part de la biosphère, une part du métabolisme qui connecte les systèmes vivants à leur environnement.

Pour cela, il faut concevoir des matériaux capables de métabolisme, vivants, pensés comme des technologies vivantes. C’est-à-dire des matériaux qui possèdent quelques - pas toutes - propriétés des systèmes vivants, capables de grandir, de se réparer, de bouger, voire de se reproduire. Tout en étant robustes, sans danger, doués d’ubiquité et pas trop chers. Et pourquoi pas, capable de comprendre et de relever les défis du développement durable auquel nous sommes confrontés. Il nous faut inventer des matériaux capables de nous faire atteindre les résultats que l’on souhaite.

Pour cela, il faut s’engager dans un jardinage cellulaire, il faut cultiver l’os de silicium… Des technologies simples, utilisant des ordinateurs chimiques, des technologies de création cellulaire, basés sur la chimie des huiles par exemple, programmables par le biais de la chimie non organique peuvent permettre d’imaginer produire des résultats pour l’architecture.

Rachel Armstrong travaille ainsi à mettre au point des matériaux vivants capables de réfléchir la lumière ou d’absorber le gaz carbonique. Pour elle, il semble possible de résoudre le défi du changement climatique par la chimie. Et les architectures vivantes sont peut-être une solution pour y arriver…

La mesure environnementale citoyenne existe, on l'a rencontrée

La Montre Verte était en expérimentation à Amsterdam pendant PICNIC, et faisait partie des projets autour desquels l’Ecomap Lab a travaillé toute la journée du 25 septembre. D’autres projets européens exploraient à leur manière le potentiel et les enjeux de la mesure environnementale décentralisée.

Les enjeux des projets participatifs de mesure environnementale

Drew Hemment dirige Imagination Lancaster, un groupe interdisciplinaire de l’université du même nom qui travaille sur “les gens, les produits, les lieux et les systèmes du futur”. Il dirige également le festival FutureEverything (qui s’appelait auparavant FutureSonic), au croisement de la musique, des arts numériques et de l’innovation urbaine.

Le projet Environment 2.0 est né en 2006 pour “explorer comment l’observation participante et la cartographie que les technologies géolocalisées rendent possible, associées avec la possibilité de partager de l’information en réseau, développe les possibilités d’observation de masse de l’environnement.” Que serait un observatoire global composé d’un milliard d’yeux humains ?

Le projet a conduit les chercheurs et artistes d’Imagination Lancaster à travailler avec des gens très différents : des électroniciens spécialisés dans la mesure, des sociologues qui travaillaient avec le Natural History Museum sur la “citizen science”, la production de connaissances scientifiques par le biais de l’intervention de non-spécialistes.

Parmi les questions que se pose le projet : Comment impliquer un très grand nombre de personnes ? Que peut-on produire de cette manière qui ne eut pas être produit différemment ? Comment intégrer et exploiter des données non-standardisées ?…

Au sein d’Environment 2.0, le projet BioTagging se proposait de créer une folksonomie des espèces animales et végétales urbaines. Climate Bubbles explorait les motivations des gens à participer à la production de connaissance environnementale, et la manière dont cette production produit des données impossibles à rassembler par des méthodes traditionnelles : par exemple, faire souffler des bulles de savon à des milliers de personnes pour mesurer le vent…

Quelles leçons pour des projets de participation de masse ? Il faut d’abord chercher la simplicité, la transparence des objectifs. Il faut une réciprocité : que ceux qui participent en retirent quelque chose, pour eux personnellement ou pour ce dans quoi ils sont engagés. Il faut en même temps laisser de la place à l’imprévu, à de nouveaux participants, à l’échec aussi, ainsi qu’à la diversité : il y aura plusieurs manières d’analyser l’environnement, pour des personnes différentes. Enfin, il faut passer d’expériences saisissantes à des expériences utiles - mais qui définit l’utilité d’un projet ? Evidemment, ceci fera l’objet de débats, notamment avec les acteurs installés, mais aussi avec les militants et les artistes engagés dans ces premiers projets.

La mesure alternative, chemin vers un dialogue plus rationnel et plus égal

René Post a ensuite présenté le projet Geluidsnet, de mesure du bruit dans la ville. Ce projet dérive d’une initiative citoyenne, qui visait à mesurer le niveau de bruit à proximité de l’aéroport international de Schiphol - à une époque où le gouvernement néerlandais refusait de le faire. Il y avait des capteurs officiels, mais ils se trouvaient opportunément en maintenance aux périodes de plus intense activité de l’aéroport. Le projet a pris quelques mois, demandé très peu d’argent, au départ les mesures étaient assez peu précises - et pourtant le projet a changé la dynamique de dialogue entre les citoyens, les régulateurs et l’exploitant de l’aéroport. Aujourd’hui l’association du départ est devenue une entreprise, qui vend des systèmes plus fiables de mesure du bruit à des municipalités ou des communautés qui le désirent.

Quels changements un tel projet a-t-il apporté concrètement ? D’abord, un échange plus rationnel. Mais il y a des cas plus concrets. Par exemple, Geluidsnet a mesuré les niveaux de bruit autour d’un aéroport militaire de l’Otan, installé en Allemagne, mais tout au bord de la frontière avec les Pays-Bas. Or si les avions commerciaux ont réduit leur niveau sonore, il n’en va pas de même des avions militaires. Geluidsnet a alors installé 13 unités de mesure et a envoyé les données au gouvernement néerlandais et à l’Otan, et l’Otan a fini par réorganiser certains itinéraires d’approche. Geluidsnet mesure également le bruit que produisent des concerts ou des dance parties, pour faciliter le dialogue avec les riverains, les pouvoirs publics ainsi qu’avec les techniciens du son. L’entreprise propose également d’évaluer les effets  des nouveaux revêtements de routes, censés réduire le niveau sonore, jusqu’à l’idée de contractualiser dans la durée cette réduction : on mesure en permanence, et si l’usure de la chaussée réduit trop vite l’effet sur le bruit, l’entreprise est tenue de réparer…

Les “ecomaps”, vers des standards de visualisation de données environnementales ?

Shane Mitchell, responsable du programme Connected Urban Development de Cisco, présentait ensuite le projet Urban Ecomap, expérimenté à San Francisco puis à Amsterdam. Pour l’instant le projet produit des cartes des émissions de CO2 de différents quartiers, à partir d’analyses de certains paramètres fournis par des sources officielles : modes de transports utilisés par les habitants, habitat… Les cartes sont très peu dynamiques, ces données se renouvellent peu - l’enjeu est plutôt de travailler sur les facteurs structurels que sur les évolutions de court terme.

Un utilisateur individuel peut ensuite aller plus loin dans le système : effectuer des simulations ou recevoir des conseils sur ce qu’il pourrait faire, partager ses progrès via un réseau social, repérer sur une carte ce que d’autres utilisateurs font et ont décidé d’annoncer publiquement…

Le projet cherche aujourd’hui à s’étendre à d’autres villes, puis à évoluer vers des données temps réel et de la production décentralisée d’informations.

La visualisation de données pour faciliter l’appropriation de l’information environnementale

L’architecte espagnole Nerea Calvillo terminait la série en présentant le projet In The AIr, issu des ateliers “Visualizar” du Medialab Prado de Madrid. In the Air vise à “rendre visibles les agents invisibles qui déterminent la qualité de l’air de Madrid (gaz, particules, pollen, pathogènes, etc), pour comprendre comment ils interagissent avec la ville. Aujourd’hui des données moyennes existent, mais en fait, la situation varie considérablement d’un lieu à l’autre, d’un moment à l’autre. Et différentes personnes sont sensibles à différents facteurs. Il s’agit alors de rendre compte de cette diversité, et de faciliter l’appréhension de l’information disponible par les habitants.

Le projet a produit un dispositif de visualisation en 3 dimensions, qui facilite la lecture des données et la compréhension de leur évolution dans le temps et l’espace. La carte existe pour Madrid et Santiago du Chili, qui est une ville extrêmement polluée.

In The AIr réfléchit aussi à des dispositifs publics de restitution de l’information. Le support est un système qui diffuse des goutelettes d’eau - ce qui réduit la température et la présence de nombreux polluants - et qui prend des couleurs différentes selon le niveau de pollution.

Enfin, le projet cherche à favoriser la production décentralisée de capteurs, construits à partir de cartes d’entrée-sortie Arduino. L’un des capteurs “collectifs” issus de ce travail est emporté par un ballon, pour prendre des mesures à plusieurs niveaux d’altitude.

23/09/2009

Augmented City Lab : augmenter la ville, pour quoi faire ?

Dans le cadre de l’atelier Augmented City Lab (voir également le blog dédié), à PicNic09, qui se déroule actuellement à Amsterdam, Frank Kresin de la Waag Society a présenté les nombreuses applications mobiles de réalité augmenté que développe la Waag à Amsterdam, comme un parcours autour de l’oeuvre de Christian Andersen dans Amsterdam ou du Musée Anne Frank, des jeux géolocalisés comme celui de FortAmsterdam, ou Frequency 1550 et bien d’autres ateliers de jeux permettant aux plus jeunes d’apprendre la citoyenneté ou encore Rituals un jeu où les gens sont invités à raconter des histoires sur leurs rituels religieux à l’occasion de l’année de l’héritage religieux qui a eu lieu en 2008…

La réalité augmentée : une plateforme pour la ville ?

Pour développer toutes ces applications, la Waag a créé une start-up baptisée 7scenes qui a développé une plateforme pour créer et partager des jeux et des parcours d’excursion par GPS pour mobile. 7scenes est un éditeur de contenus géolocalisés a destination d’organisations qui souhaitent fournir de nouvelles expériences mobiles à leurs audiences. Ils ont développé une solution logicielle simple, accessible sur de nombreux mobiles, permettant de mutualiser l’équipement (un seul logiciel permet l’accès à une large gamme de jeux et de modules interactifs).

Les défis sont encore nombreux, rappelle Frank Kresin : Développer des collections et des expériences thématisées ; observer qui et quand se connecte ; recevoir les retours des utlisateurs et savoir mieux accueillir les contenus proposés par les gens ; Faciliter le passage sans couture d’une expérience culturelle, dans et hors des musées ; Accompagner l’expérience encore très balbutiante des institutions dans ces domaines ; Développer des modèles économiques payants… Et surtout toujours développer de nouvelles collaborations.

La réalité augmentée : un moteur de business ?


Pour Raimo van der Klein (blog) de Layar, la firme qui propose le navigateur de réalité augmentée, la réalité augmentée est un nouveau média au même titre que la télé ou la radio. La qualité de l’AR est d’ajouter une 3e dimension à la réalité… Comme si nous n’étions plus uniquement derrière des écrans explique-t-il en nous montrant le sien. En ajoutant une couche d’information sur la réalité, la réalité augmentée exige une autre expérience que le simple copié-collé de contenu d’un médium à l’autre. Pour lui, la réalité augmentée est un médium d’expérience, pas seulement un jeu fonctionnel. La force de l’expérience immersive est simple, explique-t-il avec un mantra : “Dites moi et j’oublierai. Montrez-moi et je me souviendrais peut-être. Impliquez-moi et je comprendrais.”

Pour lui, c’est à travers les objets en 3D qu’on a une expérience, explique-t-il alors que Layar vient justement d’intégrer des objets 3D à sa plateforme (voir les exemples en image et vidéo dans ce communiqué). Si la réalité augmentée fonctionne, cela est due au fait que les objets se mettent à parler, que c’est une expérience fixée dans le temps et l’espace et enfin, que c’est une expérience en 3D (et pas en 2D), multisensorielle (images, vidéos et sons). Affutant alors son argumentaire commercial, Raimo van der Klein a alors essayé de nous montrer, par des exemples encore rares, que la réalité augmentée pouvait aussi être un nouveau vecteur d’expériences publicitaires, à l’image de ces voitures publicitaire pour une marque de bière, cachée dans une ville, qui quand elles étaient découvertes par les citadins permettaient de gagner quelque chose… Il reconnaissait lui-même que ce marché était balbutiant, mais il avait l’air de croire en son potentiel… Pas sûr que ce soit aussi simple.

La réalité augmentée n’est qu’une expérience de jeu

Pour Kevin Slavin d’areacodeinco - qui illustre sa présentation d’extraits de Denno Coil, un dessin animé japonais qui se passe dans un futur proche et qui use et abuse de la réalité augmenté -, à quoi la ville augmentée s’oppose-t-elle ? La réalité augmentée évoque les sens mis en action par la ville : c’est-à-dire comment on ressent par le regard, par les sons, ce qu’il se passe autour de nous.

Mais pour lui, la réalitée augmentée n’est pas qu’une expérience sensorielle. Dans l’expérience de réalité augmentée, le plus important, c’est plus comment le système interactif se comporte que comment il apparaît. L’expérience qu’il faut recréer est plus celle du Tamagotchi que celle de Doom, explique-t-il en prenant pour exemple deux jeux, nés au même moment, et dont l’un est le prototype de la réalité augmentée puisqu’il place le jeu face à nous. Pour lui, l’avenir des jeux en réalité augmentée repose plus sur de la basse définition que sur des représentations ultra réalistes ou démesurées qui planeraient sur les villes… L’important n’est pas ce qu’on voit, mais ce qu’on joue. Et quand on joue dans la ville, même avec des systèmes de réalité augmenté, c’est visible : les gens courent !

Les jeux sont une interaction entre des systèmes, un territoire et des gens rappelle-t-il. Le but n’est pas de faire apparaître des choses magnifiques sur la ville, mais de créer une expérience de jeu riche. Les polygones de réalités augmentés ne l’emporteront jamais sur l’expérience réelle, explique-t-il en citant l’Illusion de l’immersion de Katie Salen et Eric Zimmerman. Les gens derrière un écran d’ordinateur ne peuvent pas créer des jeux en réalité augmenté. Les jeux en réalité augmenté ne sont pas sur les données, mais sur la manière de naviguer dans les villes à travers des histoires.

La réalité augmentée c’est une plateforme fonctionnelle

Pour Rick Batelaan, du service des transports et du trafic de la ville d’Amsterdam, la réalité augmentée permet d’être en prise directe avec le quotidien des gens, explique-t-il en nous montrant le projet d’Assistant personnel de déplacement (Personal Travel Assistant, PTA) que développe la ville. Le but de cet assistant est de permettre aux gens de prendre le contrôle de leurs déplacements face à une trop grande multitude de modalités, de services et de sociétés de services…

Pour la ville d’Amsterdam, il y avait un besoin de créer une plateforme d’information commune. Celle-ci, encore en développement, devrait aboutir sur une première version d’ici la fin 2009 avant d’être exploitable d’ici la fin 2010. Le PTA se connecte à l’agenda des gens et leur propose des modalités de transport selon le lieu où ils sont et celui où ils se rendent, s’adaptant à leur modalités et leurs choix de déplacements. Les gens pourront choisir selon le prix, le temps de transport ou selon le bilan carbone des solutions qu’ils envisagent. Le système intègre une multitude de données en temps réel provenant de multiples sociétés.

Le projet en tout cas, pour l’instant, tente d’apporter une vraie réponse, complète et simple à la problématique de l’information de transport publique, comme le montre l’excellente vidéo qui détaille le projet.

La réalité augmentée révélera-t-elle la vie sociale de nos villes ?

Ben Cerveny, depuis peu à la tête du projet Vurb, un projet de cadre pour la politique et la conception de systèmes informatiques urbain, prend un peu de hauteur.

Les villes sont déjà un réseau sur lequel nous avons des expériences, rappelle-t-il. La ville est née comme une cellule, comme la cristallisation de la civilisation. Elle est un moyen d’organiser les flux de transactions, de ressources, d’échanges. Ces ensembles de cellules forment des réseaux et leur mise en relation sert à optimiser les trafics, les relations, les commerces… Aujourd’hui, la Metropolis (c’est-à-dire la métropole que sont devenus chacune de nos villes) devient le médium, le réseau : “la ville est devenue un métabolisme multicellulaire”.

L’identité des villes résulte d’une aggrégation d’identité, de ce qu’il se passe sur le réseau. La ville est composée de l’agrégation des expériences de chacun, de l’agrégation des relations sociales de chacun. Les villes augmentées sont devenues conscientes d’elles-mêmes, c’est-à-dire qu’elles regardent et sont capables d’utiliser toutes les données qu’elles produisent. Nos villes sensibles perçoivent leurs environnements : elles sont capables de comprendre les processus en cours et d’échanger avec d’autres environnements. Les flux de ressources sont devenus la nourriture des villes. On passe de la ville matériel à la ville logicielle. Auxquels il faut ajouter les flux de produits et de citoyens.

Mais les lieux ont leur personnalités. Les applications de réalité augmenté ont tendances à être agnostiques aux lieux en n’en regardant que les données qui les traversent, sans rendre compte de la singularité des villes. Cela signifie qu’on ne peut pas traduire numériquement toutes les villes de la même manière… Il faut sentir l’humeur d’une métropole à travers les interfaces de nos outils sociotechniques. Comment la réalité augmentée nous aidera à révéler la personnalité d’une ville plutôt que de détruire toute illusion d’expérience partagée ?

La question est ouverte.

08/09/2009

Chalkbot : le robot graffeur

Peut-être l’aviez-vous dans la caravane du Tour de France ? Le Chalkbot (robot craie, ou craie mobile) est une machine tractée par une voiture qui écrit sur le sol les messages qu’on lui envoie. Il était possible ainsi, durant le tour, d’envoyer des messages à la machine pour qu’elle les écrive sur la route et encourage les joueurs.

Cette machine, subventionnée par Nike pour soutenir le retour de Lance Amstrong sur le Tour de France, a été réalisée par Standard Robot, une société de conception de robots, et Deep Local, une société de conception de projets logiciels locaux, notamment sur mobiles .

Via Adage.

09/05/2009

Expériences démocratiques en France

En direct du Forum Réinventer la Démocratie organisé par la République des Idées qui se déroule à la MC2 de Grenoble, où se déroulait ce matin une table ronde animée par le politologue Loïc Blondiaux, auteur du Nouvel esprit de la Démocratie, il était question des expériences menées en France pour tenter de redonner vie à la démocratie : jury citoyen, budgets participatifs, conseils de quartier, débats publics… Peut-on réinventer le politique et la vie démocratique locale par l’expression populaire ?
Avec Daniel Breuiller, maire d’Arcueil qui a initié la Fabrique citoyenne, un mode de gestion participatif pour revitaliser le débat démocratique dans sa ville. Laurence Monnoyer Smith, professeure en sciences de l’information de l’université de Compiègne et spécialiste de l’étude de la démocratie électronique. Pierre Mahey, architecte urbaniste et coordinateur de l’association Arpenteurs, qui anime des dispositifs de participation liés aux projets urbains et auteur de Pour une culture de la participation.


Chaque intervenant à un regard spécifique sur la participation locale, rappelle Loïc Blondiaux. Comment impliquer les publics les plus éloignés de la sphère publique ? Pierre Mahey a développé des outils qu’il est intéressant d’observer pour développer la capacité citoyenne de la population : comment donner du pouvoir, de la considération chez un certain nombre d’acteurs pour qu’ils prennent conscience de leur citoyenneté. Il était important qu’un élu comme Daniel Breuiler vienne parler de la participation et de la manière dont il la fait vivre dans sa ville, à Arcueil, afin de nous aider à trouver les clés pour résoudre la seconde question : celle de la prise de conscience par les élus et experts de l’importance de la participation. Les techniciens, les élus, ceux qui sont sensés détenir le savoir doivent aussi prendre conscience que la participation peut améliorer la décision. Le dernier regard sera celui d’une chercheuse qui travaille depuis longtemps de la question de l’utilisation des technologies électronique en matière de participation, Laurence Monnoyer Smith : des discours ambitieux nous disent que l’on pourra changer les choses avec les TIC. Qu’en est-il vraiment ?

Ce sont trois expériences parmi de nombreuses autres, prévient l’animateur. Ce choix n’est pas significatif, mais donne des éclairages. L’enjeu n’est pas enfin de revenir sur les principes, sur la querelle dogmatique autour de la participation : nous adhérons tous au programme de l’accroissement de la capacité des citoyens à discuter des affaires publiques et d’y participer, mais nous sommes tous déçus par les réalisations, qui ne sont que de pâles caricatures de ce qu’on en attend. Alors comment on fait concrètement ?

Comment construire des espaces d’altérité ?

Pour Pierre Mahey du réseau Arpenteur : “Comment faire venir les gens les plus éloignés, les plus fragiles, les jeunes, les étrangers… ? Toute catégorie de public qu’on n’arrive pas toujours à rejoindre.” Mahey réfléchit depuis longtemps sur la banlieue, comme l’expliquait Claude Lefort en faisant un parrallèle entre la ville et la démocratie hier à ces mêmes Rencontres. La ville que l’on voit se produire actuellement a deux grandes figures, rappelle-t-il : celle de la mobilité, du déplacement, qui produit de grands espaces vides, qui font croire que l’on construit des espaces publics, mais qui sont plutôt des espaces pour se déplacer ou consommer. L’autre grande figure, c’est la réurbanisation : on fait des quartiers avec de la fermeture, de la clôture entre eux.

Ces deux figures renient l’essentiel de la raison d’être des villes : construire un endroit d’altérité, où l’on peut retrouver l’autre. Claude Lefort parlait de liberté. Moi, j’insiste sur le fait de supporter l’étrange, l’étranger, sans s’affronter. La démocratie fait le même chemin. Elle a arrêté l’ascenseur politique. Les plus petits ont du mal à arriver au pouvoir. On est élu de plus en plus de père en fils plutôt que de suivre le long chemin de l’engagement politique et de la promotion sociale. Il se produit des fractures profondes dans la démocratie comme dans la ville. Comment fait-on pour retrouver des espaces d’altérité, des espaces publics où l’on n’est pas entre-soit ?

Ces espaces de démocratie participative sont souvent des espaces de l’entre-soit hélas. Pas sûr qu’ils permettent de renouveler la démocratie modère Pierre Mahey. Les dispositifs de participation portés par les collectivités locales se heurtent toujours à cette difficulté de toucher les publics les plus éloignés. Les seuls qui résistent sont ceux qui durent, qui s’autocritiquent et évoluent. A Echirolles, le travail dure depuis plus de 15 ans après avoir longtemps balbutié, mais il s’est structuré en travaillant désormais sur des échelles de territoires très différentes : ateliers publics d’urbanismes, grands-messes de la ville, conseils de quartier, centres sociaux… Et de constater que le public a évolué, jusqu’à ce que le public porte la ville pour en faire “sa ville. La participation n’est pas que mettre sa part, sa contribution, mais c’est aussi gagner le fait de pouvoir s’approprier sa ville. A Fontaine, en Isère toujours, on travaille avec les comités d’habitants… permettant de continuer à s’intéresser à la bouche d’égout, à la crotte de chien et aux trottoirs cassés, tout en parlant aussi de la vie de société comme la vie carcérale ou le port du voile. Bien sûr, il y a des ruptures électorales qui font s’effondrer parfois les processus mis en place : les déceptions cassent la confiance et nous ramènent à la suspicion envers le politique. Le travail des espaces verts en Seine-Saint-Denis a cherché à impliquer les usagers à la fois dans l’accompagnement de projets (réflexion autour des aires de jeux dans les parcs) et à la fois sur le schéma directeur des espaces verts à l’échelle du département. Les expériences ne sont plus seulement de la proximité avec certaines catégories de personnes… On diversifie les publics, on élargit et améliore les dispositifs.

Mais on est souvent face à des propositions institutionnelles qui restent douteuses en permanence. Le plus dur est de se battre pour faire adhérer les élus à ces dispositifs. On soupçonne les élus d’électoralisme. On pense souvent que les habitants sont concernés par leurs lieux d’habitation. Mais sur les quartiers, beaucoup de gens font la ville, la “finissent” comme ils disent quand les services ne vont plus jusque là. Là où les collectivités ont abandonné, les associations souvent viennent en complément, se structurent, souvent dans l’invisibilité. Comment mettre en lien ces gens sur ces territoires ? On a travaillé sur la construction du Réseau de capacitation citoyenne qui permet à des réseaux collectifs (Wallonie, Nord-Pas-de-Calais, Grenoble…) de se rendre visibles et de se rencontrer. Les gens du comité d’habitant de Fontaine discutent avec les associations de solidarités nouvelles à Charleroi qui aident les SDF à trouver des solutions à leur précarité. Quand on fait se rencontrer tous ceux qui composent ces réseaux, il se passe une “intelligence collective”.

Il y a un risque que la République des idées ne se connecte pas avec ces “autres” lieux de conceptualisation, ces lieux “où l’on fait, concrètement”. Ces lieux où l’on décide par exemple de brancher un robinet sur une pompe à eau pour que les SDF puissent aussi y boire.

Loïc Blondiaux : Comment lever le soupçon sur les élus et les services ? Comment faire en sorte que ça vaille la peine pour ces publics de se déplacer et participer ? Comment gérer la diversité ? Comment inscrire les conflits ? Comment articuler ces groupes après les avoir rendus visibles, montrer leur action, les donner à voir aux institutions et comment aller au-delà ? Comment articuler les mini-publics éclairés, ceux qui participent à ces nouvelles formes démocratiques, et les publics plus généraux, qui ne participent pas ?

La fabrique des poltiques publiques

Daniel Breuiller, maire d’Arcueil, une ville de banlieue parisienne, rappelle : “A qui appartient la politique ?” De nombreux politiques pensent qu’elle leur appartient, qu’elle appartient à ceux qui la mettent en oeuvre, qui doivent convaincre et porter les décisions. Mais de nombreux élus affirment aussi qu’elle appartient à tout le monde. Comment les mettre en débat ? Comment les mettre en oeuvre dans ce rapport entre institutions et intelligences citoyennes qui ne se confrontent réellement que lors des échéances électorales.

A Arcueil, Daniel Breuiller a inscrit le droit de mettre à l’ordre du jour du conseil municipal toute pétition portée par au moins 200 citoyens. A Arceuil, les rénovations urbaines se font avec le choix affirmé que la décision appartient aux locataires de ces espaces. L’essentiel n’est pas dans les dispositifs, mais dans la volonté que l’on met à leur mise en place, lance Daniel Breuiller. A Arcueil, 25 % de la population n’a pas le droit de vote (étrangers et électeurs non inscrits), cela n’a pas empêché la ville de lancer un référendum d’initiative locale en 1999 s’est ouvert à tous les habitants de la commune… Et a permis de rendre de la dignité à des gens qui contribuent à la vie de la cité sans avoir jamais le droit de s’exprimer. “Le niveau local permet l’invention et l’expérimentation comme nulle autre”, clame le maire d’Arcueil, fort de son expérience.

“Je suis préoccupé de la façon dont on vie : comment faisons-nous société ? Les gens vivent plus côte à côte qu’ensemble.” Nous devons mettre en débat, participer à la controverse. Les élus sont en général attentifs, honnêtes, intelligents… “Mais la même décision confrontée à l’avis des citoyens à une valeur beaucoup plus grande. Faire ce choix n’est pas un abandon de la responsabilité des élus, comme on l’entend souvent, mais au contraire, c’est faire preuve de plus de responsabilités.” D’autant que cela rétablit la confiance. Certes, on peut imposer un projet de démolition… “Mais lorsqu’elle est issue d’un référendum des concernés, le vote a une forme plus grande que la légitimité de l’élection.” Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, prévient le maire : le référendum n’est pas l’alpha et l’oméga de la démocratie, mais il rappelle qu’il faut se poser la question de savoir qui a voix au chapitre ?

Le Conseil général du Val de Marne a élaboré une charte de la concertation, rappelle l’élu, également conseiller général en charge de la démocratie participative. Un projet de charte face auquel il était réticent et sceptique dans un premier temps, par car crainte de la sclérose de la capacité d’innovation que suppose ce type de projet. Bien sûr, la charte a été élaborée de manière collaborative. Il faut comprendre que la Democratie participative transforme la façon dont travaillent les fonctionnaires, et c’est donc eux qu’on a mis au travail avec des habitants pour la construire. La charte affirme une posture et reconnait un droit des citoyens d’être à minimum informés et plus souvent consultés. Reste que pour arriver à cet objectif, il faut des outils et des moyens. “On dépense des millions pour faire une route, et on résiste à mettre quelques dizaines de milliers d’euros pour faciliter la participation des usagers à ces travaux.” Il faut débattre des choix pour qu’ils soient moins contestés, sinon on réaménage sans cesse pour prendre en compte les récriminations, les plaintes et tout ce qu’on a mal analysé. Reste que les techniciens des collectivités locales ne savent pas faire de la participation. Comment ont-ils le droit de travailler avec les citoyens ? Qu’ont-ils le droit de montrer, de dévoiler ? Les élus eux-mêmes se sentent démunis. Faire de la participation, souvent, c’est faire une réunion le soir, où ne participent que les gens bien insérés et les habitués, mais pas les mères de famille, les jeunes ni les pauvres. Or, la politique ce n’est pas seulement se réunir, explique Daniel Breuiller. A Arcueil, nous avons mis en place une mission de 5 personnes, qui travaillent au côté de toutes les directions qui veulent créer de la coopération, en mettant de l’intelligence aux services des volontés participatives. La concertation n’est pas nécessaire si ni élus ni techniciens ne veulent négocier… La participation ne va pas de soi. Il faut aller chercher les publics qui ne sont pas volontaires pour participer, les “autres publics” ! Pour cela il faut mettre en place des dispositifs multiples afin de recueillir des paroles de personnes qu’on n’a pas : parler du décrochage scolaire avec des parents dont les enfants décrochent et non pas avec les parents qui viennent toujours aux réunions et dont les enfants ne décrochent pas justement… Il faut leur permettre des paroles collectives : c’est la garantie des démunis, contre la parole individuelle qui est celle du citoyen bien inséré.

Loïc Blondiaux : La politique doit-elle être une affaire de professionnels et d’experts ? La participation sert à aboutir à un véritable processus de représentation… mais il faut refonder en permanence la légitimité du représentant. Le prix de la démocratie n’est-il pas trop chère payé ? Les budgets de communication de projet sont 10 fois plus importants que les budgets de concertation, et ce alors que tout le monde cherche à produire des projets mieux acceptés… On le voit, l’essentiel est dans le détail, dans la méthodologie… Une simple réunion, n’est pas faire de la participation. La question de l’institutionnalisation de ces questions n’est pas non plus une petite question.

Internet n’est pas ou outil de démocratie directe
Laurence Monneyer Smith : Il y a 60 ans émerge la télévision, une nouvelle technologie qui permet de voir les élus, le président de la République et de se rassembler entre soi pour écouter et voir des discours d’élus. Une technologie qui a transformé la façon dont les relations sociales se sont ritualisées et notre rapport au politique. On peut faire un parallèle avec l’internet d’aujourd’hui, non pas qu’il y ait une équivalence dans la façon dont elles modifient notre rapport au politique, mais parce que la question n’est plus de savoir si l’internet va transformer notre rapport au politique, mais de savoir comment. Et ce comment dépend de nous et des choix de sociétés que nous aurons à faire.

Il y a deux écueils principaux aux outils de démocratie en ligne, rapporte la chercheuse. Le danger du réductionnisme comme on le voit souvent sur l’internet, faisant l’amalgame entre la production de services en ligne et la production de démocratie en ligne. Certes, on peut avec l’internet faire progresser les services publics en permettant de commander son passeport en ligne, mais ce n’est pas de la démocratie. Et il est fréquent que dans ces outils qui font les liens entre citoyens et collectivité, la tendance soit de confondre l’information, le service et la démocratie. Dans ces tendances, il est fréquent de voir deux modèles : le modèle participatif à la Parthenay et le modèle de communication d’Issy-les-Moulineaux, pour le dire un peu brutalement. Bien sûr, il est plus facile de mettre en place des outils de services que de mettre en place des infrastructures pour développer des outils participatifs. Comme le montre l’évolution du label Ville internet, très souvent, on part du service et on arrive peu à peu, et avec du temps, à la participation… Mais la participation est toujours plus difficile…

Le second danger, c’est celui de la captation par une série d’acteurs de ces systèmes. Les élus et administrations sont assez réfractaires à ces technologies, au moins par leur immobilisme. D’autant que certaines associations y sont réfractaires également, craignant que ces nouveaux dispositifs ne les perturbent aussi dans leurs relations avec les institutions. Force est de constater qu’on a du mal à voir apparaître des choses un peu innovantes dans le domaine sur l’internet depuis une dizaine d’années.

Pourtant, il existe une très forte créativité en ligne, qu’on a du mal à valoriser et à capter. On a tendance à faire du mimétisme : on fait un forum, comme on fait une réunion publique… Mais cela ne correspond pas à la façon dont les internautes, dont les citoyens potentiellement actifs s’inscrivent dans l’espace public sur l’internet… Où ils utilisent des outils moins cadrés, moins concentrés, plus disparates et moins structurés… Les jeunes se réapproprient les images, des mashups, des vidéos… Ils utilisent des dispositifs participatifs et créent une production foisonnante. Mais il demeure une fracture entre la conception de la démocratie par les élus et celle vécue sur l’internet par les citoyens. Ces deux-là ont du mal à s’articuler. Quand cela fonctionne, cela donne de bonnes expérimentations comme Tout Rennes Blogue, où les gens pouvaient prendre des photos et publier sur des blogs mis à leurs dispositions images et commentaires sur leur ville.

Quand on organise une consultation en ligne, il faut se demander ce qui est en jeu, souligne Laurence Monneyer Smith. Aujourd’hui, on est heureusement revenu de l’idée que la démocratie électronique résoudra tous les maux de la démocratie et on cherche plus à développer des articulations entre les outils pour articuler les modes de participation. Mais comment repenser la médiation ? Comment rénover la représentation ? En Nord-Pas-Calais, où il y a un fort développement de ces pratiques en ligne, on constate qu’il ne suffit pas de demander aux citoyens de participer à une discussion en ligne pour qu’elle se passe. Il nous faut des outils qui nous permettent dans la durée de mettre en place la discussion en amont et d’informer de tout ce qu’il se passe pendant le programme. On a besoin d’outils de médiation qui travaillent le collectif de manière permanente. L’intérêt des outils numériques en liens avec les outils hors ligne est d’organiser la permanence de la relation, sans qu’elle soit une relation d’instrumentalisation.

Il faut bien voir que la conception de la représentation qui se met en place en ligne est tout sauf de la démocratie directe et qu’il faut repenser la place de l’élu dans cette nouvelle médiation. Internet permet d’intensifier et de diversifier les rapports de médiation.

Certes, l’internet permet l’élargissement de la base des citoyens consultés… Les difficultés de mobilisation peuvent trouver une partie de leurs réponses via l’internet pour atteindre des populations difficiles à mobiliser par ailleurs : des cadres notamment, des jeunes aussi… Mais l’un des dangers qui pointent est qu’il n’y ait pas de suivi des outils entre le concepteur, les services techniques qui mettent en place des outils, et les instances décisionnaires, les élus ou les services techniques concernés. Le lien entre l’artefact technique et le processus décisionnel est pourtant primordial. Le second écueil qui persiste est celui de la méfiance très forte de la part des élus vis-à-vis des outils numériques. Et il est vrai que le mépris de la technologie ne facilite pas l’articulation entre les élus et les pratiques citoyennes qui elles s’ancrent de plus en plus dans l’internet.


Quel pouvoir pour les citoyens ?

Dans le débat qui a conclu la table ronde, une représentante de la Région Poitou-Charente rappelle combien il est important d’aller chercher les publics éloignés. En Poitou-Charentes, “on va les chercher par tirage au sort” ou par la mise en place de budgets participatifs dans les lycées qui permettent de toucher toutes les catégories socio-professionnelles. Reste la question du pouvoir dans ces instances de démocratie participative. On parle de consultation, de débat, mais rarement du pouvoir des citoyens à décider eux-mêmes.

Oui, rebondit le maire d’Arcueil : il est important de se demander quelles décisions on accepte de remettre aux citoyens. Le risque n’est-il pas de ne faire que de la démocratie de promiscuité dans les conseils de quartier et de ne parler que des trottoirs à refaire et des crottes de chien. Comment faire autrement pour vivre autrement que côte à côte ? Il faut confronter les jeunes des cités aux gens bien insérés et inversement. Tout ne doit pas nécessairement être remis en débat, mais on doit tout de même bâtir les politiques sur de la confrontation, de la discussion rappelle-t-il. Il faut construire de la réflexion pour arriver au vote. Regardez ce qu’il se passe pour les élections européennes ! Lors du référendum pour le vote du traité constitutionnel, il y a eu débat. Alors que pour les élections à venir, il n’y en a pas. Personne ne présente les enjeux…

La télé sait être un formidable outil de négation du débat public. Moins l’internet. Le numérique ne suffit pas bien sûr, mais il permet parfois, mieux que d’autres médias, de transférer la parole d’un lieu à un autre, de faire entendre des voix que les politiques et les médias ne peuvent nier.

Hubert Guillaud pour InternetActu.net
Après corrections, ce billet sera republié sur InternetActu.net

26/02/2009

Lift09 : Dan Hill, L'attaque de l'infrastructure molle

L’architecte et designer australien, Dan Hill du cabinet Arup, est venu parler des infrastructures “molles”, c’est-à-dire des infrastructures logicielles, servicielles, informationnelles et sociales, qui sont beaucoup plus fragiles que les infrastructures matérielles. Or, ce sont elles qui déterminent dans une large mesure l’expérience de l’utilisateur d’un lieu, d’un moyen de transport, d’un produit.

Qu’est-ce que l’infrastructure logicielle ? En premier lieu, cela désigne le design d’interaction, la conception logicielle, le design urbain, l’architecture d’information, le design de service… Mais il faut aussi prendre en compte : les modèles d’affaires, les systèmes de croyance, les systèmes politiques et juridiques, les modèles culturels, le corps…

Les futurs des infrastructures
Les utopies urbaines des années passées ont produit l’étalement urbain et ses problèmes sociaux, économiques et environnementaux. Ceux qui ont pensé les infrastructures de mobilité pensaient la ville comme une série de tubes destinés à accélérer les mouvements. Même quand on pense à lutter contre l’automobile, la réponse consiste à accélérer les autres mouvements, y compris, par exemple, à rendre les trottoirs roulants (comme, déjà, lors de l’exposition universelle de Paris au début du siècle passé).

Il est important de comprendre que ces mouvements ne proviennent pas à l’origine de la technologie, mais des structures humaines : par exemple le développement de la propriété des logements ; le déplacement des industries à l’extérieur des villes. Et l’utopie d’une “société de loisirs”, qui accompagnait ces mouvements, ne s’est pas réalisée.

Les futurs des infrastructures “molles”
On peut changer des choses aussi dures que les transports en en changeant les infrastructures informationnelles. C’est l’idée derrière le projet CityCar du Smart Cities Lab du MIT qui réfléchit à des voitures à la demande, plutôt que des voitures qu’on possède et utilise peu, et qui sont toujours les mêmes. Les vélos à la demande comme Velov’ et Velib relèvent aussi de la même idée ; ces réseaux changent la ville sans en transformer lourdement l’infrastructure matérielle ; ils produisent aussi de nouvelles représentations de la ville, qui deviennent à leur tour utilisables pour aider les gens à organiser leurs déplacements.

Dan Hill travaille ainsi à des signalétiques dynamiques dans la ville, affichées dans les lieux ou sur des appareils personnels, qui permettent de se sentir “en contrôle” des infrastructures de transport.

L’ennui est que pour l’essentiel, l’aspect numérique de ces pratiques et de ces échanges est invisible. L’activité des villes industrielles ou agricoles, ou commerçantes, donnait une identité aux lieux. L’activité invisible des “travailleurs du savoir” ne produit pas cette identité. Il faut tâcher de la rendre bvisible. Dan hill tente ainsi, par exemple, de rendre visible l’intensité des réseaux Wi-Fi dans l’espace sous la forme d’architectures spatiales ; de rendre visible les requêtes aux moteurs de recherche ou aux réseaux sociaux dans un lieu donné permettant de connaître les nationalités des gens qui le traversent, leurs noms… ; de rendre visible à l’extérieur d’un bâtiment l’activité qui l’habite comme le nuage vert rend visible notre consommation énergétique…

La capture de signaux d’activité par des capteurs rétroagit sur l’activité, via l’information. Ces boucles de rétroaction doivent être travaillées. Des “nuages de données” sont produits par la ville ; c’est un travail technique, mais la clé est d’apprendre à les interpréter et à les représenter. Nous avons aujourd’hui l’occasion de repenser nos villes à partir de notre capacité à les “connaître”, y compris en temps réel. C’est ce que Dan Hill appelle la ville adaptative : révéler l’infrastructure invisible de la ville.

Daniel Kaplan

08/01/2009

La ville 2.0, plate-forme d'innovation ouverte

Daniel Kaplan, délégué général de la Fing : Seoul et Amsterdam se proposent de créer une tarification urbaine idéale : on va obliger les automobilistes à avoir des GPS qui transmettent minutes par minutes la localisation des véhicules. Voila ce qu’on ne veut pas. On ne réglera pas par des solutions d’ingéniérie et de politique un problème en en créeant quinze autres vis à vis de la vie publique, de la vie privée…. L’innovation dont on parle dans la ville est faite d’une myriade d’intervention qui vont tenter de résoudre de multiples petites choses, parfois avec d’autres. L’innovation ouverte pour Chesbrough, c’est l’entonnoir classique de l’innovation qu’on rend poreux car on réalise qu’il y a plus de compétence et d’intelligence à l’extérieur de soi qu’à l’intérieur. Ce qui est à l’oeuvre dans ce 2.0 va encore plus loin. Dans les visions de l’innovation ouverte, l’entreprise reste encore en contrôle : elle sait ce qu’elle ouvre. Mais dans le 2.0, on ouvre encore plus ! On ouvre des interfaces de programmation, mais que vont en faire les gens ? On encourage des détournements… Dans le 2.0 tout le monde est invité à produire, à détourner, à recréer jusqu’à créer de nouvelles potentialités comme des problématiques nouvelles.

Toutes ces démarches d’innovation ouverte existent déjà dans la ville. Comme l’outil pour mobile pour consulter velib, construit à partir d’un piratage, certes amical, mais un piratage tout de même. Ce petit ajout numérique, changeait la nature du mode de transport : car il permettait d’être efficace même quand on a des horaires à respecter. Autre exemple, le nuage vert à Helsinski, d’un nuage qui s’élargit selon les efforts d’économie d’énergie des habitants : une démarche artistique coproduite par les comportements des citadins. Et ces démarches sont à l’oeuvre en ville. Cela produit des services complètement nouveaux. Cela change la nature de la proximité, au moins dans l’intention et parfois des gens s’en saisissent. Cela change l’orientation car on déploie la ville autour de soit. On a aussi des services coproduits par les utilisateurs qui changent la nature du guidage.

On constate que les villes ont besoin d’innover dans une période où c’est plus dur qu’avant et d’innover différemment. Tous les endroits ne nécessitent pas de grands équipements. Mais comment peut-on reconnaître une ville ouverte à ce type de développement là. L’une des clefs est le partage d’information, d’applications et d’infrastructures. Aujourd’hui, chacun met en place ses capteurs, ses puces pour ses besoins propres plutôt que de les fédérer. Les penser comme des infrastructures ouvertes sous conditions (des conditions difficile à mettre en place) on va certainement créer des conditions d’innovation nouvelles. L’espace peut prendre des fonctions différentes à des moments différents. Pour que ces énergies se déploient, on a besoin d’alliances. On a besoin de créer la ville 2 +1. La ville des grands acteurs ne va pas disparaître demain d’autant qu’ils créent des expériences communes essentielles. Comment cette ville permet aux petits acteurs de passer à l’échelle ? Comment les acteurs publics utilisent les citoyens pour mettre des informations publiques à disposition, comme Show us a better way ou Apps for Democracy ? Nous sommes face à un gisement de croissance, à un potentiel inexploité : soyons proactif dans le partage d’information ! On voit bien comment les territoires ont encore à apprendre, mais il y a un enjeu de concurrence qui sera certainement à terme décisif.

Jean-Yves Chapuis, élu de la communauté urbaine de Rennes : on voit venir cette nouvelle ville. Il faut faire un détour par l’évolution des modes de vie pour mieux agir sur la ville. Le temps à soi a augmenté depuis un siècle. On est de plus en plus dans l’individualisation de la demande comme de l’offre. On voit bien que de plus en plus de services se créent qui ne sont pas des équipements. On ne pourra pas, en tant qu’élus, rester sur la défensive. Mais le débat n’est pas demander aux gens ce qu’ils veulent. Les TIC doivent aider aux débats du citoyen, parler de mixité sociale et pas seulement de parc et d’espaces verts. Cela n’empêchera pas de poser la question sur quelle ville veut-on ? Il faut réfléchir à donner des services de proximités. On retrouvera certainement les équipements après les services. Aujourd’hui, on achète une voiture neuve à 55 ans en moyenne. Quels services veut-on ? Les imaginaires urbains changent. Il faut pouvoir travailler, co-produire. Mais c’est difficile. Si on veut que les citoyens coproduisent avec les professionnels, il faut avoir du temps. Peut-être demain ne travaillerons plus que 3 jours et nous donnerons un jour à la vie publique et un autre à la vie sociale. Les nouvelles technologies vont nous forcer à être plus exigeants avec ce que l’on exige des gens. La coproduction c’est accepter aussi de faire des compromis. Demain, il va nous falloir être citoyens et pas seulement habitants.

Henri Verdier, président du pole de compétitivité Cap Digital, a rassemblé une grande diversité d’acteurs et notamment de PME. Comment on construit des écosystèmes qui fonctionnent ? Je lisais le traité de l’efficacité. Chez nous on pense qu’être efficace c’est imposer sa marque au réel, alors qu’en Chine c’est repérer des succès très tôt pour leurs permettre de pousser plus vite. Dans le cas précis du numérique, on est contraint d’aller vers les apports participatifs, non pas par effet de mode, mais parce qu’il y a des transformations radicales et brutales. L’innovation en strates des structures numériques nécessitent des lieux de bouillonnement, de partage, d’échange pour être plus performant. Et d’évoquer Futur en Seine, un festival qui aura pour but de projeter les parisiens dans 5 ans avec l’aide des entreprises et des associations innovantes, avec par exemple, des jumelles pour regarder Paris depuis la Tour Eiffel, permettant de remonter dans le temps ou d’avoir des informations sur les monuments.

Catherine Fieschi, directrice du Counterpoint, think tank du British Council et ex-directrice du think tank britannique, Demos. La coproduction au quotidien des services publics. L’extrême individualisation dont nous sommes témoins suscite des craintes. A Demos, nous voulions comprendre, maitriser et tirer parti de cette individualisation pour développer le bien être collectif. A Demos, nous nous sommes penchés sur l’inefficacité des services publics en partie liée à la diversification de la demande et liée à l’incapacité de ces services à y répondre. Quand les citoyens entrent en contact avec un service public, c’est un moyen de participation à ce service dont nous voulions tirer parti pour créer de l’innovation sociale. Nous avons mené avec InControl par exemple une expérience de coproduction de budgets individuels pour l’aide sociale. Le plus important dans l’expérimentation ce n’est pas les économies que cela a généré (8%), mais surtout l’innovation que cela a généré : développement de covoiturage via le web, développement de cartographie Google, etc. La ville 2.0, c’est la ville 2 + 1 : des supports traditionnels donnent lieu à l’utilisation de supports moins traditionnels. Le partenariat entre pourvoyeurs d’infrastructures et usagers (donne l’exemple d’un réseau britannique de partage d’information sur l’expérience des réseaux de santé et notamment avec les services, car les hôpitaux sont venus se renseigner sur leurs performances et ont ensuite amendé leurs pratiques).

Nous allons avoir 160 villes de plus d’un million d’habitant dans les pays riches et nous allons passer à 540 dans les pays en voie de développement. Il faudra bien demain, en nous posant la question des villes, se poser la question du défi qu’il reste à relever…

Daniel Kaplan : on ne cesse de parler de médiation, de services qui produisent des médiations. C’est peut-être une des leçons du 2.0 : malgré la mise en réseau direct, les médiations sont encore là, toujours là, peut-être même plus vives qu’avant.

Aborder les questions urbaines par l'innovation

Bruno Marzloff, sociologue, animateur du groupe Chronos et associé du programme Villes 2.0 : on peut aborder l’innovation par l’ingéniérie technologique, mais on en connait les limites. Durant le programme on a identifié plusieurs moteurs d’innovation, qui reflètent l’évoution contemporaine :
- Le désengagement de l’Etat au niveau des réalisations urbaines génère une innovation économique : faire plus avec moins.
- Le découplage entre l’objet et le service notamment autour de la voiture : on distingue de plus ne plus l’objet voiture du service, notamment avec le covoiturage et la voiture partagée. On conserve l’objet, mais on en change les fonctions logicielles, ce qui ouvre des possibilités d’innovations.
- Les complexités qui déterminent le territoire sont nombreuses. Le territoire que l’on parcours est de plus en plus étendu, les temps de la ville sont de plus en plus désynchronisées avec des conduites plus autonomes.
- Une mobilité libre et durable : c’est l’affirmation d’un droit à la mobilité universelle : nos déplacements tendent à s’étendre, mais comment réduire les séquelles liées à ces déplacements et notamment environnementales.
- La transformation du jeu des acteurs et des gouvernances dans la ville. De nouveaux acteurs amènent à reconsidérer la place de chacun d’entre eux. Les autorités classiques du territoire sont toujours là, les opérateurs de communication, de transport, de distribution sont également là, mais le citadin est lui aussi de plus en plus présent, qu’il soit chaland, audience, voyageur… Dont il faut assumer les exigences et plus encore prendre en compte la capacité d’intervenir. Nouveaux comportements, nouveaux outils permettant aux internautes, aux citadins d’intervenir dans la ville.

Clever Commute est né il y a deux ans dans l’Est des Etats-Unis des carences des opérateurs de transports publics incapables d’informer les voyageurs de ce qu’il se passait dans les transports. Sur ce site, les gens s’entraident de manière spontanée et gratuite pour se déplacer. Autre élément, le fil Twitter de SFBART, qui permet de l’information des opérateurs vers les voyageurs, comme ici l’information de l’opérateur sur les incidents ou le fil Twitter du Pont de Londres comme évoqué par Adam Greenfield. Les bénéfices que l’on tire d’un service comme Dash, un système embarqué en voiture qui transmet en permanence des informations sur la position de votre voiture et en déduit la vitesse de celle-ci permettant d’apporter une information prédictive sur le trafic. D’un bénéfice individuel, on tire des avantages collectifs : ceux d’une régulation générale. Dernier exemple, évoqué par Bruno, OpenStreetMap où les usagers apportent des informations de géolocalisation pour créer des cartographies libres et gratuites.

On peut étudier les impacts du match de Foot avec l’utilisation des téléphones mobiles comme le propose UrbanMobs, explique Stéphane Distinguin, mais aussi par les données issues de la consommation d’eau. L’important ici est de mettre en avant un territoire par rapport à ses valeurs d’innovation. Aujourd’hui, il y a une Champion League de la ville 2.0, c’est un très gros intérêt de compétitivité des territoires. La revendication d’un territoire en terme de valeur d’innovation est important. Pourquoi a t-on l’impression que c’est Paris qui a inventé les vélos en libre service alors qu’ils ont été inventé avant à Munich ou Lyon ?

Catherine Barbet est chargée de créer un Institut de recherche sur la ville durable pour la ville de Paris. La révision générale du plan local d’urbanisme de Paris a généré un fort enjeu, notamment pour les habitants, qui sont les mieux à même à parler de leurs quartiers. Mais comment demander aux habitants de participer ? L’outil électronique a été un moyen pour faire plus de démocratie et plus de participation. On a suscité des milliers de propositions cartographiées, on les a traitées, on les a remonté aux personnes concernées car souvent cela parlait plus de la voierie que du PLU, on l’a intégré. On a mis le document d’urbanisme en cours d’évolution. Le document soumis à enquête public était disponible sur tous les ordinateurs des parisiens et bien avant que l’enquête public ne commence. On a pris une démarche de visualisation et d’interaction qui a porté ses fruits. Les professionnels se sont mis à s’envoyer des extraits du PLU : tout le monde s’est mis à utiliser la carte, elle est devenue le centre des interactions.

L’agence d’urbanisme du grand Lyon développe également un projet de mise en ligne du PLU pour faciliter les rapports entre le service d’urbanisme et l’habitant. En quoi le numérique transforme la ville ? Jusqu’à présent, on était à savoir comment les technologies facilitaient le développement économique. Et aujourd’hui, on s’apperçoit que ces TIC sont très interactives et utilisables par tous, plus seulement pour les entreprises, mais de plus en plus avec les citoyens. L’urbain, c’est ce qui dure. Mais comment les flux informationnels transforment cette ville dure, minérale. On mesure mal encore l’impact réel que cela aura. Les élus de la ville de Lyon se posent la question de comment l’interactivité avec les citoyens peut transformer le rapport et plus encore le service proposé ! Au-delà des belles images, qu’est-ce qu’on peut en faire ? Peut-on mettre en oeuvre des services gérés en temps réel par l’apport d’information en temps réel des citoyens ? Ce n’est pas sans renvoyer des paradoxes aux urbanismes qui ont tendance à hiérarchiser les flux… Mais le GPS bouscule tout cela en conduisant les gens d’une voie régionale à une voie de quartier, sans prendre en compte l’urbanisme et le planificateur. Effectivement, la régulation a besoin d’intervenir, explique Bruno Marzloff. C’est là qu’il faut faire intervenir par exemple des différenciations temporelles par exemple en indiquant aux gens, que plutôt que d’aller sur une voie qui ne saura pas les accueillir, de différer leur voyage.

La Ville 2.0 existe déjà, on l'a rencontrée

Thierry Marcou, responsable du programme Villes 2.0 nous explique que la ville est déjà 2.0. Des pratiques internet massives et très diverses existent, comme le montre l’exemple de Romans-sur-Isère (hum, hum)… : les pratiques locales sont réelles et massives, mais ce n’est pas pris en compte par ceux qui ont en charge de transformer la ville. Dans la ville, il y a de nouveaux acteurs qu’il faut prendre en compte dans la fabrique des services urbains, comme Google qui n’est pas le moins connu. Mais Google a mis en place de nombreux services qui changent notre manière de nous servir de la ville, comme Google Transit, qui propose une information multimodale qui n’était pas toujours disponible. Une autre catégorie d’acteurs, il y a des initiatives locales, localisées comme cette de Rouletaville.fr à Saint-Maur, proposant aux parents d’enfants de faire du covoiturage pour conduire les enfants à leurs activités périscolaires. La carte est devenue l’interface clé du lien du physique et du numérique, le support du partage, est elle bien sûr l’outil de localisation, de navigation et même de radar social et enfin un dispositif de représentation d’ensemble et de pilotage des réseaux de la ville. Mais la carte est également le support de nouvelles représentations comme UrbanMobs.

Pierre-Antoine Durgeat, confondateur de DisMoiOu.fr explique que DisMoiOu, dans un premier temps, avait pour objectif de demander aux gens de décrire leur ville. L’information locale a une granularité fine, mais internet force à ce qu’elle soit à jour et universelle. Or, aucun acteur industriel ne peut imaginer faire cela sans l’aide des citoyens. Il faut que l’information soit détaillée, à l’image d’une fractale, car on peut confronter l’image réelle et l’image numérique en temps réel : face à un magasin fermé alors que votre information sur votre téléphone vous dit qu’il devrait être ouvert, c’est le service que vous fournissez qui est toujours en cause, pas le magasin.

DisMoiOu distingue des informations objectives et subjectives sur les lieux. Mais pour arriver à un niveau d’information suffisant, il faut un nombre d’utilisateurs très important sur le terrain. Nous avons essayé une stratégie de partenariats avec des acteurs de la PQR française. Mais le maillage est resté malgré tout souvent insuffisant. Certaines communautés se sont agrégées sur disMoiOu, sur certains sujets, comme les moulins à vent par exemple, mais nous n’avions aucune données sur les moulins à vent en Hollande par exemple… Il est difficile pour les utilisateurs de trouver leur compte à contribuer à une entreprise commerciale. D’où le fait que DisMoiOu a transformé son site et son projet. Notamment en développant l’information subjective, issue d’amis. Le site est devenu un moteur qui analyse les contributions des gens pour déduire des endroits qui devraient vous intéresser. Pour présenter de l’information pertinente, plutôt que d’être exhaustif, il faut motiver les utilisateurs afin qu’ils aient un avantage client rapide. Les gens nous ont ramené au bouche à oreille, plutôt que d’essayer d’avoir une information exhaustive impossible. DisMoiOu est disponible via Facebook Connect et sur l’iPhone.

Fabien Girardin, chercheur à l’université de Barcelone et au MIT/Senseable City Lab, remarque également l’arrivée de nouveaux acteurs urbains au niveau des infrastructures : caméras de surveillance, réseaux sans fil, téléphones mobiles, cartes Rfid, capteurs de polution, systèmes de partages de vélos… L’enregistrement de nos interactions avec ces infrastructures est la source de ses travaux. A Florence, les touristes sont nombreux, mais laissent peu de traces de leur activité. D’où l’idée de regarder les informations que les touristes produisent quand ils visitent la ville et notamment des photos qu’ils postent sur Flickr. On peut ainsi retracer leur chemin, regarder précisémment ce qu’ils regardaient, où ils se rendent, les limites urbaines qu’ils ne franchissent pas. Cette étude a été reproduite sur Barcelonne. Autre source de carte numérique, plus implicite, regarder l’activité des téléphones portables comme l’activité du trafic des réseaux de téléphonie mobile dans la ville de Rome avec Rome Sensable City.

On peut créer des boucles d’auto-régulation avec ses données, permettant de les communiquer à ceux qui les émettent pour donner des possibilité aux gens des moyens en temps réel pour interagir avec ces données, comme dans le cas du Wiki sur Rome. On peut également mettre en place des évaluations post-ocupatoires de la ville, à partir des données de Velib, on peut analyser ce qu’il se passe dans la ville, voir où sont les stations qui posent problèmes, juste en surveillant l’activité des bornes. Les stations vides ou pleines nous disent des choses sur leur popularité. On peut construire des indicateurs d’attractivité urbaine comme pour mesurer le succès de la rénovation urbaine des quais de New York en analysant les données générées au fil du temps par les utilisateurs de téléphone mobile ou les photos géolocalisées. Il nous faut encore construire des évidences et des indicateurs de la vie urbaine. C’est en tout cas le sens du travail de Fabien Girardin.

Daniel Kaplan : où en est le programme Villes 2.0 ?

Daniel Kaplan : Le programme Villes 2.0 est né d’une intuition qu’il était déjà en train de se passer quelque chose dans la ville, imprégnée de pratiques numériques. Mais qu’il y avait besoin de connecter ces pratiques à la réflexion sur la transformation de la ville. Faire travailler ensemble les gens qui pensent et travaillent sur la ville et ceux qui travaillent et pensent le numérique. Après avoir créé le dialogue, nous sommes passé par la création de projets pour aboutir à 4 défis et aux 4 ouvrages qui closent le programme.

Naissance d’une collection avec Fyp Edition et de 4 ouvrages autour de la Ville 2.0 : Pour une mobilité plus libre et plus durable ; La ville 2.0 complexe et familière ; La ville comme plateforme d’innovation ouverte et en avril, le 5e écran.

4 projets d’expérimentation : Citypulse, Citywall, CityScan et Révéler l’hyperlocal.

A partir de 2009, Villes 2.0 se transforme pour aller sur le terrain avec des forums régionaux pour faire émerger des dynamiques d’innovation urbaine et d’expérimentation comme Lille, Lyon, Rennes, Bordeaux…

Après l’introduction d’Adam Greenfield et en parralèle de l’exposition la Rue 2.0 (qui regroupe plus de 20 projets) qui a lieu dans le hall du 104, trois sessions : une sur la ville 2.0 existe déjà, une sur l’innovation pour aborder les questions urbaines et une dernière sur l’innovation ouverte dans la ville 2.0.

13/11/2008