Fing
31/03/2009

De Twitter, de l’autorité, de la visibilité

“Qu’est-ce que l’autorité à l’époque de Twitter ?”, se demande Brian Solis à la tête de l’agence de relations publiques FutureWorks et blogueur sur Press Relations 2.0.

La statusphère (c’est-à-dire, comme il la définit lui-même cet écosystème de micro-contenus - moins de 140 caractères - provenant des sites de microblogging, des sites sociaux et de la syndication de profils, qui constitue en elle-même un nouvel éco-système de partage, de découverte et de publication), est en train de remettre en cause l’autorité des blogs et du web. Pourquoi ? Parce qu’elle a déplacé la conversation ! Celle-ci a quitté (en partie) la blogosphère pour la statusphère, ce nouveau canal d’interaction, de réponse et de promotion des contenus. Et ce nouveau canal est pour l’instant trop décorelé des blogs et de leurs canaux de références. La statusphère forme des communautés un peu fermées sur elles-mêmes (on y parle plus entre-soi, entre connaissances et relations, alors que les blogosphères avaient tendances à être un peu plus ouvertes), avec une forte pression sociale de l’usage. Cela ne rend pas les contenus des blogs moins intéressants ou moins forts, mais les outils de mesure d’autorité ne prennent pas encore en compte ces nouvelles sources de liens, ces nouveaux référents. Comme le dit Eric Mainville, si l’on ne vous cite pas, votre autorité n’augmente pas !

Jusqu’à présent, parmi les innombrables services batis autour de Twitter, la plupart des outils construits pour mesurer l’audience de Twitter permettaient plutôt de mesurer l’audience du service, c’est-à-dire la capacité de chacun à diffuser l’information selon le nombre de personnes qui sont abonnés à son fil Twitter ou via la mesure du nombre de RT (Re-Tweet, c’est-à-dire l’action de reposter un message en citant son émetteur) : comme Twithority, Grader, TweetMeme ou Twinfluence ou WeFollow ainsi que les multiples services qui permettent de mesurer le classement des 4 millions de gazouilleurs (comme celui qui nous dit les RT les plus chauds et nombreux).

Reste que les outils qui permettent de regarder l’autorité générale des contenus dans Twitter étaient jusqu’à présent plus rares. Le problème est en passe d’être résolu grâce à BackTweets permet de regarder qui twitte votre URL, c’est-à-dire, permet de mesurer l’impact de vos productions chez les microblogueurs (existe aussi sous forme de signet pour votre navigateur, permettant de regarder qui parle de la page que vous consultez). Ne reste plus qu’à intégrer ce type d’outils dans des outils de classements d’influence (comme Wikio, Technorati, GoogleBlogSearch…)

Twitter, plus que d’autres plateformes génère une intense activité d’application pour révéler son fonctionnement. L’une des raisons à cela me semble-t-il tient certainement peut-être qu’il ressemble plus à une plateforme communautaire (comme peuvent l’être les skyblogs) qu’à une plateforme ouverte et facilement accessible. La conversation sur Twitter (malgré les hastags) est moins visible, moins accessible, moins lisible, plus foisonnante. Sur Twitter, on parle peut-être plus qu’ailleurs entre petites communautés. L’espace public y semble plus en clair obscur, que la partie la plus visible de la blogosphère. Cela permet à la fois des propos souvent plus libérés, mais cela ajoute aussi quelques barrière d’accès.

Certes publier des contenus en 140 signes est, pour bien des gens, plus accessible et moins contraignant que de devoir écrire un billet de blog. Le vote ou le signalement rapide sont plus simples d’usages. Dans le même temps, la taille des messages rend aussi difficile les propos clairs et tend à renforcer le clair obscur des contenus. Le moteur de recherche est d’autant plus vite saturé que les abréviations qui permettent de se repérer dans les contenus sont souvent obscures et que ni le langage naturel ni la multiplicité des mots clefs sont une bonne porte d’entrée dans des contenus courts. C’est certainement en cela que Twitter reste le média du Off, du live. Mais c’est aussi cette opacité des outils (et des propos) qui en font un média plus obscur que d’autres (comme le jeu des statuts sur Facebook, qui ne sont lisibles qu’à ceux qui les suivent). Et c’est certainement cela qui leur assure un certain succès.

Dit autrement, on pourrait dire que le succès de la statusphère et de son obscurité est une réaction à la toujours plus grande transparence et visibilité des blogosphères. Au moins jusqu’à ce que les outils permettent de rendre cette statusphère plus visible, plus traçable…