Lift09 : Carlo Ratti, les villes du futur
Dans les années 1990, l’utopie était celle du virtuel, explique l’architecte Carlo Ratti. Les villes devaient disparaître (George Gilder). Il n’en est rien. 5 milliards de personnes vivront dans des villes en 2030. La Chine va construire plus de villes en quelques décennies qu’il n’en existe actuellement dans le monde…
Aujourd’hui, on sait que les couches physiques et numériques se combinent pour permettre d’inventer de nouveaux usages de l’espace - dans les villes.
En particulier, la superposition de ces couches produit de nouveaux types de représentation du territoire, de “cartes”. On ne fait plus des cartes 1:400, ni 1:1 (ce que l’on considérait à juste titre comme impossible, “la carte n’est pas le territoire”), mais 1000000:1… La fonction de la carte est de traduire la complexité en simplicité - selon un ou quelques points de vue, en tout cas.
Le Senseable City Lab a mené plusieurs expériences de représentation temps réel de l’activité des téléphones mobiles dans des villes telles que Rome (Real-Time Rome). Cela produit déjà des représentations saisissantes (comme les vidéos de la finale de la coupe du Monde de football ou l’analyse des parcours des bus comparé à la localisation des personnes), permettant de produire des analyses utiles : par exemple mesurer les déplacements des piétons, des automobiles, des transports publics, aux fins par exemple d’en optimiser les rythmes et les itinéraires. Rome Wiki City a prolongé l’expérience en permettant aux gens d’accéder à cette information pour regarder ce qu’ils étaient capables d’en faire.
Fabien Girardin a conduit un projet à Barcelone baptisé Les yeux du Monde qui consistait à analyser le corpus d’images déversé dans Flickr pour regarder et comparer la densité des images prises par les gens, regarder d’où proviennent les photos prises en espagne avec certains types de tags comme “art” ou “restaurant” ou “fête” pour localiser ce types de photos (voir les vidéos). De même, les chercheurs ont regardé la localisation de photos par couleurs dominante comme le “vert”, pour voir d’où elles provenaient, géographiquement. A Florence, il a ainsi été possible de différencier les parcours des touristes et ceux des italiens, qui ne donnent pas la même image du pays. Américains et Italiens qui visitent le même territoire ne suivent pas les mêmes chemins, ne vont pas tout à fait aux mêmes endroits.
Avec le MoMa et AT&T, le Sensible City Lab a mené une autre étude, New York Talk Exchange. Il s’agissait de mesurer les connexions (via les réseaux de télécommunication, téléphoniques et internet) entre New York et le reste de la planète. On peut voir les connexions naître, monter ou diminuer selon les fuseaux horaires, les destinations, les rythmes de travail. Les flux d’information signalent des flux d’activité, de relation, d’appartenance. Quand on observe plus finement les quartiers de New York, on constate que leurs connexions au reste du monde sont différentes. Des compagnies aériennes ont imaginé d’utiliser ces données pour optimiser leurs dessertes ; Western Union, pour relocaliser ses bureaux et de faire des propositions “ethniques” plus fines, quartier par quartier ; des politiciens, pour adapter leur discours aux communautés actives dans chaque quartier…
Peut-on, à partir de capteurs installés dans le réseau de distribution d’eau, comprendre les usages de l’eau dans une ville ? C’était le thème du “pavillon de l’eau numérique” de l’expo universelles de Saragosse. Ses murs étaient des chutes d’eau, qui s’interrompaient pour laisser entrer les visiteurs. (video)
Le Senseable City Lab a d’autres projets à venir. Pour le Sommet de la planète des Nations Unies, qui se tiendra à Copenhague en 2009, le laboratoire (en collaboration avec le Smart Cities Group de Bill Mitchell) a imaginé des bicyclettes augmentées. Elles récupèrent une part de l’énergie ; elles retracent leurs mouvements et les partagent ; elles mesurent l’exposition à certains agents polluants.
Un autre projet, Waste and the City (TrashTrack), consiste à placer quelques étiquettes intelligentes dans des poubelles de New York et en suivre l’itinéraire - où vont-elles, lesquelles se recyclent, où les dépose-t-on à la fin ?…
Daniel Kaplan et Hubert Guillaud







