Fing
26/02/2009

Lift09 : Solidarités

Ramesh Srinivasan de l’université de Californie et Juliana Rotich de Global Voices, Afromusing et Ushahidi, une plateforme développée pour permettre un traitement différent des situations de crises dans les pays en crise,
s’intéressent à comment l’action solidaire et la solidarité se transforment à l’heure du numérique.

A quoi un monde/web numérique, culturellement divers, pourrait ressembler ?
Quel est notre avenir culturel ? Comment nos façons de voir le monde, dans la richesse de notre diversité culturelle, pourrait contribuer à réaliser un “autre web” ? s’interroge Ramesh Srinivasan de l’université de Californie. Chaque technologie que nous créons est un artefact culturel, marqué par la culture qui l’a fait naitre. Comment alors ces technologies impactent les autres cultures ?

En Inde, le téléphone mobile touche de plus en plus de monde, des pécheurs aux hommes saints. Chacun intègre ces technologies dans ses modes de vie. Ces technologies prennent un sens, un potentiel d’innovation dans d’autres cultures que celles qui l’ont vu naitre. Quand on créé une technologie, il n’y a pas qu’une utilisation qui peut en être faite : elle prend autant d’usages et de sens différents qu’il y a d’usagers qui les utilisent avec les valeurs culturelles qu’ils portent. Les cultures sont complexes et portent des valeurs complexes. Ramesh Srinivasan évoque notamment les cartes culturelles qui permettent de dresser la complexité d’une culture. Et de prendre un autre exemple. Aujourd’hui, les musées numérisent leurs collections et organisent leurs collections selon des taxonomies et des ontologies qui sont les leurs. Mais cette organisation, ce classement, ne correspond pas nécessairement aux classements qu’auraient fait ceux qui appartiennent à ces cultures référencées par les musées. Ramesh Srinivasan montre sur une carte de mots clefs les différences entre la façon dont les indiens Zuni définissent et parlent des poteries traditionnelles qu’ils ont utilisé et en vis-vis, l’appauvrissement que représente la classification de leurs poteries dans le langage muséographique. Faut-il inventer des systèmes différents qui présentent l’information autrement ? Il y a là un exemple des paradigmes culturels que nous avons à prendre en compte. Qu’est-ce qu’un village global et comment le partager avec le reste du monde ? Comment développer des ontologies sous un angle culturel ? Comment développer des systèmes qui préservent et montrent la diversité culturelle de notre monde. Wikipédia est un outil fantastique, mais il ne montre pas les tensions entre différents points de vue. Comment trouver de l’information d’un point de vue indien ou africain en utilisant Google ? Que signifie le page rank sur un terme comme Africa ? Quels types de résultats trouvent-on ? Peut-on développer des systèmes capables de préserver la diversité culturelle qui est la notre ? On voit bien que nous sommes encore loin de savoir répondre à ces questions importantes.

Juliana Rotich a rappelé le rôle que joue Global Voices pour proposer de l’information sur le monde par ceux qui y vivent. Global Voices (GV) est un site d’information multiculturel qui met les voix des pays en développement en avant, pour éviter de tomber sur des blogs de touristes quand vous cherchez un blog sur l’Afrique, ou pour éviter de trouver le dessin animé Madagascar en tête des recherches quand on recherche des informations sur ce pays. GV aujourd’hui est composé de 15 groupes linguistiques et 10 groupes régionaux et est alimenté par 300 auteurs. GV propose également des outils et des modalités de traduction de contenus non-anglais et offre des assistances juridiques à des blogueurs en difficultés dans leurs pays. “L’anglais n’est pas global”, rappelle Juliana Rotich en évoquant Lingua, un projet de traduction en plusieurs langues. GV soutien des programmes innovants dans le domaine du journalisme citoyen, notamment avec le projet Ushahidi, une plateforme accessible via les mobiles qui permet à des individus d’informer la communauté mondiale sur ce qu’il se passe exactement dans leur pays (voir les explications en français de Journalistiques.fr). Inspiré par Sokwanele, lancé pour observer les conditions de vote en Zambie, Ushahidi a développé depuis plusieurs plateformes nationales.

Reste que si trois milliards d’habitants des pays en développement ont un téléphone mobile, cela ne fait pas 3 milliards de journalistes citoyens. GV propose donc également des programmes pour former les gens, recenser les outils accessibles et former à leur utilisation. Afin de rendre l’information accessible partout.