Fing
07/07/2010

Lift10 : Visualiser la complexité pour mieux la comprendre

Manuel lima est designer et fondateur de Visual Complexity dont le but est d’observer la visualisation des réseaux à l’ère de l’interconnectabilité infinie… 

Il y a quelques années, en rédigeant sa thèse, Manuel Lima a créé un outil qui permet de visualiser comment l’information se répand à travers les blogs et qui a suscité l’intérêt de différents chercheurs. Il faut dire que la blogosphère consitue un laboratoire extraordinaire pour expliquer comment l’information passe d’une personne à l’autre. Mais pour mieux appréhender ces phénomènes, il faut parvenir à mieux comprendre les structures fondamentales du web. C’est un peu l’objet de Visual Complexity. Cette nécessaire compréhension passe par l’étude de différentes disciplines comme la biologie, l’étude des réseaux sociaux et du web. L’ensemble de ces systèmes complexes est constitué de réseaux et est en fait organisé selon les mêmes structures, les mêmes types de modèles.

Le cerveau est un réseau constitué de neurones reliées par des axones ; la cellule est un réseau de molécules reliées par des produits chimiques ; les sociétés humaines sont constituées d’individus reliés par des relations amicales, familiales, professionnelles ; les écosystèmes entiers sont des réseaux d’espèces connectées par diverses interactions comme la chaine alimentaire.

Warren Weaver a écrit un article sur la complexité organisée, où il tente d’analyser l’histoire de la perception de la réalité en trois étapes :

  • Les 17, 18 et 19e siècles, époque du triomphe de la mécanique newtonienne fut essentiellement consacrée à l’analyse de la simplicité. Les sciences et les mathématiques de l’époque se chargaieent de comprendre les choses prévisbles, constantes, comme les mouvements des objets sous l’influence des forces physiques.
  • Le 20e siècle s’est interessé à la complexité désorganisée : le hasard, les statistiques… 
  • Le 21e siècle, lui, se heurte à la  complexité organisée. Celle justement qui se caractérise par la constitution des réseaux.

Aujourd’hui, on commence à avoir des modèles qui emergent. Des analyses de la blogosphère politique américaine, par exemple permettent de voir si les intersections entre blogs démocrates et républicains permettent de se faire une idée des résultats des élections. Une recherche du même type a été effectuée sur les soutiens à Ségolene Royal, qui incluaient de surcroit les coordonnées géographiques des différents participants.

Un autre type de visualisation, la “blogosphère hyperbolique” de Marti Hearst auteur de Search User Interface, concerne l’ensemble des blogs et a permis de visualiser des données surprenantes. On y découvre en effet l’existence, au milieu de tous ces sites interconnectés, de petits ilots isolés du reste de la sphère. Des blogs de gens très jeunes, interconnectés entre eux, mais qui ne font guère de liens vers le reste du monde.

Il existe une multitude d’autres exemples, comme les cartographies réalisées depuis FLickr par Fabien Girardin, récupérant les photos taggées par les gens permettant de montrer leurs déplacements à l’intérieur d’une ville. Ou encore le dessin par GPS dans les villes, le Biomapping par GPS, ou même des recherches sur le terrorisme, comme Rewiring the spy, qui cartographie la “carrière” de différents terroristes, pas forcément des leaders, mais ceux qui restent plusieurs années dans le milieu afin d’analyser la dynamique de ces groupes.

L’ensemble de ces différentes configurations réseau qu’il est désormais possible d’observer et de mesurer implique la création d’ un nouveau langage, d’une nouvelle syntaxe visuelle. C’est tout l’enjeu de VisualComplexity.

Tous ces réseaux qui possèdent autant de points communs, sont-ils tous des exemples particuliers d’une même structure universelle ? Une question que Manuel Lima a posée en conclusion, en nous montrant face à face deux photos aux sujets fort différent. L’une représentant la structure cérébrale d’une souris, l’autre étant une illustration de la forme de l’univers entier. Deux images qui se ressemblent de manière impressionnante…

Rémi Sussan