Lift10 : Elaborer de nouveaux systèmes d’intelligence collective
Anders Sandberg travaille à l’Institut pour le futiur de l’humanité d’Oxford, un lieu “à la limite de la philosophie” ou l’on s’efforce d’être bizarre, affirme-t-il (voir notre interview récente).
La pluaprt des grands problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui n’auraient même pas été compris il y a quelques années. Pourquoi ? Parce que résoudre les problèmes contemporains exige de plus en plus d’intelligence : comprendre les problèmes écologiques d’aujourd’hui implique de meilleures connaissances en physique par exemple. C’est pourquoi nous avons besoin de plus en plus d’intelligence.
Pour cela il existe une grande gamme de méthodes. Les plus classiques consistent à bien manger, bien dormir, faire de l’exercice, etc. Il existe aussi des méthodes d’éducation pour augmenter le Q.I, bien qu’on arrive assez vite à un seuil avec ce type d’entrainement. Il y a aussi des substances chimiques, mais toutes impliquent une contrepartie, des effets secondaires. Si certaines permettent de se concentrer plus facilement sur un projet, par exemple, il devient plus difficile de conduire. Il existe bien des moyens d’améliorer sa mémoire, mais il existe plusieurs types de mémoire.
On peut aussi envisager de connecter directement les cerveaux et les ordinateurs. Mais en réalité, c’est un processus très difficile à mettre en place, il faut vraiment être très motivé pour entreprendre ce genre de projet, souligne Anders Sandberg, c’est pourquoi il s’intéresse surtout, aujourd’hui, aux personnes handicapées.
Enfin, il ya les “gadgets”, les téléphones portables par exemple, qui peuvent grandement aider notre façon de penser. L’intérêt de ces produits est qu’ils sont peu onéreux. Un objet comme le téléphone portable est apparu dans le milieu des affaire et son usage s’est aujourd’hui répandu jusque dans les pays les plus pauvres de la planète.
Enfin, il y a la connexion des cerveaux entre eux, l’intelligence collective. Celle-ci existe depuis longtemps en science, sous la forme de la “critique par les pairs”. Lorsqu’un scientifique publie, il reçoit diverses observations des autres spécialistes du domaine ce qui permet d’améliorer la théorie.
Mais le problème avec l’intelligence collective c’est que la sagesse des foules semble aller de pair avec sa folie. Ainsi, une grande foule qui délibère est un excellent moyen pour augmenter les “biais” cognitifs, autrement dit les préjugés et les préférences de groupe ! Selon les chercheurs travaillant dans ce domaine, les problèmes pour lequel on ne dispose pas de solutions sont par exemple mieux traités par des personnes isolées que par des groupes. En revanche, les problèmes qui peuvent se subdiviser en petites tâches sont bien mieux réglées par les groupes.
Toute la question consiste donc à élaborer de nouveaux systèmes d’intelligence collectives.Pour cela, il existe de multiples méthodes. Par exemple, dans un jeu à réalité alternée comme “The Beast”, les joueurs sont divisés en une multitude d’équipes pour résoudre les énigmes posées par le jeu.
La Wikipedia est bien sûr l’exemple le plus célèbre d’une telle connexion des cerveaux. Les recherches et les simulations d’Anders Sandberg ont permis d’établir quelques faits intéressants.
Tout d’abord, une page peut commencer à un très bas niveau et monter très vite en qualité. En fait, l’intervention de rédacteurs incompétents a peu d’incidence sur le système. Leurs erreurs sont assez vite corrigées.
Une intéressante recherche à mis face à face deux groupes différents. L’un etait constitué de “spécialistes” de gens qui étaient considérés comme “très intelligents”. Le second groupe était plus divers, et comprenait des gens de niveau très différent. Il s’avère que la qualité des pages travaillées par le second groupe s’est avéré meilleure que les pages éditées par le premier. Comment cela est-il possible ? Et bien dans le second groupe, il y avait peut-être des gens pas très doués, mais il en avait aussi de très haut niveau, supérieur, en fait aux “intelligents” du premier groupe !
Les blogs constituent un autre moyen de filtrer “l’intelligence collective”, dont la qualité globale augmente via un processus de filtres entre pairs.
Aujourd’hui pourtant, la Wikipédia semble trouver ses limites, et certains se plaignent qu’il devient difficile de lui ajouter grand chose. Il va falloir trouver des modèles capables d’aller plus loin, mais jusqu’ici toutes les tentatives ont échouées.
La plupart des recherches en intelligence collective sont connues et appréciées des spécialistes de l’internet. Mais ne faut-il pas aller plus loin ? Ne faudrait-il pas essayer de faire sortir les techniques propres à la Wikipédia du monde en ligne pour les appliquer aux mondes rééls, notamment aux institutions ? C’est en tout le projet qu’esquisse Anders Sandberg, reste à en trouver les modalités concrètes.
Rémi Sussan









