#LiftFrance Il faut créer encore plus de possibilités de se connecter
Dans son film “Us now”, le cinéaste et anthropologue Ivo Gormley cherchait à démontrer que “la collaboration de masse va bouleverser l’organisation des gouvernements”. Aujourd’hui, il continue à tracer cette voie mêlant entraide mutuelle, socialisation et participation à la vie de la communauté.
Le philosophe Thomas Hobbes pensait que l’état naturel des êtres humains étaient de s’entretuer, pour que les uns puissent profiter de ce que les autres ont. A contrario, Kropotkine, connu pour être l’un des théoriciens de l’anarchie, a beaucoup étudié les animaux, des abeilles aux chimpanzés, et estimaient de son côté que s’ils devaient se battre voire tuer pour survivre, ils n’en passaient pas moins beaucoup de temps et d’énergie à s’entre-aider, et que cette forme “naturelle” de l’entraide mutuelle était très importante pour leur survie.
Aujourd’hui, déplore Ivo Gormley, c’est plutôt Hobbes qui a gagné. Lorsque les familles étaient nombreuses et que les habitations étaient donc surpeuplées, nombreux étaient ceux qui allaient au pub (Ivo est Britannique) et n’hésitaient pas à parler avec des étrangers, ou qui rencontraient, et parlaient, avec beaucoup de gens lorsqu’ils allaient acheter du lait.
Les supermarchés ne sont pas aussi sociaux que les marchés, et les écrans de télévision, les lotissements, les immeubles, ont souvent tendance à isoler les gens, à les anonymiser, à casser les mécanismes d’entraide, d’apprentissage et d’échanges d’antan.
A l’opposé, l’encyclopédie Wikipedia, ou encore le couchsurfing, montre à quel point les gens ont envie de partager, et besoin de s’entraider. L’internet est un formidable vecteur de socialisation, estime Ivo Gormley, pour qui “nous avons besoin de nouveaux formats d’entraide mutuelle, et de faire revivre les anciens, nous devons remettre ça dans le courant mainstream” :
“Lorsqu’un système donne aux gens la possibilité d’agir de manière positive, ils le font avec plaisir, s’y connectent sur la base de similitudes importantes, pas seulement pour faire le bien, mais aussi de manière très individualiste, parce qu’ils ont besoin d’aide, de trouver des gens dans la même situation. Ce n’est que le début de ce phénomène fabuleux : la possibliité de se connecter, et il faut créer encore plus de possiblités de se connecter. Ce qui s’est passé au XXe siècle est une anomalie, on en revient à ce mouvement où l’on s’intéresse aux autres, où l’on retravaille en collaboration.”
Le nouveau film d’Ivo Gormley, Playmakers, qui montre comment certains se réapproprient le jeu pour créer du lien social. Ainsi de ces jeunes blancs de la classe moyenne partis jouer à chat dans la rue, la nuit, et qui, confrontés à des jeunes pakistanais qui ne comprenaient pas ce qu’ils faisaient et qui hésitaient à aller se plaindre à la police, les ont finalement invités à venir jouer avec eux, poru finir bras dessus bras dessous après une partie nocturne endiablée.
Ivo Gormley explique également avoir travaillé dans le service qui s’occupe des patients atteints d’un cancer pour casser les hiérarchies constituées, permettre aux malades de prendre des reponsabilités, et améliorer les relations du personnel soignant et des patients.
Evoquant l’individualisme et la compétition qui règne généralement dans les salles de gym, ce qu’il qualifie de “mauvaise gym”, et l’isolement croissant des personnes âgées, il a aussi participé à la mise en place du projet “Good Gym”, qui incite ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas perdre de temps à aller en salle de gym à aller courir pour apporter un journal à des personnes âgées, trop contentes de pouvoir ainsi voir du monde. Dans les deux cas, le bénéfice est non seulement social, mais également physiologique : avoir des contacts réguliers avec des jeunes a un impact direct sur leur espérance de vie, les capacités cognitives et la santé vasculaire.









