Fing
07/07/2010

#LiftFrance2010 Les FabLabs ? Des fabriques de communautés

Quand il avait cinq ans, Ton Zijlstra était persuadé que ses grands-parents étaient des gens très riches : ils avaient leur propre jardin potager, ainsi qu’un atelier où son grand-père pouvait réparer tout ce qu’il voulait. Et pour le petit Ton, être capable de pouvoir faire les choses par soi-même représentait une richesse extraordinaire.

Adulte, il s’est retrouvé à travaillé en solitaire, isolé, alors même qu’il occupait un poste de directeur dans une entreprise. Et c’est grâce à son blog qu’il a pu se réaliser : “j’avais plein de connexions dans le monde entier, un feedback extraordinaire. Et c’est en combinant les deux, la résilience de mes grands-parents, et le réseau global” qu’il a commencé à s’interesser aux FabLabs, ces endroits qui “contiennent des machines qui permettent de faire n’importe quoi y compris des machines”, mouvement dans lequel il est très impliqué depuis, et qui, pour lui, repose sur ces deux fondements : la possibilité de pouvoir fabriquer, par soi-même, et celle de pouvoir en discuter, en insérant ces fabrications personelles dans une communauté.

“Il faut respecter les concepts d’accessibilité ouverte et d’utilisation pour tous, et donc que ce soit ouvert, qu’on puisse y entrer, y partager expériences et compétences. Il s’agit aussi d’y construire une communauté.”

Pour lui, un FabLab doit être “libre”, avec des machines (imprimantes 3D, découpeurs laser ou vynil, repraps, etc.) et des logiciels, pour concevoir, construire et fabriquer. Mais surtout, il ne faut pas qu’il n’y ait qu’un seul FabLab, mais plusieurs, pour échanger. Le premier FabLab néerlandais a été créé en 2007. Depuis, quatre autres ont été lancés au Pays-Bas, et au Bénélux, dont un FabLab mobile, et 11 autres projets devraient voir le jour dans les 18 mois à venir (7 autres projets seraient en cours d’élaboration en France).

Ces projets sont indépendants, mais connectés : des réunions réunissent régulièrement, non seulement leurs dirigeants, mais également leurs utilisateurs, des conférences annuelles leur permettent de rencontrer les autres FabLabs du monde entier, mais ils partagent également certaines compétences et ressources humaines, à l’image de ce spécialiste pointu de l’impression en 3D, qui passe d’un FabLab à un autre et permet de mutualiser son expertise, et son coût.

A la question de savoir si ces FabLabs pourraient se retrouver en concurrence, Ton Zijlstra répond que “Non, parce que chacun d’entre eux est unique en son genre, bien ancré dans sa communauté, dans sa ville, avec son propre écosystème, qu’ils répondent aux besoins locaux, et sont suffisamment différents pour ne pas se marcher sur les pieds” :

“On a une infrastructure, qui donne un effet réseau, et chaque nouveau FabLab augmente la valeur des autres, parce que ça apporte une expertise nouvelle, parce qu’on peut dire que pour telle chose il vaut mieux s’adresser à tel ou tel FabLab”.

Concrètement, on y fait quoi ? Difficile de dresser de grandes lignes, et un FabLabBook revient chaque année sur les projets les plus marquants. Ton Zijlstra n’en cite pas moins un rideau fait en béton, des mobiliers de bureau, bijoux, lampes, jeux, stickers, T-shirts, robots… créés tant par des particuliers que sous forme de prototypes par des professionnels, mais également un projet de prothèses coûtant moins de 40$, à destination des pays émergents, ou encore le projet Big Bird destiné à aider les villages indiens à récupérer l’eau de la pluie…

D’un point de vue économique, on a vu un utilisateur, frustré d’avoir du passer 5 heures à fabriquer un robot, mais à qui le FabLab avait proposé de mettre le mode d’emploi en ligne. Quelques jours plus tard, un fabriquant le contactait pour le proposer en kit. Les FabLabs proposent également un magasin qui permet de gagner un peu d’argent, et un concours de “design illimité” incite par ailleurs les concepteurs à proposer des projets spécialement conçus pour pouvoir être fabriquer dans des FabLabs.

Jean Marc Manach