Fing
07/07/2010

#LiftFrance10 Libérez nos données !

La Bible était une arme de guerre, un outil pour la guerre. 400 ans plus tard, la traduction est encore une propriété de la Couronne, et si je veux la republier il me faut demander l’autorisation à la Reine”. Reporter free-lance, Michael Cross découvrit un jour que le gouvernement britannique se retrouvait ainsi à devoir payer très cher des données publiques contrôlées par des agences… publiques (en charge de la météorologie ou de la géographie notamment).

Pire : le gouvernement se retrouvait également à devoir payer des frais d’avocat et des amendes parce que certaines de ces agences publiques lui reprochaient une violation des conditions d’utilisation des licences propriétaires appliquées à des données publiques. Une étude de Rufus Pollack estima que l’économie britannique gagnerait 200 M£ par an, en frais de licences et de justice, si le gouvernement avait le droit d’utiliser des données publiques.

De la naquit la campagne “Rendez-nous les joyaux de la Couronne” (voir aussi le site dédié, Free our data), lancée en 2006 par le Guardian, qui décida de publier au moins un article par semaine sur les problèmes d’accès et de réutilisation des données publiques jusqu’à ce que le gouvernement fasse évoluer le droit, et les pratiques :

Cette idée du contrôle de l’information, du secret, de la censure, est une tradition très ancienne et fait partie de l’ADN des gouvernements. L’échange des informations est un business. Avant ça ne portait pas à conséquence, mais aujourd’hui, ça conduit à des restrictions et à ce genre de situations absurdes et scandaleuses où des agences publiques font du business anticoncurrentiel et crée des obstacles au sein même du gouvernement.

Michael Cross explique ainsi que, pour le recensement, l’administration n’a pas le droit de réutiliser la base de données (publiques) des codes postaux, et qu’elle va devoir dépenser 11 millions de livres sterling pour créer une nouvelle base… avant de devoir la détruire, en vertu des conditions d’utilisation des licences privatives en vigueur dans l’agence britannique chargée des données géographiques. De même, s’il est possible de consulter la base de données des circonscriptions électorales, il est interdit de l’exploiter, tout comme celle des lieux susceptibles d’être inondés.

L’initiative du Guardian a intéressé nombre d’universitaires, eux aussi bloqué dans leurs travaux de recherche à cause de ce genre de limitations. De son côté, la société de géographie lança quant à elle une campagne médiatique pour la discréditer. “Mais peu à peu, l’opinion s’est mobilisée”, témoigne Michael Cross. Une étude a condamné les pratiques de l’agence de géographie, qui a donc commencé à partager certaines de ses données, le maire de Londres s’est engagé à ouvrir les données publiques londoniennes, l’opposition au gouvernement en a fait un cheval de bataille, le parti au pouvoir a du lui aussi, lors de la dernière campagne électorale, à plaider pour davantage de transparence et de droit d’accès et de réutilisation des données publiques.

En quatre ans, la situation a considérablement évolué. Et si certaines agences refusent toujours de partager “leurs” joyaux de la Couronne, le mouvement est lancé, et “on a gagné”, souligne Michael Cross : “On est passé de l’ère de la Bible du Roi à un principe de libertés”.

Jean Marc Manach