#Lift10 : Comment s’adapter au futur ?
Il y a 20 ans, Dallas a montré une image du pétrole américain, qui est bien loin de celle que nous donne BP aujourd’hui… L’essayiste Nassim Taleb pourrait attribuer ce genre de catastrophe à ce qu’il appelle une fausse idée ludique (Ludic Fallacy). Comme il l’expliquait en prédisant la crise financière de 2008, nous ne sommes pas fabriqués pour comprendre les choses abstraites, les catastrophes, les “Cygnes noirs” qu’il évoque dans son livre éponyme. Taleb a imaginé un protocole de protection baptisé “Cygne Noir” pour répondre aux questions imprévisibles qui arrive et qu’il vend sous forme de conseil via sa société de consulting.
Moi, je ne suis que designer, explique Anab Jain. Je ne prédit pas les évènements improbables. Cependant, le design peut aussi imaginer des réponses à l’impossible, à ce que nous comprenons mal, à la complexité et nous faire passer, via des histoires, de l’invisible au visible. C’est en tout cas ce qu’elle essaye de faire via son studio Superflux, qui créé des propositions spéculatives pour l’avenir…
Suite aux dernières tornades qui ont touché la Louisiane, des habitants et des designers se sont posés la question de savoir comment apporter des réponses à ce genre de catastrophe. C’est l’enjeu du projet Arche (ark.inc) qui imagine des services et des produits pour vivre dans une civilisation après la catastrophe. Ark.inc est une fiction qui imagine des solutions via le design avec des gens qui ont vécu ce type de catastrophe pour nous aider à mieux réagir à d’autres évènements de ce type.
La Puissance de 8 (Powerof8.org.uk) est une collaboration multidisciplinaire pour comprendre comment les technologies peuvent avoir un impact sur les écosystèmes naturels. L’une des préoccupation clef du groupe a été de s’intéresser à la mortalité des abeilles. Les technologues qui composaient ce cercle de réflexio pensaient qu’on pouvait imaginer des abeilles modifiées génétiquement pour répondre à leur mortalité… Ils ont imaginé une abeille synthétique émettrice d’ondes pour attirer d’autres abeilles. Le prototype imaginé croisait des gènes d’abeille avec celles de chauve-souris pour qu’elles puissent détecter les ondes radios sans être désorienté par les ondes électro-magnétiques. Les designers ont imaginé des abeilles colorées, dotées d’ailes solides pour et de fibres pour récupérer le polen et aider à la polénisation. Le scénario imaginé (vidéo) montre l’introduction de composant dans des larves d’abeille. Bien sûr, c’est un scénario, c’est un prototype conceptuel de designers né à l’école d’architecture de Barlett. Les scénarios ont même imaginé comment les hommes pouvaient s’adapter à ces nouvelles créatures, attirer les abeilles émétrices en émettant des ondes pour les appeler. Ce qui était intéressant a été finalement de constater que des scientifiques s’intéressaient également au même problème. Les chercheurs du Wyss Institute à Harvard ont imaginé eux des RoboBee, des abeilles robots, non biologiques, mais autonomes, capables d’aider les abeilles à s’orienter. Comme quoi, les questions que nous nous posions à quelques-uns étaient aussi étudiées très sérieusement par d’autres scientifiques en parallèle.
Ces scénarios ont pour but d’aider les gens à voir les choses de manières différente, pour sortir du consensus de la réalité actuelle. Le but est de permettre d’établir un dialogue durable entre différentes disciplines, entre designers et scientifiques notamment.
Et Anab Jain de nous présenter une caméra sur la 5e dimension, créée à partir des théories des physiciens quantique pour permettre de mieux approcher la réalité que décrit la physique quantique. L’idée de cet objet était d’explorer ce que serait un monde où le calcul quantique serait normal. Que serait un monde où plusieurs réalités pourraient exister. Comment utiliser la recherche scientifique pour la faire comprendre du grand public ? Pourrions-nous avoir des outils pour écouter ou voir des mondes parallèles ? Peut-on casser la limite entre le temps et l’espace ? C’est l’idée de ce prototype : une caméra capable d’enregistrer plusieurs réalités à la fois. La caméra présente ainsi plusieurs parcrous de personnes différents dans un même temps. Chaque image illustre ce qu’il s’est passé dans des mondes parallèles au même moment. L’exposition qui en a été tirée a permis de regarder autrement le futur et la physique.
Robert Boyle (1627-1691) avait essayé de regarder dans le futur. Dans sa liste de souhait, il espérait que nous arriverions à voler, à garder notre jeunesse, à faire muter les espèces… Et pour la plupart, cette liste de souhait a été atteinte. Les gens supposent qu’il va toujours y avoir du progrès même si on ne le voit pas, disait Kevin Kelly. La question est de savoir quels sont les archétypes des désirs d’une époque. Quels pourraient être nos souhaits pour demain ? C’est tout l’enjeu d’un design qui interroger demain.









