Fing
07/07/2010

#Lift10 : Adapter le système éducatif à demain

Pour devenir plus intelligent, il y a une méthode très ancienne qui a peut-être besoin d’être rajeunie, l’éducation. Comment adapter le système éducatif au XXIe siècle ? Telle est la question que nous adresse François Taddéi de l’Inserm.

“Je me suis intéressé à l’éducation quand j’ai eu un enfant et qu’il est allé à l’école. C’est un enfant adorable, mais il pose trop de question, me disait son professeur”. Cette petite anecdote illustre bien le problème de l’école d’aujourd’hui, estime François Taddéi. 

Nous vivons dans un flux d’information où il est difficile de savoir laquelle est pertinente. La méthode socratique a été inventé il y a des milliers d’années pour passer de l’information au savoir. Peut-on questionner collectivement les choses pour trouver de nouvelles narrations et scénarios ? Peut-on rendre la méthode socratique collective ? Chacun de nos enfants est un petit Socrate, même si le système éducatif leur apprend à poser de moins en moins de question. Comment les aider à aller de plus en plus vite ? A apprendre à en poser plus. 

Le jeu d’échec est un paradigme du futur. Quand Gari Kasparov a perdu contre DeepBlue, The Economist a publié un article qui disait que si votre emploi ressemblait aux échecs, il était temps de changer d’emploi. Or,moi même, j’ai bâti ma carrière sur la base de ma capacité à mémoriser et à calculer, reconnaît François Taddéi. Tous les emplois qui ne concernent que le calcul et la mémorisation sont en danger et ce ne sont pas que des emplois peu qualifiés. Une fois que l’ordinateur l’a battu aux échecs, Kasparov a lancé les échecs perfectionnés, un concours où les joueurs étaient assistés de leurs ordinateurs pour jouer. Il est intéressant d’observer que ceux qui ont gagné sont ceux qui avaient les meilleurs compétences d’interaction entre l’homme et la machine et non pas ceux qui avaient le meilleur programme ou le meilleur joueur d’échec. Il faut apprendre aux enfants à utiliser la techno de manière optimale, pour faire le meilleur usage du cerveau et de l’ordinateur.

La technologie est moralement neutre, mais elle peut-être à la fois utilisée pour détruire ou construire le monde. Le Poète TS Elliot disait : Where is the life we have lost in living ? Where is widsom we have lost in knowledge ? Where is knowledge we have lost in information ? 

Il faut réinventer l’école estime Taddéi. Nous éduquons nos enfants pour les formater via une boite logique, alors que nous avons besoin d’un enseignement plus créatif pour les aider à imaginer l’avenir, à se responsabiliser, à faire ce que l’ordinateur ne sait pas faire. Tous les adultes ont été éduqués par le système éducatif passé et nous avons du mal à aller au-delà de cette boite logique qui nous a formaté et trouver de nouvelles possibilités. 

Le monde dans lequel nous vivons s’accélère sans cesse plus avant. Lewis Carroll en 1871 avait compris qu’il fallait courrir deux fois plus pour rester au même endroit et aller encore deux fois plus vite pour aller ailleurs. Pour s’adapter dans un monde qui va plus vite, il faut effectivement courir plus vite et savoir où l’on court. Biologiste de formation, j’ai été formé à comprendre comment courrent les bactéries, rappelle François Taddéi. Nous savons allonger la durée de vie, lutter contre de nombreux agents pathogènes… Nous avons triplé l’espérance de vie en deux siècles. Mais les bactéries ont appris à apprendre, elle ont accru leur capacité d’apprentissage, elles savent collaborer, elles savent désapprendre, elles savent construire leur propre environnement adapté à leur génomes et échangent des informations sur la manière de coopérer. Le paradigme des bactéries se met à l’oeuvre dans un monde de plus en plus vaste. Et il nous faut l’appliquer à l’avenir de la science. La science ouverte, telle qu’elle commence à être pratiquée, montre que les gens apprennent plus vite et qu’elle peut s’adresser à tous. 

En Afrique, l’oiseau miel ne sait pas trouver seul le miel. Il chante une jolie chanson qui va plaire aux humains, les attirer pour leur indiquer là où se situent les abeilles et l’oiseau va profiter de l’humain pour récupérer un peu de miel. La légende africaine dit que si vous ne donnez pas de miel à l’oiseau, la fois suivante, il vous conduira au lion. Si l’oiseau et l’homme surexploitent la ressource, ni l’un ni l’autre n’auront plus rien. En cela la fable est une belle métaphore de la coopération. Mais tous les systèmes apprennent. Certains primates ont appris à laver des légumes avant de les manger pour qu’il n’y ait pas de sable dedans. Et cette technique s’est d’abord propagée par les jeunes femelles puis par les plus vieux mâles. 

Samuel Weiss, a le premier insisté auprès des médecins pour qu’ils se lavent les mains en passant d’un malade à l’autre, de la salle d’autopsie à la salle d’accouchement. Pourtant, malgré ses démonstrations et son insistance, les docteurs de l’époque ne l’entendait pas. Souvent, les innovations ne prennent pas car les gens n’acceptent pas l’idée que ce soit mieux que ce qu’ils faisaient.

Kiran Bir Sethi à Ted a évoqué le virus “i can” à des milliers d’enfants pour étendre l’innovation dans les groupes. 

Il faut établir des liens entre les créateurs et réinventer la manière dont nous créons. D’où l’idée d’imaginer des Campus X.0 : un campus en évolution où il faut réinventer en continue la façon dont on procède à l’éducation et la techno tout en étant accessible à tous sur la planète, à l’image des cours du MIT en ligne. Mais au MIT, on a plus que les cours, il y a aussi les interractions avec les gens. Nous avons besoin de zones de créativité, insiste le chercheur, car souvent, on est entouré de gens qui ne le sont pas. Il faut créer des espaces de création de manière constructive. En France on a tendance à critiquer sans faire de proposition constructive pour aller plus loin. Wiser-U.net tente de créer un espace numérique pour échanger et créer des idées entre étudiants. Ils peuvent trouver des idées, réaliser des projets, de manière ouverte, utilisant l’intelligence collective… Il y a un concours pour des étudiants du monde entier afin que chacun participe et construise des projets communs.

Que peut-on faire de plus beau et de plus utile qu’une tour Eiffel, symbole d’une époque, en utilisant des technologiques constructivement et collectivement ? Il faut créer l’avenir car nous allons y passer le reste de leur vie.