Lift10 : RepRap, refabriquer le monde
Adrian Bowyer, cet ingénieur et mathématicien britannique, inventeur de la RepRap, cette imprimante 3D libre capable d’imprimer des objets en volume, a commencé par citer Karl Marx. Pour Marx, le prolétaire désigne des travailleurs qui sont réduits à vendre leur force de travail pour vivre parce qu’ils ne possèdent pas d’outils de production. La solution pour libérer le prolétariat consistait à faire la révolution pour confisquer les moyens et les outils de production. On a su par la suite qu’il s’agissait d’une mauvaise idée, s’amuse Bowyer, mais il avait cependant raison sur le diagnostic : la pauvreté consiste à ne pas avoir accès aux moyens de production. La machine est capable de reproduire des objets pour l’instant d’un volume de presque 20 cm cube. Elle est capable de s’autoréparer en produisant ses propres pièces de rechange. Bien sûr les spécifications de la machine sont libres et gratuites. Aujourd’hui, elle est utilisée dans de nombreux pays occidentaux, et commence à pénétrer des pays comme l’Afrique. Les utilisateurs peuvent partager et diffuser des plans d’objets conçus pour la RepRap via par exemple un site comme Thingiverse. Après avoir présenté sa machine, Browyer a tenté de montrer comment la RepRap s’insère dans un fonctionnement global en présentant les différentes contraintes que la machine doit relever. Pour lui, il y a différent types de contraintes : celle des règles, de la loi et de la coutume. Au-dessus d’elle, il y a la contrainte économique, puis celle de la biologie et celle de la physique, couche fondamentale de l’existence. Au niveau économique, la RepRap, avec son prix moyen de 350 euros, est bien moins chère que la moins onéreuse des imprimantes 3D (12 000 euros pour les premiers modèles). Elle est également écologique puisqu’elle ne consomme que 8 grammes de carbone pour produire un objet et en enferme 17 dans les objets imprimés. Sur le plan biologique, la machine repose sur la notion d’autoreproduction propre au vivant. Quant au plan de la physique, il n’est pas sûr que la centralisation et le grossissement soit un principe d’évolution unique pour les êtres vivants comme pour les objets. Si c’est aujourd’hui le cas par exemple des voitures, qui sont créées dans des usines de plus en plus imposantes, d’autres mouvements vont dans le sens inverse, favorisant plutôt la décentralisation et la réduction. La machine à laver personnelle a ainsi remplacé la blanchisserie centrale. C’est dans cette dernière logique que se situe la RepRap… avec l’espoir qu’un jour, les gens possèderont chez eux de plus en plus d’outils effectuant un travail longtemps réservé aux industries. Rémi Sussan
Adrian Browyer propose une autre solution au problème qui passe par une autre révolution, celle d’avoir accès plus facilement à des outils de production. C’est l’idée qui préside à la RepRap qu’il a conçu : une imprimante 3D capable d’imprimer une partie de ses propres pièces, à peu près la moitié. Le reste des pièces pouvant facilement s’acheter dans la plupart des grandes villes. Le prix total d’une RepRap se monte à environ 350 euros.
En ce qui concerne le premier niveau, celui des règles, du droit, du copyright et des brevets, Browyer rappelle qu’il est permis d’imprimer n’importe quel type d’objet. S’il existe des contraintes, tout n’est pas interdit. Par exemple, si on désire réparer un rétroviseur cassé et qu’on doit lui donner une forme “brevetée”, on n’enfreint pas la loin. On n’est pas non plus dans l’illégalité si on reproduit un objet breveté qu’on ne souhaite pas vendre.









