Fing
26/11/2008

ICT'08 : Ressentir et comprendre la robotique

Difficile de définir ce qu’est la robotique aujourd’hui, explique Bruno Siciliano, professeur au laboratoire Prisma, le laboratoire de robotique de l’université de Naples, en introduction de l’atelier sur la robotique qui s’est tenu à ICT’08. D’où le fait qu’il soit peut-être plus simple pour lui d’expliquer ce que les robots sentent et font.

Depuis le Moyen Age, les hommes ont rêvé de se répliquer dans des machines. Cela a donné naissance à tout un courant de la robotique ou plus précisément des robots mécaniques, à l’image des célèbres automates mécaniques de Pierre Jaquet-Droz. Pour Bruno Siciliano, ce courant aujourd’hui est l’une des influence de la robotique humanoïde si chère aux roboticiens japonais.

Un autre courant de la robotique s’est lui plutôt intéressé à développer des machines utiles. En 1975-1985, c’est l’explosion de la robotique industrielle. Entre 1985 et 1995, c’est le développement de la Field Robotics, c’est-à-dire la robotique des champs, dont Rover, le robot martien autonome ou le Grand Challenge, cette course de voiture complètement automatisé, ont été longtemps les emblêmes. Avec la Field Robotics, la robotique est sortie des usines pour investir les grands espaces. Autre période, 1995-2005 : c’est l’explosion de la robotique de service, dont Roomba, le robot aspirateur et Zeus, le robot chirurgien, sont les emblêmes. Les robots arrivent dans la maison, dans notre quotidien. Et de prédire l’arriver d’une nouvelle époque, celle de la robotique personnelle. Car demain, les robots seront aussi pervasifs et aussi personnels que le sont nos ordinateurs aujourd’hui, comme l’évoquait en janvier 2007 le magazine Scientific American, en évoquant l’aube de l’âge des robots.

La robotique aujourd’hui travaille à la confluence de plusieurs domaines : les principes actifs (la locomotion, la manipulation et la servocommande, c’est-à-dire les systèmes permettant de contrôler les mécanismes) la perception (qui provient de capteurs sur l’état du robot ou de son environnement) et la connection intelligente (c’est-à-dire la capacité d’apprentissage et d’acquisition de savoir faire). Ce qui différentie les champs de la robotique (la robotique industrielle de la robotique des champs ou de celle des services), c’est la croissance de l’autonomie des robots. Une croissance d’autant plus forte que sur le marché, les robots personnels et de services sont en passe de représenter l’essentiel des ventes. Alors certes, cette robotique de service tient encore beaucoup du jouet, du loisir. Mais elle inaugure tout de même cette nouvelle génération de robots capables de cohabiter avec l’homme, avec lequel le robot va partager l’espace et non plus avoir un espace réservé, comme l’évoque très bien l’excellente vidéo du projet européen SMERobot, afin de montrer que les robots peuvent aussi avoir leur place dans les PME.

Et d’évoquer encore deux projets européens dans lesquels le laboratoire de Bruno Siciliano est partenaire. Phriends, qui réfléchit à comment renforcer la sécurité des interactions hommes-machines. Se référant à la première loi de la robotique imaginée par Isaac Asimov, le projet Phriends travaille à des robots industriels qui seraient capables de détecter la présence des hommes pour ne plus jamais les blesser (vidéo).


Le programme Dexmart, lui, consiste à apprendre de la dextérité aux robots, afin qu’ils soient capables un jour de vous servir le café (vidéo).

Et Bruno Siciliano, après avoir fait la publicité pour le Springer handbooks of Robotics qu’il vient de coordonner, de nous inviter à regarder plus loin encore : quand la robotique disparaît, devient ubiquitaire, distribuée ou embarquée, pour mettre de l’intelligence directement dans notre environnement. Il ne lui aura manqué que d’évoquer, pour mieux l’illustrer, AUR la lampe robotique de Guy Hoffman du MediaLab (vidéo).

Autant dire que les autres interventions plus techniques ont fait pâle figure après cette introduction riche en perspective. Ralf Koepp de Kuka, le leader de la robotique industrielle qui s’intéresse désormais également à la robotique personnelle a néanmoins évoqué plusieurs projets intéressants comme la plateforme européenne de robotique à laquelle son entreprise participe. Il a également évoqué le projet SMERobot et l’idée d’apporter la robotique dans les PME comme un grand défi pour l’Europe et le secteur. Dans ce cadre, il a évoqué, OmniRob, le robot mobile développé par Kuka (vidéo) en soulignant le besoin de recherche sur la situation, la mobilité et la localisation des robots pour faciliter leur autonomie de mouvement. Jeremy Wyatt du Laboratoire de robotique intelligente</a> de l’université de Birmingham a évoqué le défi qu’adresse la recherche en cognition à la robotique. Sethu Vijayakumar, directeur de l’Institut de perception, action et comportement à l’Ecole d’informatique de l’université d’Edinburgh a lui évoqué les capacités d’apprentissages des robots, expliquant avec force formules mathématiques combien les robots devaient s’améliorer dans les domaines de la compréhension de leur environnement. Pour sa part, son laboratoire travaille à faire comprendre aux robots les forces qui l’environnent, comme par exemple en lui apprenant à garder une balle en équilibre au bout d’un bâton ou à jouer avec une balle et une raquette… L’idée est de parvenir à donner au robot les capacités motrices de l’homme, comme le sens de l’équilibre. Avec le Honda Research Institute allemand, son laboratoire travaille à apprendre à un robot à passer une éponge sur une voiture. Un geste qui nous paraît à nous êtres humains simple, mais qui est plutôt complexe à appréhender pour les machines intelligentes. Comme quoi, nous avons encore quelques capacités qu’ils n’ont pas.