Fing
25/09/2009

L’architecture organique

La notion d’architecture organique est complexe et ancienne. Elle est une philosophie qui promeut l’harmonie entre l’habitat humain et le monde naturel, pas seulement par l’intégration des immeubles dans la nature, comme le proposait Frank Lloyd Wright, mais en intégrant des processus biologiques dans la construction même. Elle s’est longtemps inspiré de la nature en essayant de la mimer. Mais aujourd’hui, le mouvement regarde plutôt comment l’architecture peut s’insérer dans le processus de croissance naturel, explique l’architecte Usman Haque. La conception organique est plus un verbe qu’un substantif. Elle est passé d’une architecture tentant de ressembler à la nature, à une architecture imitant la nature et est en passe de devenir une architecture naturelle, inspirée par les processus naturels, c’est-à-dire une nature qui doit vivre, pousser, grandir évoluer en même temps que nos vies. L’architecture est organique.

Pour l’architecte Matthias Hollwitch du studio HWKN, il est difficile d’être un expert dans un domaine qui évolue entre les formes, la matière et le comportement. Quels types d’architecture les formes de vie qui nous entourent génèrent-elles ? S’inspirer de la nature ne rend pas les choses réellement organiques, explique-t-il en critiquant certaines réalisation de son studio. Le vrai rôle de l’architecture organique est de réintroduire les gens dans le monde naturel… Et pour cela il faut vraiment que la nature rencontre l’architecture.

Construire des immeubles peut être une opportunité pour lancer des messages écologiques et faire que les gens y soient attentifs. D’où l’idée d’immeubles qui ressemblent et produisent des nuages pour penser la construction d’une manière plus organique ou encore l’idée de MeTreePolis (vidéo), une ville transformée par la manipulation génétique, où le béton est croisé avec des arbres. L’idée est bien de transformer les immeubles en signifiants naturels (Hollwitch parle d’Econic Design pour évoquer une conception qui fait de l’écologie une icône). MeTreePolis vise à insérer des innovations biologiques dans la ville, à croiser l’architecture et la nature, à faire fusionner le paysage naturel et l’espace urbain et libérer l’architecture de ses formes anciennes.

Rachel Armstrong est à la fois écrivain, producteur multimédia, médecin et professeur à Bartlett, l’école d’architecture de Londres. L’architecture vivante est un nouveau modèle d’architecture durable qui connecte l’environnement construit à la nature. Elle change en profondeur la façon dont on construit des bâtiments. Pour elle, il faut concevoir l’architecture comme une biosphère, c’est-à-dire faire que l’architecture soit une part de la biosphère, une part du métabolisme qui connecte les systèmes vivants à leur environnement.

Pour cela, il faut concevoir des matériaux capables de métabolisme, vivants, pensés comme des technologies vivantes. C’est-à-dire des matériaux qui possèdent quelques - pas toutes - propriétés des systèmes vivants, capables de grandir, de se réparer, de bouger, voire de se reproduire. Tout en étant robustes, sans danger, doués d’ubiquité et pas trop chers. Et pourquoi pas, capable de comprendre et de relever les défis du développement durable auquel nous sommes confrontés. Il nous faut inventer des matériaux capables de nous faire atteindre les résultats que l’on souhaite.

Pour cela, il faut s’engager dans un jardinage cellulaire, il faut cultiver l’os de silicium… Des technologies simples, utilisant des ordinateurs chimiques, des technologies de création cellulaire, basés sur la chimie des huiles par exemple, programmables par le biais de la chimie non organique peuvent permettre d’imaginer produire des résultats pour l’architecture.

Rachel Armstrong travaille ainsi à mettre au point des matériaux vivants capables de réfléchir la lumière ou d’absorber le gaz carbonique. Pour elle, il semble possible de résoudre le défi du changement climatique par la chimie. Et les architectures vivantes sont peut-être une solution pour y arriver…