Fing
24/09/2009

La réalité continue, du virtuel pour approcher la réalité de plus près

Suzanne Stefanac commence par évoquer Escape from City 17, une nouvelle série de science-fiction entièrement créée à partir d’de l’environnement 3D du jeu Half Life 2, dont les deux pilotes ont coûté moins de 500 $ (en ne comptant pas le temps des deux créateurs, évidemment). Le Machinima quitte le monde du bricolage pour fans de jeux en réseau pour celui de la création audiovisuelle professionnelle. Puis la réalité augmentée - pour arriver à la question de ce que deviennent la création et la fiction.

Inventer le “journalisme immersif”

Nonny de la Pena et Peggy Weil sont chercheuses et enseignantes. elles cherchent à inventer un “journalisme immersif”, en d’autres termes la manière de produire de l’information réelle en exploitant les technologies nouvelles pour impliquer le “spectateur” dans l’appréhension d’une situation.

Gone Gitmo est le premier projet qu’elles évoquent. Il dérive d’un documentaire très critique de Nonny de la Pena sur le camp de prisonniers de Guanatamo, simplement intitulé “Unconstitutional”. Il était pratiquement pas possible aux journalistes d’accéder à la réalité du camp. Nonny a alors proposé à Peggy, qui travaille depuis des années sur les “serious games”, de construire un Guantanamo virtuel - et de produire des films à partir de cet univers “virtuel”, dont le but est d’approcher et de ressentir une réalité rendue inacessible. Les utilisateurs peuvent se créer un avatar sur Second Life qui sera ensuite enlevé, puis emmené dans une reconstitution de Guanatamo (produite à partir de plans et de photos bien réels) pour y vivre, à la première personne, la “vraie” vie des détenus.

D’autres dispositifs complètent l’expérience. La visite du plan déclenche des séquences vidéos, parmi les rares qui viennent du Camp Delta. D’autres dispositifs d’interaction permettent de s’informer sur les (nombreux) droits humains et internationaux que Guantanamo viole, décrivent quelques situations individuelles de détenus, simulent des échanges avec des gardiens ou restituent les débats parlementaires relatifs à la fermeture (toujours repoussée du Camp Delta.

Un autre projet, The IPSSRESS File (voir la vidéo), se fonde sur les minutes, publiées en vertu du Freedom of Information Act, de l’interrogatoire d’un détenu dont l’administration Bush elle-même a reconnu qu’il avait été torturé. Le spectateur se retrouve dans la situation de la victime - même si les deux chercheuses ont choisi de ne pas montrer d’actes de torture. Cette fois, le dispositif utilise un casque de réalité virtuelle au travers duquel on se trouve projeté dans la salle d’interrogation, plié dans la position semi-accroupie dans laquelle les détenus étaient contraints de rester des heures durant. On entend un interrogatoire dans la salle d’à côté, et on peut supposer qu’il est violent… “On peut lire dans le journal que les prisonniers sont maintenus dans les positions les plus inconfortables, mais quand on voit son visage au-dessus d’un corps installé dans cette position, quand on entend ce qu’entendent les détenus, on comprend vraiment ce dont il s’agit”, explique Nonny.

Enfin, le projet Walljumpers prend la forme d’un “jeu triste”, dans lequel on joue à franchir les murs qui marquent un nombre croissant de frontières du monde - sans toujours y parvenir. A nouveau, des informations, des cartes, des photos, donnent accès à de l’information journalistique et historique.

Augmenter la ville, à grande échelle

Antonio Camara d’Y Dreams présentait ensuite le projet de réalité augmentée de l’estuaire du Tage (Lisbonne, Portugal). L’estuaire du Tage est le plus vaste estuaire d’Europe. Son entreprise se spécialise depuis longtemps sur la réalité augmentée en organisant des visites virtuelles de bâtiments modélisés en 3D - mais c’est déjà hier, pour lui. ils ont ensuite associé des objets imaginaires, créés par les gens, que l’on pouvait ensuite “voir” dans l’espace de l’estuaire. Mais leur projet allait plus loin : il s’agissait d’une part de mettre les gens en relation et d’autre part, de rendre visibles les interactions entre les gens. Par ailleurs, des artistes ont été appelés à créer des oeuvres virtuelles, visibles dans l’espace au travers de dispositifs de réalité augmentée.

Enfin, l’équipe d’Y Dreams voudrait enfin transformer l’estuaire en scène : en faire un immense écran sur lequel on peut projeter des images et des informations, en interagissant avec les bâtiments, les ponts, les bateaux qui passent. Le futur de la réalité augmentée est la très grande échelle.

Malheureusement, le site de Y Dreams ne montre pas tout cela. Mais il vaut la visite pour la richesse et la diversité des applications de réalité augmentée qu’il présente.

Alors en attendant, vous pouvez tester leur application Twitter de réalité augmentée !

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