Dans “web des objets”, c’est l’objet qui compte
Dans l’atelier “Web of Things” de PICNIC, qu’organisait Vlad Trifa de SAP, Jean-Louis Fréchin et Uros Petrovsky de NoDesign ont présenté leurs objets “intelligents” et poétiques à la fois, que nous connaissons bien, mais que l’audience internationale de PICNIC découvrait. Et que vous devriez découvrir aussi, si ce n’est encore fait.
Les banalités marketeuses produisent-elles des produits vraiment neufs ?
German Leon, designer d’interaction chez Vodafone, s’intéresse au “prototypage d’expériences” - et plus, dit-il, aux produits. La valeur d’un produit réside dans les services qu’il fournit et ces services ont une dimension numérique majeure : c’est, pour German, le sens de la fusion du numérique et du physique. Les “gens de l’âge internet” vivent dans un monde d’abondance, ils attendent des produits et des services “holistiques”, simples et complets. Ils considèrent le cycle de vie entier d’un produit, et sa place dans leur propre cycle de vie. Ils pensent “écosystème”. Note personnelle : En 5 mn, toutes les banalités à la mode sont énoncées. Elles ne sont pas toutes fausses, sans doute, mais en descendant dans la rue et en regardant autour de soi, il est difficile de penser que le monde ressemble à l’histoire que se raconte la petite communauté des jetsetteurs du marketing à l’ère numérique.
Bref… une expérience, ça s’expérimente. On ne la designe pas sans la prototyper. Il faut penser le “cycle de vie de l’expérience utilisateur”. On pense produit, les services associés, les conséquences sur le réseau, l’accès au produit, les tarifs… Les milliers d’entreprises et de designers qui ne prototypaient jamais rien écarquilleront les yeux…
Bon, quoi de neuf ? Un produit Vodafone : 360 (pour “360 °”), ou “Now+”, lancé aujourd’hui même. L’objectif est de “donner accès à l’ensemble de ses formes de communication pour toute la vie”. On a un téléphone qui permet de mener des conversations à plusieurs ; de retrouver l’état d’une conversation (orale ou écrite) même plusieurs mois après ; d’établir avec certaines personnes des communications permanentes ; de cartographier son réseau social… Plus classiquement, on y trouve l’accès à tous ses profils sociaux, ses comptes FlickR ou Youtube, on peut repérer géographiquement ses amis, on s’interface à Twitter pour savoir ce qu’ils font à un moment donné…
Il a fallu créer de toutes pièces un téléphone, en collaboration avec le fabricant de puces graphiques nVidia.
Vers “l’arbre informationnel”, le vrai !
Matt Cottam de Tellart revient lui aussi sur l’objet comme coeur de l‘“internet des objets”, mais par le biais des matériaux. Il parle matière, sens, imperfections, il évoque la beauté des objets usés et patinés… Comment reproduire cela dans des objets modernes ou même, sans le reproduire, donner le temps à la patine d’apparaître ? On peut déjà accélérer la patine sans la singer. Matt a par exemple utiliser une machine à découpe laser pour griffer et déchirer du papier. Ensuite il a conçu des sièges personnalisables à partir des mêmes machines. Puis il est passé au bois ; le laser peut également produire des brûlures sur des blocs de bois ; puis il a inséré des puces dans des objets de liège, recouverts de bois plus dur, pour produire par exemple des pavés tactiles en bois… D’autres blocs de bois assemblables reçoivent une carte Arduino et des capteurs, et réagissent de certaines manières quand on les assemble.
L’avantage de ces matériaux est… qu’ils se salissent vite, donc qu’ils donnent vite le sentiment d’avoir eu une vie. Que le sentiment qu’ils donnent au toucher, ou en glissant (mal), n’a rien à voir avec l’expérience du plastique ou du métal qui fait nos objets électroniques. Qu’ils sont aussi bien plus faciles à bricoler soi-même, à partir de blocs et de planches.
Une autre idée issue d’ateliers organisés autour du lien entre le bois et le numérique consiste graver des historiques d’activité sur le web, et peut-être marier l’histoire de l’objet (sa patine) et celle de son (ou ses) utilisateur(s).
Matt a ensuite inventé des “love objects”, de beaux morceaux de bois qui s’assemblent, dans lesquels il a ensuite inséré des cartes de communication et des aimants. Les objets développent des comportements propres selon qu’ils se rapprochent ou s’éloignent : ils deviennent bruyants ou silencieux, ils vibrent… Matt et son épouse en avaient chacun un, chacun avec des traitements de surface différents ; elle dessinait dessus, ou écrivat des petits messages ; lui le glissait dans son sac où il se rayait… deux objets relationnels vivant des histoires différentes, gravées dans leur matière d’une manière inaccessible au plus beau des téléphones…
Et au-delà ? Matt invente des “arbres électroniques”, des vrais arbres qui poussent, arrosés de temps en temps avec de l’encre conductrice. Au bout de quelque temps, l’arbre devient de fait conducteur, il se transforme par exemple en antenne.
Info ou intox ? Ca n’a aucune importance : il y a dans une telle intervention matière à des mois de réflexion et de digressions.
Computational Wood from Tellart on Vimeo.
Usman Haque, Pachube et le web des capteurs
Designer, Usman vient de créer l’entreprise Connected Environments, dont le premier produit est Pachube, qui cherche à raccorder massivement des environnements de données numériques et physiques (capteurs). Pachube se présente comme un “courtier de données temps réels”. Bien sûr, il existe déjà des systèmes pour raccorder quelques grands réseaux de capteurs, mais Pachube s’adresse à tous les acteurs, y compris ceux qui n’installent que quelques capteurs, aux créateurs, etc. Tout appareil ou espace connecté peut être représenté dans Pachube, mais aussi tout producteur de données purement numérique. Pachube repose sur les protocoles du web, on peut créer des fils RSS d’objets par exemple. On s’en sert pour gérer des bâtiments, mais aussi pour comparer les performances énergétiques de différents immeubles. Une autre application active par exepple un objet physique quand un de vos amis se connecte sur Messenger.
Pachube partage des environnements de capteurs. Son bénéfice est de permettre d’échanger des “métadonnées” sur les données produites par les capteurs - des métadonnées qui sont en fait d’autres données de capteurs, ou encore des données passées. Il fonctionne aussi comme une plate-forme de médiation, qui permet à un capteur de n’échanger qu’avec une plate-forme, tout en mettant ses données à disposition d’un nombre illimité d’utilisateurs, ou encore, qui permet à plusieurs acteurs autorisés de piloter un objet communiquant en passant pas un seul canal, par lequel des questions de priorité et de gouvernance peuvent aussi se traiter.
Pachube cherche aussi à se raccorder aux protocoles industriels, par exemple ceux des “immeubles intelligents”.
La plupart des systèmes M2M se focalisent sur la sécurité ; Pachube part du principe que les données sont partagées, et inclut plus tard des contraintes de sécurité et de vie privée.
Pachube aurait déjà plusieurs milliers d’utilisateurs. L’essentiel des usages porte sur l’environnement, l’énergie et le logement. Mais on trouve aussi des usages en matière de transports ou d’agriculture. l’un des projets, proche de la Montre Verte, vise à “permettre à n’importe quel citoyen de construire son propre réseau de mesure environnementale”. Nous échangerons ce soir même avec Usman, qui intervenait déjà à Lift France en juin 2009.
Une application iPhone est en création qui permet “de suivre n’importe quel flux de donnnées”.
Timo Arnal : designer pour les puces RFID
Il y a une sorte de désillusion vis-à-vis des puces RFID, à la mesure des promesses faites ces dernières années : la RFID allait révolutionner la logistique, le marketing, la sécurité… Elle n’a rien fait de tel, malgré quelques réussites, mais en revanche, elle s’est répandue à toute vitesse dans la vie quotidienne, pour des usages infiniment plus basiques. C’est précisément ce qui intéresse le designer Timo Arnal (qui intervenait également à Lift France, sur le même sujet - donc je vous renvoie pour l’essentiel à l’article écrit en juin).
Timo rassemble en quelque sorte les morceaux de la session : les objets et l’expérience sensible et fonctionnelle, immédiate et tangible, qu’ils procurent - ce qui suppose souvent d’oublier l’écran ; la valeur de la connexion, qui doit devenir plus claire, plus focalisée - Timo évoque une radio internet qui rend également sensible le nombre de gens qui écoutent chaque station ; et dans la relation de plus long terme avec l’objet, la visualisation des données que produit l’objet ou des flux de données dans lesquels il s’inscrit - en quelque sorte, le lien entre l’expérience personnelle de l’objet et sa place dans un ensemble plus large.
Timo illustre son schéma par quelques exemples. S’agissant du Nabaztag, Timo loue la qualité du design de l’objet, mais considère qu’en revanche, l’attention portée à la valeur de la connexion et au retour sur le fonctionnement de l’objet n’a pas été aussi poussée. En revanche, le partenariat entre Apple et Nike (Nike+iPod) équilibre bien les trois termes : l’objet, bien sûr, mais aussi la valeur de la connexion (enregistrer ses performances, se comparer aux autres) et la réflexivité (conserver un historique, se comparer à des valeurs moyennes, disposer d’outils pour monter ses propres applications.









