Fing
24/09/2009

Les jeux auxquels les gens jouent

Pour Alice Taylor de Channel 4 Education, la moitié du temps de loisir des jeunes se passe à jouer. Pourquoi ? Parce qu’ils aiment jouer, parce que les jeux leurs permettent d’apprendre n’importe quoi, qu’ils ne sont l’école, et parce qu’ils ne cessent d’évoluer. Channel 4 Education a du comprendre cette transformation : le temps passé devant la télé est largement devenu un temps passé à jouer. Channel 4 Education est donc devenu un media pour les natifs de l’internet plutôt qu’une chaîne d’éducation et est devenu une plateforme qui propose et développe de nombreux jeux (Bow Street Runner, Routes…).

Kevin Slavin d’AreaCode n’en avait pas fini hier. En session plénière, il est revenu pour prolonger son exposé et nous interroger sur la manière dont on joue. “La façon dont nous jouons a changé radicalement”. Mais on a tendance à plus regarder ce à quoi on joue que comment on joue ou ce à quoi on ressemble quand on joue. Or, il y a une grande variété de manières de jouer, et c’est en les regardant, en les comprenant qu’on arrivera à faire des jeux adaptés aux besoins des gens.

On construit des jeux comme une maison de poupée dans une cage de verre, des jeux qu’on regarde de l’extérieur, comme si on les regardait de l’espace… Mais le jeu n’est pas une maison de poupée dans une cage de verre. On veut jouer, manipuler, construire avec…

Longtemps, pour s’amuser, comme le rappelle les traditions de Carnaval, les gens descendaient dans la rue. Force est de reconnaître que ces traditions disparaissent, pourtant, les jeux doivent nous impliquer, socialement, dans l’espace public physique. Jouer à un jeu, aujourd’hui, c’est bouger, c’est courrir dans la ville poursuivit par quelque chose d’invisible. Les jeux se sont echappés des maisons des gens, ne sont plus des activités solitaires (pour autant qu’ils l’aient été).

Les jeux créent des expériences synchronisées. Des expériences synchronisées qui disparaissent de plus en plus de l’univers fragmenté des médias, explique Kevin Slavin en s’appuyant sur des graphiques de la fréquence de l’utilisation d’autres médias quand on regarde la télé par âge ou sur des graphiques qui montrent que notre assiduité aux grands messes télévisuelles s’amoindrit. Nous avons des expériences de plus en plus personnelles des médias. Or, la force des jeux, est de proposer la même expérience au même moment et c’est cela qui en fait la magie.

Conservons l’alchimie, faisons des choses spéciales. Comme quand nous étions fasciné par les premiers jeux télés. C’est cette voix qu’il faut creuser, explique Kevin Slavin. Apportons aux gens des plateformes de jeux qu’ils peuvent s’approprier et utiliser pour avoir une autre expérience du monde qui est le leur.

Sa collègue Kati London, présentant les multiples réalisation d’AreaCode, ne dit pas autre chose : “nous devons concevoir des jeux avec des ordinateurs à l’intérieur. Pas l’inverse.”

Pour Dan Hon de Sixt to Start, les développeurs doivent construire de nouvelles expériences pour un monde connecté, qui ne soit ni de la télé, ni de la musique ou du texte, mais quelque chose d’autre à destination d’une audience connectée dans le temps, l’espace et par les médias. Le StoryTelling ne consiste pas seulement à écrire des mots sur des feuilles de papier, mais à redéfinir la manière dont on raconte des histoires, comme le montre certains de leurs projets comme We Tell stories réalisé avec Penguin Books, SmokeScreenGame réalisé avec Channel 4 Education ou The Shadow War réalisé pour la série télévisée Young Bond, sur la jeunesse de James Bond, visant à faire de chaque joueur un agent secret. Tout le but est d’éduquer en faisant, plutôt qu’en montrant ou en racontant.

Pour Matt Adams de Blast Theory, si les jeux sont amusant, prennent du temps, nous impliquent… La question reste de savoir s’ils sont suffisamment culturellement sophistiqués, à l’image de YouGetMe, un jeu basé sur la conversation, autour du rôle de la médiation, permettant de séparer deux lieux dans Londres séparés géographiquement mais plus encore culturellement.