Philippe Lemoine : et maintenant, que faire ?
Il n’est pas facile, après deux jours de conférences aussi denses de dresser des pistes pour l’action, reconnait Philippe Lemoine, président de la Fing.
Sur la thématique “Changer les objets”, on devrait se poser la question du moment où l’on va passer du bouillonnement expérimental à celui de grands projets autour des pistes qu’ouvrent ces technologies. Comment relier cette thématique à l’énorme besoin à répondre aux 3 milliards de personnes qui gagnent moins de 2 dollars par jour ? Que peut-on faire de pertinent avec ces technologies, comme quand on a transformé les téléphones mobiles en Afrique pour en faire des instruments de paiement… ? Listons les objets utiles que l’on pourrait produire avec ces approches : lunettes, prothèses, habillement, mousticaires… Comment pourrait-on produire des produits à 20 centimes ! Quelles structures, quels modes de financement (la microfinance) pourrait se gréver sur ces projets ? Comment faire déboucher la transformation des objets en quelque chose d’utile et au prix qui permette d’accéder à la base de la pyramide de la population, sans concurrencer l’artisanat local.
Changer l’innovation ? On est dans le domaine des ruptures. Mais il y a des logiques très différentes (entre les nano, les micro et les giga entreprises et champs d’applications). Les axes ont aujourd’hui une valeur d’innovation et de régression assez forte. Les systèmes propriétaires reviennent en force. On est obligé de travailler pour Apple, pour Google… Mais comment être dans une économie de l’innovation sans qu’il soit dans la main de propriétaires - même s’ils sont souvent des véhicules performants et fonctionnels - ?
Changer la planète ? Thème ambitieux. Ce n’est pas la planète qu’il faut changer, mais les hommes nous a-t-on répété. Les réalités ne sont pas les mêmes, culturellement. Comment organiser la diversité géographique (au moins) des points de vue qui existent à travers le monde ? Le Forum d’Action Modernité que Philippe Lemoine anime soutien un projet sur la métamorphose du monde avec Edgar Morin, et comment les différentes crises (écologique, économique, éducative) sont pensées différemment sur les 5 continents… Voilà un défi dans lequel on a besoin d’introduire des leviers technologiques.
Et Philippe Lemoine de constater comme fil à tous nos débats, l’omniprésence d’une valorisation de la vie en tant que telle. “Une chose est juste quand elle tant à préserver l’intégrité, la beauté et la diversité de la biosphère” disait un intervenant. Quelle est la “politique” de la vie ? Qu’est-ce que fait, qu’est-ce que veut dire que ce référentiel de plus en plus grand à la “valeur vie”, comme le rappelle l’exposition au Louvre sur les portes du ciel… Il y a un lien entre la pratique de la violence et de la mort et celle qui nous fait de plus en plus nous intéresser à la vie.
Est-ce que cela fait tellement rupture, avec le référenciel de l’économie et la création de valeurs ? La création de valeur, ethymologiquement, c’est la création des forces de vies. Y’a-t-il un rapport entre cette finalité de valeur économique et celle de la vie ?
Enfin, y’a-t-il un rapport dans ces questions de vie et de mort, toujours plus vives, avec le référentiel de l’informatique et des automates, qui est une problématique de mort de l’homme, remplacé par des machines ?







