Fing
20/06/2009

Innover avec les non-innovateurs

Comment (et pourquoi) innover avec ceux qui n’y connaissent rien, ne s’y intéressent pas, n’en ont ni les outils, ni les moyens ? Catherine Fieschi s’intéresse depuis des années au fait que la maîtrise des nouvelles technologies peut changer, et améliorer, la vie des gens, et leur environnement.

Après avoir dirigé Demos, think tank britannique spécialisé dans l’innovation sociale, elle travaille aujourdhui au Counterpoint, le think tank du British Council, une institution créée il y a tout juste 75 ans, forte de 7000 personnes et présente dans 110 pays, et qu’elle essaie également de faire bouger de l’intérieur.

Consciente de travailler “avec des gens qui ne sont pas particulièrement fans d’innovation”, elle ne cache pas que, et au sein même de son institution, “il y a des résistances, ou plutôt des réticences, de la méfiance, de la suspicion, parce que les nouvelles technologies engendrent de nouvelles hiérarchies”, et beaucoup de clichés.

Ainsi, il est important de casser le mythe de la complexité, celui du coût et de l’accessibilité, aussi : trop de gens pensent que l’utilisation de l’internet serait une lubbie de “”nerds asociaux et friqués, omettant le développement fulgurant des téléphones portables dans les pays émergents (voir Les pays pauvres réinventent le SMS, et l’avenir des mobiles), ou encore les nombreux exemples d’appropriation du réseau par des gens que, a priori, on imagine exclu de ce type de réseaux et de technologies (voir Dans la rue et sur Facebook : sans-abri mais branché sur le Web).

Le British Council parie sur un principe : on vit mieux en communauté, et encore mieux quand on la fait évoluer. Et pour cela, il utilise la langue, l’art, pour créer des réseaux entre les gens qui, sinon, n’existeraient pas : “Nous commençons tous à voir ce qui se passe dans les bidonvilles comme de formidables laboratoires d’innovation”.

Catherine Fieschi cite ainsi ces mamies britanniques qui racontent des histoires, via Skype, à des enfants de bidonvilles indiens. Non seulement l’accent british recommence à y être entendu, et les enfants bénéficient d’un soutien scolaire, et d’une ouverture au monde, qu’ils n’auraient jamais pu avoir sans l’internet, mais les mamies britanniques, de leur côté, apprennent et recevoir elles aussi énormément dans ce partage.

Evoquant également une association qui, en Argentine, contribue à l’amélioration de la vie démocratique, via des prises de parole blogguées, ou encore ce réseau de chercheurs arabes qui parvient à sortir des carcans qui sont notamment imposées aux femmes de certains pays musulmans, Catherine Fieschi souligne que ces expériences ont toutes en commun d’être utiles, de proposer une expérience partagée dans l’espace et dans le temps, d’améliorer la vie des gens, et de les “reconnecter” à la vie de la cité.

Nous nous changeons également nous-même, et encourageons d’autres à changer pour nous changer nous-même, afin de développer notre propre confiance”. Car pour beaucoup, notamment dans les pays développés, le problème est aussi de parvenir à faire confiance aux autres, à ceux qu’on ne voit pas forcément, qui sont de l’autre côté du monde… ou de l’écran.