Marc Giget, Cnam : Il n'y a que des innovations ouvertes !
Qu’est-ce que l’innovation ?, nous demande, ambitieux, Marc Giget, responsable des mardis de l’innovation au Cnam. Il y a beaucoup de définition car il y a beaucoup de dimensions à prendre en compte (anthropologique, sociologique…)… L’innovation, c’est “intégrer l’état de l’art des connaissances dans une production créative pour nous permettre d’améliorer la condition humaine”. Il y bien deux parts dans l’innovation : d’un côté la technologie et la connaissance, de l’autre les humains, leurs rêves et la vie réelle. Mais ce n’est pas si simple de faire entrer la technologie dans la vie réelle, de passer d’une logique techno à une logique psycho et socio, dit-il en jouant sur les mots. De passer du concret aux rêves.
Il y a 10 millions de chercheurs en R&D dans le monde, 15 000 articles scientitifques publiés par jours, 1 million de brevets déposés en 2008 et 7 millions de brevets actifs dans le monde, rappelle-t-il pour prendre la mesure de l’innovation. D’un autre côté, nos sociétés se transforment rapidement : outre le changement climatique, nous avons aussi des besoins nouveaux, des connaissances nouvelles…
Les vagues d’innovation ont été nombreuses dans l’histoire (le temps de cathédrales, la Renaissance, la révolution industrielle et l’époque actuelle du net pour n’en citer que quelques-unes). Chaque vague commence par une révolution technologique et scientifique. La Renaissance par exemple est certainement le premier moment d’innovation ouverte en Europe. Un temps qui invente l’humanisme, les brevets, le capital risque et le design… Quatre des caractéristiques de l’innovation. “L’homme devient la mesure de toutes choses”. La révolution du net remet également l’homme au coeur du processus. Le design émerge à nouveau comme méthode pour organiser cette nouvelle vague d’innovation.
Quand on parle d’innovation aujourd’hui, l’ouverture est importante. Pour Schumpeter, nous assistons à une destruction créative. Mais les temps d’innovation sont toujours des temps d’ouverture. “L’innovation est ouverte par nature car elle a pour but d’ouvrir le système.” Ainsi aujourd’hui se multiplient les slogans de l’ouverture : Open Everything ! Que peut-être une innovation ouverte si elle n’est pas un truisme ? Est-ce seulement une innovation collective comme le logiciel open source ?
Si l’on se réfère au dessin de Von Hippel, l’innovation ressemble à un étrange entonnoir. Mais un entonnoir n’est pas le meilleur moyen pour comprendre le monde, s’amuse Marc Giget. Il y a un probème à penser l’innovation comme une relation linéaire entre technique, clients, applications et marchés. On nous montre souvent le processus d’innovation comme quelque chose de linéaire, de planifiable comme l’a montré l’un des premiers schéma de l’innovation publié par l’armée américaine. Un nouveau produit doit produire des “killer app”, des applications tueuses. Le vocabulaire guerrier est toujours là… Ces représentations traduisent surtout l’effort desespéré de nos vieux leaders à s’adapter à la nouveauté et au changement.
Or, quand on regarde les vagues sur la longue durée, on se rend compte que l’ouverture de la technologie est tojours nécessaire. D’autant que les innovateurs, les nouveaux entrants, arrivent souvent sans clients, sans marché. L’iPod est né dans un monde où il n’y avait pas de musique disponible dans le format adéquat, ni acheteurs pour ce produit. L’innovation n’est pas linéaire : elle s’interpénètre entre la techno, la société, la sicence et le monde des affaires. Le marché n’est qu’un résultat !
Aujourd’hui, les technologies sont de plus en plus accessibles, la science également… Le monde réel, n’est pas constitué de cibles ou de marchés ou de champs d’applications, mais d’hommes. Les hommes sont au début et à la fin de l’innovation. Ils l’alimentent par leurs rêves, car, comme disait Einstein, l’immagination est plus importante que la science. Le but est de comprendre les gens, de les respecter, de connaitre leurs pratiques et d’améliorer les relations qu’ils ont entre eux. La valeur se fait au contact des gens. Et les innovations de valeur sont celles qui font la synthèse créative de notre époque (comme la cornée artificielle, le coeur artificiel, la Wii…).
Nous vivons une époque idéale pour les petites équipes. C’est l’époque de la “Do it yourself innovation”. Tout le monde peut innover, être au centre du système, comme l’équipe de la Venturi, les promoteurs de cette voiture électrique révolutionnaire qui a commencé autour de 7 personnes. Aujourd’hui, tout le monde peut-être au centre du système !







