PICNIC 2010 : Jeff Jarvis et le futur des médias
C’est quoi le journalisme ?, demande le Global Reporting Room, un projet qui entend “mobiliser des experts des anciens et des nouveaux médias pour mettre en perspective la valeur du journalisme pour les individus, les territoires, les Etats, la société et la culture”. Quelques vidéos introduisent la session sur “le futur du journalisme” de PICNIC - et elles ne disent pas grand-chose…
Mais l’après-midi commence vraiment avec la star : Jeff Jarvis, qui nous parle des nouvelles formes, nouvelles structures et nouvelles opportunités pour les médias.
Il y a du contenu partout. Les journalistes ne décident plus de ce qui est du contenu ou ne l’est pas. En exploitant les tweets, on peut mieux prédire le succès d’un film qu’en lisant la presse (mais depuis quand est-ce le métier de la presse de prédire le succès ?? - Ndlr).
L’information comme processus
L’information est un processus, pas un produit. Elle n’a pas de début ni de fin. L‘“histoire”, l’article, la mobilisation médiatique, n’est qu’un moment de ce processus. Wikipedia donne un aperçu de la connaissance du moment sur le sujet. Les liens pointent vers des ressources. Les blogs la commentent et la transforment… L’article est une page, et tout autour existe un flux d’informations et de discussions. L’information comme “produit” est le résultat d’un dispositif donné de production et de distribution, propriété d’un petit nombre d’entreprises, standardisé et descendant. Son standard est la perfection.
L’information comme processus s’ouvre à l’interprétation, elle se rend transparente. Elle appelle des apports extérieurs. Elle indique ce qu’elle ignore et aimerait savoir. Elle est rendue possible par des liens et elle constitue des réseaux autour d’elle. Elle se satisfait pleinement de contributions imparfaites, dès lors qu’elles se présentent comme telles.
Cette transformation franchit un nouveau cap avec les mobiles, locaux et personnels. Qu’est-ce, qui est autour de moi maintenant ? Que savons-nous de cet endroit, quelles données produit-il ? Qui parmi mes connaissances a quelque chose à dire à son propos ? Et si j’y conviais quelqu’un d’autre ?… Les médias n’ont aujourd’hui aucune compétence pour répondre à de telles questions.
Nouvelle structure
Cette transformation transforme la structure du secteur des médias. Les médias étaient des marques qui découvraient et filtraient l’information pour notre compte. Puis est venu Google. Puis les réseaux sociaux. Google produit 4 milliards de clics vers des médias ; bit.ly, l’abréviateur d’adresses web lié à Tiwtter, en produit tout autant (mais pas forcément vers des médias;..) depuis quelque temps !
Aujourd’hui la marque des médias ne constitue plus le début d’une recherche, mais son aboutissement - éventuel - d’une recherche ou d’une conversation. Cela change tout. Le défi central est celui de la capacité à impliquer les individus. Il ne s’agit pas de “créer des communautés”, mais de les aider à faire ce qu’elles veulent accomplir, par exemple en les aidant à organiser leur information.
Nouvelle économie
On passe de “l’économie de l’encre” à “l’économie de l’ancre” (traduction libre de “from the ink economy to the link economy” - Ndlr). Une information doit être cherchable pour pouvoir être trouvée. Dans une telle économie, on se focalise sur ce qu’on fait le mieux et on lie vers le reste - pour que sa contribution arrive en tête des recherches et des recommandations. Cela produit une nouvelle efficience, une nouvelle économie de l’Information.
Cette économie est distribuée. “Si une nouvelle est vraiment importante, elle me trouvera !” Il faut créer un réseau de sites que l’on aide à grandir et à obtenir, par exemple, de la publicité, pour grandir soi-même. Un tel réseau fonctionne comme un écosystème qu’on ne possède pas. On y contribue sans attendre un retour suite à chaque contribution.
Nouvelles opportunités
Dans le projet News Innovation, au sein de l’école de journalisme de l’Université de New York, Jarvis explore ces nouvelles opportunités. A nous allons d’aller y voir…
Pensons à l’internet comme un espace public, nous demande-t-il. Le contre-exemple est le débat germanique sur le droit à demander la pixellisation d’un immeuble sur Google StreetMap (Verpixelungsrecht)…
Nous disposons de cet extraordinaire outil de “publicitude” (publicness). Nous devons le défendre.
Et Jarvis de proposer sa “charte des droits dans le cyberespace” :
Nous avons un droit :
- de nous interconnecter ;
- de parler (et dans notre langue) ;
- de nous assembler ;
- d’agir ;
- de contrôler nos données ;
- de contrôler notre identité.
Ce qui est public est un bien public.
Tous les bits naissent égaux.
L’internet sera ouvert.
… Ce qui, effet de manche mis à part, ne nous mène pas bien loin… A chaque phrase on a envie de répondre : oui, mais ça veut dire quoi concrètement ? A quoi le proclamer est-il utile ? Et au final, ça dit quoi de l’avenir des médias ? Ce qui, au fond, signale la limite de cette intervention, peut-être pour manque de temps : l’analyse des changements est intéressante, mais les pistes de réponse sont pour le moins floues. Peut-être pour le prochain livre de Jarvis, visiblement sous presse ?









