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23/09/2010

PICNIC 2010 : Changer de paradigme dans la manière de voir l’urbanisation

L’architecte Reinier de Graaf, associé de Rem Koolhas dans le cabinet OMA, nous engage dans une vaste perspective urbaine à l’échelle mondiale.

Les villes grandissent, on le sait. Surtout dans les pays en développement. Mais la croissance démographique dans le tiers-monde ne produit pas nécessairement de la croissance économique - alors que les villes occidentales forment le coeur de sa croissance. Dans la plupart des cas, les pays où les villes se développent le plus rapidement ne sont pas non plus démocratiques, ce qui a le plus souvent pour conséquence que leur croissance n’a pas à s’embarrasser de préoccupations sociales.

La croissance actuelle des villes prend place dans un vide de pensée. La pensée de l’urbanisation date pour l’essentielle des années 1970. Elle est aujourd’hui remplacée par des “visions”, issues de groupes de travail réunis par les autorités locales avec une seule mission, assurer leur développement économique. Ces groupes sont animés par des consultants internationaux plutôt que des urbanistes, qui imposent sur leur développement des critères et des indices de mesure qui n’ont pas grand-chose à voir avec les cultures et les enjeux locaux.

Ces “visions” conduisent souvent à fonder le développement d’une ville sur quelques activités économiques à la mode - on pense à la vogue de “l’économie créative” aujourd’hui. De Graaf nous emmène alors à Detroit, montrée en exemple dans les années 1950, et qui, à cause de la crise de l’automobile, a perdu les deux tiers de ses habitants, particulièrement les jeunes. Même aventure pour Essen en Allemagne.

Les villes occidentales font face à plusieurs défis : le déclin industriel, le vieillissement. Les seules villes industrielles qui croissent, comme Birmingham, le feront grâce à l’immigration. En 2030, la population de Birmingham ressemblera à celle du monde entier, en termes d’origines continentales, de religion, et de culture.

Chaque année, 2 à 3 millions de personnes émigrent officiellement, et autant le font de manière illégale - en général vers les pays les plus développés. C’est une vague irrépressible, que nous vivons comme un problème (et que, du coup, les migrants vivent comme un drame, compte tenu du coût, des difficultés, voire des dangers du voyage). Pourtant, ils sont la chance des vieilles villes européennes. Au bout du compte, les villes deviendront des reproductions miniature du monde. Plus nous attendrons avant de l’admettre et de le vouloir, plus nous nourrirons la frustration du tiers monde.