Ce que nous réserve le web d’ici 2050 par NoWhereElse, via Loïc Hay. A compléter par l’analyse de Christophe Deschamps sur Outils Froids.
Sharedrobotics explore l’histoire des robots par une flashapp plutôt soignée.
e-gov vs. we-gov : collaboration ou conflit ?
Aperçu de quelques présentations à l’occasion de la première édition Personal Democracy Forum Europe qui se tient à Barcelone ces 20 et 21 novembre 2009.
Deux façons de faire de la politique électronique s’opposent - et se combinent à la fois. Celle de la gouvernance électronique qui repose sur les outils dont disposent les autorités pour s’adresser au citoyens et vice-versa, et celle de la collaboration des citoyens entre eux. Une vision top-down et l’autre bottom-up. L’une serait plutôt européenne et l’autre plutôt américaine. Sont-elles réconciliables ?
Le 2.0 ne réussit pas partout
Pour le journaliste et universitaire Matthew Fraser (blog), nous avons besoin de mieux conceptualiser les problèmes. Certes, entre le modèle américain et européen, les dynamiques collaboratives ne sont pas les mêmes, mais c’est aussi parce que les sociétés ne sont pas les mêmes : alors que l’Amérique propose un modèle assez égalitaire, en Europe, la centralisation est bien plus présente.
Mais peut-être qu’il faut chercher ailleurs les raisons de cette différence de conception. Pour Matthew Fraser, comme il l’explique d’ailleurs plus en détail sur son blog, l’élan social du web 2.0 a surtout réussit dans sa dimension marketing. Les 5 millions d’amis d’Obama sur Facebook ne sont pas là pour faire de la collaboration, ils sont là pour promouvoir la marque Obama.
La transposition du web 2.0 dans le monde de l’entreprise, où ces outils étaient sensé transformer le management, a moins bien fonctionné. D’un coup, il n’était pas si simple de faire collaborer les employés entre eux, d’autant que leurs supérieurs n’étaient pas tous disposés à voir leur autorité contestée par la base. Les évangélistes de l’entreprise 2.0 ont rencontré des résistances institutionnelles dans les entreprises et la mise en oeuvre d’un management par le changement s’est révélé plus difficile à réussir que de faire des campagnes vidéos virales sur YouTube.
Les méthodes 2.0 appliqués au autorités publiques connaissent encore moins de succès que dans les entreprises. Bureaucrates et politiciens ont une vision de la relation aux citoyens très verticale. Ici, plus encore que dans l’entreprise, changer le centre du pouvoir, transformer les relations entre les autorités et les citoyens, est problématique. Les coopérations ne sont pas faciles, hormis peut-être dans le local concède-t-il en faisant référence à la plupart des réalisations collaboratives réussies comme FixMyStreet ou d’autres processus d’innovation social.
Comme il l’explique sur son blog, on peut en conclure qu’il y a une opposition philosophique entre les évangélistes du 2.0, qui croient en la capacité humaine à agir de manière rationnelle et à collaborer pour atteindre des objectifs communs, et les tenants de méthodes verticales qui croient en la nature égoïste de l’homme. Sans compter, qu’il faut ajouter une dimension culturelle à cette dichotomie : la collaboration est ancrée dans les traditions du libéralisme et de l’égalitarisme anglo-américain, alors que l’Europe continentale a été façonnée par des siècles d’institutions autoritaires, notamment en France précise-t-il où la culture bureaucratique et la notion rigide de l’autorité est hostile aux valeurs sociales de la collaboration.
Pour convaincre, le 2.0 devra donc apporter des résultats mesurables et pragmatiques, comme il commence à le faire, en partie, quand il s’applique à la société de la connaissance.
La participation ne demande qu’à se révéler
Le discours de Tiago Peixoto (@participatory, blog) est à l’opposé de celui de Matthew Fraser. Chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence,Tiago Peixoto s’intéresse à “identifier des facteurs qui contribuent à la réussite des politiques visant à renforcer la participation politique”. La participation citoyenne n’est pas nouvelle, rappelle-t-il. “On dit seulement qu’une minorité souhaite participer, mais ce n’est pas vrai ! Les gens ne participent pas, car ils ne pensent pas que cela peut directement les aider !” Pour lui, qui a notamment étudié le fonctionnement des budgets participatifs à Belo Horizonte au Brésil et à La Plata en Argentine, la participation ne demande qu’à se révéler.
Jusqu’en 2004, le niveau de participation dans les budgets participatifs à Belo Horizonte stagnait aux alentours de 1,5 % des électeurs, nécessitant leur présence à des réunions physiques. Après avoir en 2006 lancé des budgets participatifs électroniques dotés d’un montant pourtant plus faible, c’est quelque 10 % des électeurs qui ont pris part au processus… (comme il l’explique plus en détail dans un article à la page 23 de ce document (.pdf)).
La participation n’est pas un concept très rock’n roll reconnaît-il modestement, et il ne faut pas le mesurer uniquement par le nombre de personnes qui s’y agrège. Il faut aussi mesurer les non-participants qui supportent malgré tout la cause.
Certes, peu d’initiatives citoyennes parviennent à ce niveau d’engagement, mais si vous donnez au citoyen les moyens de s’impliquer, si vous prenez en compte leur participation d’une manière effective, alors peut-être cela changera. L’engagement des citoyens n’est pas facile, mais peut-on ne pas y répondre, ne pas chercher à l’améliorer ?
Les limites technologiques sont souvent avancées comme étant un obstacle, mais ce n’est pas toujours le cas. Les modes de participation traditionnels également ne parviennent pas toujours à mettre en contact les gens entre eux, pour qu’ils décident collectivement. Agréger les préférences, les votes, les avis ne fait pas avancer. Il faut délibérer, débattre. On n’obtient pas le meilleur des citoyens par de simples consultations, juste en leur demandant leur avis. La participation n’est pas un vote. Il faut aller plus loin.
Stimulant !
Réinventer la démocratie à l'heure des réseaux et de la transparence
Aperçu de quelques présentations à l’occasion de la première édition Personal Democracy Forum Europe qui se tient à Barcelone ces 20 et 21 novembre 2009.
Comment commencer à hacker la politique, avec le code, les données, les idées ?
Développer des outils de masse pour tout un chacun
Tom Steinberg, est le directeur de MySociety, une association britannique qui développe des sites web pour améliorer la vie démocratique. Parmis les nombreuses réalisation de MySociety, Tom présente longuement FixMyStreet, un site web permettant aux citoyens de faire part, très simplement, des problèmes locaux, dans leur rue, dans leur quartier qu’ils voudraient bien voir résoudre par leurs élus (véhicules abondonnés, nettoyage, lampadaires défectueux, graffitis…). Tous les signalements sont documentés et agrégés et chacun est adressé par mail, aux services de la municipalité correspondante par le service, libre à eux d’y répondre ou pas. Pour 6500 euros de développement, FixMyStreet a permi de signaler quelques 50 000 problèmes dont la moitié ont été traités et résolus.
Il y a plusieurs façons de faire de la politique et de la démocratie en ligne, rappelle Tom Steinberg. Il n’y a pas que le lobbying, les campagnes électorales ou l’engagement dans les partis politiques qui intéressent les citoyens, il y a aussi et d’abord les problèmes qu’ils rencontrent dans leur quotidien. FixMyStreet adresse des problèmes concrets et publics et les rends visibles, accessibles à tous, transparents. En les rendant visibles, on oblige les autorités à agir.
What do They Know est un autre exemple de site réalisé par MySociety. Les utilisateurs choisissent le service public dont ils attendent une information précise et la leur adresse et le service se charge d’envoyer la requête au service en question. Toute réponse obtenue est publiée afin que chacun puisse en prendre connaissance. On a le droit de demander des informations à nos autorités et ceux-ci ont le devoir de nous répondre (ce qu’ils ne font pas toujours). En portant les demandes en ligne, cela change la manière dont les services publics répondent. “Il ne faut pas tant se battre pour la liberté de l’information que pour développer des services concrets qui vont apporter des réponses”, explique Tom Steinberg. “Le traitement par défaut d’un problème par les autorités est de le considérer comme privé et de le cacher.” Mais c’est en l’adressant publiquement qu’on parvient à le traiter. Le but, explique-t-il, par le biais des démonstrateurs qu’il met en place, n’est pas de créer de nouvelles lois ou de rêver d’une société idéale… “On n’a pas besoin de dynamite pour changer les choses”, explique-t-il en évoquant le site de pétitions adressées au premier ministre britannique qu’il a mis en place. “L’information n’est pas suffisante : l’information a besoin d’actions”, clame l’activiste convaincu et convaincant.
Pour cela, il faut s’intéresser aux besoins des gens. Il faut s’adresser aux gens de la base, car c’est eux qui vont le mieux comprendre vos projets. Nous avons besoin de relations avec eux pour bâtir de bons services. Ce sont les services transparents qui sont les plus efficaces sites démocratiques. Le service est la clef. Faisons juste des services que les gens sauront utiliser.
“Personne ne construit des outils de masse pour les utilisateurs européens, rappelle Tom Steinberg. Pourquoi alors sommes-nous surpris de voir que les gens ne s’intéressent pas à la chose politique en Europe ?”
Favoriser l’auto-organisation
Scott Heiferman est le président et cofondateur de Meet Up, le célèbre service qui permet de créer des réseaux de rencontres sociaux, qui s’organisent en ligne pour se connecter localement. Il y a désormais plus de 30 000 groupes sur MeetUp, qui s’internationalise de plus en plus. Les gens s’auto-organisent pour tout un tas d’action, explique Scott Heiferman : pour faire des rencontres politiques bien sûr, mais pas seulement, désormais ce sont des échanges autour du babysitting ou du bricolage qui marchent le plus. Tout peut-être réinventé par les gens qui s’auto-organisent, s’exclame l’enthousiaste Scott Heiferman. Le but de la démocratie électronique n’est pas que les autorités parlent aux gens ou que les gens parlent plus aux autorités, mais que les gens se parlent plus entre eux.
“L’information ne fait pas tout. La transparence n’est pas assez. L’information a besoin d’action. Notre droit à nous exprimer librement et à accéder à l’information ne sont pas nos seuls droits. Chacun a aussi le droit de s’assembler et de faire libre association”, rappelle-t-il. L’auto-organisation, c’est ce que l’internet permet de mieux, comme le montre Wikipédia, Twitter ou les échanges P2P. Et ce pas seulement en contre, mais aussi de manière positive ou constructive !
Les vertus de la transparence
Ellen Miller est l’une des cofondatrices de la Sunlight Foundation, la célèbre association américaine qui est au coeur du mouvement pour la transparence et qui développe des outils technologiques pour la favoriser et pousser les autorités à l’ouverture.
La transparence n’est pas une panacée pour nos démocraties, car nos démocraties sont compliquées. Mais force est de reconnaître, qu’en tant que citoyens, nous naviguons dans le noir sur la manière dont fonctionnent nos gouvernements, explique Ellen Miller. En ce sens, la technologie est une révolution, explique-t-elle avant de revenir en détail sur l’histoire américaine de ce mouvement et sur les multiples réalisations qui se sont mis en oeuvre - et d’évoquer Carl Malamud de Public Resource.org qui a développé le System Edgar, OpenSecrets.org ou Maplight.org qui permet de voir comment l’argent influence le vote des politiciens américains, Porkbuster, un célèbre blog qui surveille les gabgies des institutions américaines, OpenCongress.org qui permet aux gens de surveiller et d’agréger de l’information autour de projets de lois et qui a déjà recueillis plus de 100 000 commentaires, FedSpending et USAspending…).
Elle rappelle que nous avons besoin d’informations lisibles par les machines et pas seulement par les humains et que l’une des raisons qui les pousse à faire ce travail est de changer les formats dans lesquels les informations sont produites.
Mais les vrais moteurs de la Sunlight Foundation reposent sur :
- montrer les vertus du cycle de la transparence
- changer la relation au gouvernement
- renforcer la confiance dans le gouvernement.
Avec la SunLight Foundation, Ellen Miller souhaite qu’on passe d’une culture de la consommation à une culture de la cocréation. La transparence, la collaboration et l’engagement sont d’ailleurs pour elle les trois principaux indicateurs de la démocratie.
Comment l'internet interroge l'Europe ?
Aperçu de quelques présentations à l’occasion de la première édition Personal Democracy Forum Europe qui se tient à Barcelone ces 20 et 21 novembre 2009.
Quelles collaborations citoyennes transnationales en matière politique existe-t-il en Europe ? A travers quelques cas encore rares, la table ronde dédiées à cette question semble adresser bien timidement des questions majeures aux institutions européennes sur la place faite à la démocratie et à l’expression citoyenne en Europe.
Permettre aux gens de s’organiser
Paul Hilder est directeur de campagne pour le Royaume-Uni d’Avaaz un mouvement progressite lancé en 2007 qui organise des campagnes d’action dans le domaine politique tout autour du monde. Fort de 3,4 millions de membres en provenance de 135 pays, la dernière action phare d’Avaaz a été l’appel au réveil pour le changement climatique (vidéo) qui a consisté à organiser quelques 2600 évènements à travers le monde le 21 septembre 2009, la veille du sommet sur le changement climatique organisé par l’ONU. Des milliers de personnes se sont autoorganisées à travers le monde, via le site web d’Avaaz pour rappeler par des manifestations, des flashmobs et autres, à leurs politiques, l’urgence de changer de politique pour sauver la planète. Voici un exemple de de mouvement de masse transnational auto-organisé via l’internet.
La plate-forme d’outils développée par Avaaz est dirigée par ses membres et propose des formes d’organisation et des outils (e-mail, vidéos, sondages, téléphones…) pour amplifier l’opinion publique. Depuis sa création, Avaaz a ainsi organisé de multiples actions, essentiellement par e-mail (“parce que c’est ce qui marche le mieux”) : comme l’ObamaWall collectant plus de 250 000 messages d’espoirs adressés au président des Etats-Unis ; la campagne de solidarité avec le peuple du Congo.
Depuis sa création, Avaaz découvre le potentiel qu’il y a à offrir des outils pour organiser les gens à travers le monde. “L’opinion public mondiale est le nouveau superpouvoir”, explique, convaincu, Paul Hilder.
Organiser le lobbying citoyen
Jeremie Zimmerman est l’un des cofondateurs de La quadrature du Net, un collectif sans statut légal, fondé en mars 2008. L’idée qui a présidée à la création de la Quadrature était de fournir une boîte à outil pour informer les citoyens sur les dangers qui pèsent sur leurs libertés en France. Leur combat s’est focalisé notamment autour de la lutte contre Hadopi, l’autorité de surveillance de l’internet qu’est en train de mettre en place le gouvernement Sarkozy, afin de défendre l’espace de liberté que constitue l’internet pour l’avenir de nos sociétés.
Au niveau européen, la Quadrature s’est battue contre le paquet Télécoms, un ensemble de directives européennes cherchant à réguler le secteur des télécommunications, en travaillant à explique au public de quoi il était question et comment cette régulation portait en germe des problématiques fondamentales pour l’avenir d’internet.
Les moyens d’actions de la quadrature ont consisté d’abord et avant tout à publier des documents et des matériaux analytiques afin de distiller un message clair pour expliquer ce qui est en jeu, derrière sa complexité juridique et technique. L’essentiel du travail a été de convertir les amendements en choses compréhensibles, afin de créer une campagne accessible - malgré la difficulté des sujets. Expliquer les problèmes, détailler les arguments et expliquer comment y répondre. Enfin, il a fallu innonder les députés et les rapporteurs parlementaires d’informations et de mail pour les amener eux aussi à comprendre les enjeux de ce qu’ils allaient voter.
La transparence totale (publication de documents, de brouillons d’amendements, d’arguments…) nous a permis de gagner 88 % des députés à notre cause, alors que si tout cela était resté dans l’opacité derrière laquelle se font beaucoup de choses en Europe, nous aurions perdu [l’amendement 138, une disposition qui avait été adoptée à deux occasions par une majorité de 88% en assemblée plénière, et qui avait pour but de protéger les libertés des citoyens en ligne, a finalement été remplacée par une disposition neutralisée, comme l’explique la Quadrature sur son site].
Notre expérience montre que nous avons également gagné car nous avions raison, rappelle avec une belle assurance volontiers provocatrice Jeremie Zimmerman. Elle montre également qu’une campagne s’organise avec un package d’actions simples et accessibles auxquelles les gens peuvent participer. Enfin, notre expérience montre qu’il faut savoir trouver les bonnes personnes pour relayer notre action, car ce combat a été pleinement européen. “L’internet, pour aussi longtemps que nous l’aurons, ouvert, libre et neutre, est le plus fantastique outil pour reprendre la politique aux politiciens”.
Créer les outils de la transparence européenne
Jack Thurston est l’un des animateurs de followthemoney.eu, une initiative citoyenne qui vise à rendre plus facile aux citoyens européens la compréhension du budget de l’Union Européenne : comment les budgets sont-ils décidés, d’où vient l’argent, comment est-il dépensé ? Cette action citoyenne menée par des militants, des chercheurs et des journalistes vise à rendre le fonctionnement de l’Union Européenne plus transparent et responsable. Followthemoney s’appuie sur une autre réalisation de Jack Thurston, Famsubsidy, qui vise à montrer comment sont dépensés les budgets de la politique agricole commune européenne et notamment que 85% des subventions européennes vont aux 18 % des plus riches récipiendaires.
Jack Thurston dresse un portrait assez morose de l’Europe : il n’y a pas d’espace politique européen explique-t-il : l’Europe demeure une agrégation d’intérêts nationaux où les politiques nationales dominent que ce soit dans les élections, dans l’application des politiques communautaires, etc. Hormis quelques médias alternatifs, il n’y a pas de médias européens en Europe. “Où peut-on trouver l’Europe ?”, interroge-t-il. L’eurosphère est un espace vide, constate-t-il. Il y a peu de moments européens, mais une forte insatisfaction du public. D’où sa volonté de construire des outils permettant d’imaginer des enquêtes transnationales par exemple. La transparence peut-elle être une pierre sur laquelle construire une conscience européenne commune ?
Peut-on changer les choses ? Peut-on réellement avoir une influence sur la politique européenne ? Oui, répond avec détermination Jeremie Zimmerman. Il faut être vigilant. Scruter en profondeur. Publier les brouillons. Développer des propositions positives. Mémoire politique mis en place par la Quadrature du Net par exemple est un ensemble d’outils permettant aux citoyens de consigner précisémment les votes et déclarations de leurs élus afin d’en garder la mémoire. Mémoire politique est un outil qui laisse des traces car, fort heureusement, l’internet n’oublie jamais.
Un ensemble de projets qui montre, comme le soulignait un participant, qu’il y a encore des européens attachés au projet démocratique européen, malgré sa complexité.
Quelles leçons tirer de la campagne d'Obama ?
Aperçu de quelques présentations à l’occasion de la première édition Personal Democracy Forum Europe qui se tient à Barcelone ces 20 et 21 novembre 2009.
Joe Rospars était le directeur des nouveaux médias pendant la campagne d’Obama en 2008. Il est l’un des directeurs de l’agence Blue State Digital, née en 2004 à l’occasion de la campagne d’Howard Dean. A PDF Europe, il a essayé de tirer les leçons de la campagne menée en 2008.
Joe Rospars commence par une image. Celle de la foule amassée pour entendre Obama à Saint-Louis : 150 000 personnes. Pour atteindre ce résultat, son équipe a envoyé 80 000 mails à des sympathisants la veille avec un ticket pour leur faciliter l’entrée. Et l’équipe a récupéré les mails de contacts, sur place, des 70 000 autres participants. Le lendemain de l’évènement, l’équipe envoyait 150 000 messages, pour consolider l’émulation de cette journée.
Cet exemple montre bien que ce qui a été le plus important dans cette campagne, c’est la relation qui a été tissée avec les gens. Il faut construire une relation et c’est cette relation qui a impacté la campagne, explique simplement Joe Rospars.
13 millions de personnes ont été contactées, qui se sont organisés eux-même en 45 000 groupes de volontaires provenant de la base. 200 000 évènements hors lignes ont été organisés. Des gens sont allés frapper à des millions de portes et ont passé tout autant de coups de fils. 1,2 milliards de minutes de vidéo ont été consommés sur l’internet…
La campagne avait pour but d’aider, d’apporter des outils, des matériaux, des vidéos afin que les gens s’autoorganisent. Mais les contenus n’ont été qu’une colle pour renforcer les relations entre les gens. Les contenus publiés reflétaient ce que les gens disaient et pensaient, ajoute Kate Albright-Hanna Kate, qui produisait des contenus pour la campagne d’Obama. Cela leur permettait d’être au même niveau. Les supporteurs d’Obama parlaient entre eux et c’est ce qui a fait la différence.
Celle-ci a été menée autour de trois principes, rappelle Joe Rospars : la transparence, l’authenticité et la participation. Avec comme mission première : comment faire pour que plus de gens s’engagent, participent ? Ces principes répondaient aux différentes missions que nous nous étions fixés : avoir une communication qui facilite la construction de relations entre les gens, comme ça a été le cas avec les vidéos, les mails, ou le blog de campagne Voices for Change qui avait pour but de raconter des histoires. Montrer l’authenticité du candidat et de son équipe pour souder les relations entre les gens et réduire les barrières à la participation.
La politique de recrutement de volontaire a consisté à abaisser les barrières pour rendre les évènements plus accessibles à tous et donner aux gens l’opportunité de s’organiser. On leur a donner des outils pour qu’ils puissent publier les rencontres qu’ils organisaient, pour qu’ils puissent accéder aux uns et aux autres. Notre mission était d’organiser, d’informer sur comment participer, martèle Joe Rospars. “L’important n’était pas de suivre Obama, mais de montrer aux gens comment se suivre les uns les autres. L’important n’était pas de recueillir de l’argent - même si c’est important dans notre système politique -, mais surtout d’augmenter et de rendre visible le nombre de donneurs”, car ce nombre de donneurs montrait la confiance grandissante des citoyens dans le candidat. Donner de l’argent n’est qu’une transaction qui s’inscrit et n’arrive que dans une relation plus large, explique-t-il en évoquant le succès du Diner avec Obama, consistant à permettre à de simples supporteurs de pouvoir diner avec Obama, comme c’est possible pour les plus grands financeurs de campagne.
Ces principes que nous avons mis en place sont universels souligne Joe Rospars et peuvent être dupliqués partout car ils parlent de la relation que les politiciens et les partis politiques peuvent tisser avec des gens ordinaires.
Peut-on copier Obama en Europe ?
Dominique Piotet, co-auteur avec Francis Pisani de Comment le web change le monde et président de l’Atelier BNP Paribas à San Francisco, est sceptique : peut-on copier le succès d’Obama en Europe. On peut certainement s’en inspirer, mais pas faire la même chose. D’abord, car il y a des circonstances exceptionnelles : Obama était un candidat exceptionnel, un exceptionnel community Manager, certainement parce qu’il ne vient pas d’une grande école française, ironise-t-il. C’était aussi un moment exceptionnel, car les Américains étaient fatigués de Bush, de la crise… Même si cela ne veut pas dire que la campagne était facile. Enfin, le niveau d’usage des nouvelles technologies était à nul autre pareil : Facebook et Twitter n’existaient pas lors de la précédente campagne. Enfin, Obama a su utiliser l’avantage du réseau MoveOn, qui a su mobiliser localement et efficacement les volontaires. En France, tout le monde politique est sur Twitter ou Facebook, mais il n’y a pas de MoveOn.
Aux Etats-Unis, enfin, il y a 2 partis : ils sont très puissants pendant la campagne, mais pas en dehors. En Europe, on a des dizaines de partis différents. On ne connait pas vraiment les campagnes électorales, mais on a des mouvements qui s’organisent sur la durée. A-t-on des communautés organisées ? Le parti socialiste français est-il une communauté ? Certes, on a des outils, certes on sait que ces outils fonctionnent pour organiser des communautés… Mais a-t-on des communautés ?
La campagne d’Obama a été menée par la base (Grassroot driven campaign), mais on’a pas de mouvemen Grassroot en Europe… Nos outils électroniques sont des outils fabuleux, mais on n’a pas de communautés ! Obama n’est pas un modèle, mais une source fabuleuse d’inspiration sur comment on peut utiliser ces outis. Reste que l’Europe doit construire ses propres visions.
Benoît Thieulin de la Netscouade était à la tête de l’équipe web de Ségolène Royale lors de la dernière campagne présidentielle. Pour lui aussi, la question de savoir si l’on peut importer ou pas le modèle de la campagne Obama en Europe est une vraie question, même s’il n’est pas convaincu que proposer un diner avec Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal aurait été un franc succès… En 1995, avec le référendum européen, l’internet a offert une alternative à l’information et une mine de solutions pour s’organiser et participer au débat public. Pour Benoît Thieulin utiliser l’internet comme un outil d’organisation est assurément un modèle et une source d’inspiration. Faire de l’internet une arme pour convaincre les gens, les mettre au centre de la campagne pour mieux organiser les troupes de volontaires est nécessairement stimulant. Il nous faut essayer d’utiliser cela en Europe.
Hormis la stature exceptionnelle du candidat, les grandes différences que constate Benoît Thieulin portent sur la relation aux données personnelles. Il serait difficile en France de contacter par mails les gens hésitants avec les mêmes outils, pour des questions juridiques bien sûr, mais surtout culturelles. Mais il y a peut-être d’autres moyens de faire cela qui n’en sont pas si éloignés, comme de s’appuyer sur les territoires ou la localisation. Le fundraising n’existe pas partout en Europe, pas sous cette forme en tout cas : il reste difficile de convaincre les gens de donner de l’argent. Enfin, comme le dit Dominique Piotet, a-t-on des communautés organisées en France, hormis des gens de mêmes partis qui se battent entre eux ?
Mais surtout, pour Benoît Thieulin, la plus grande différence réside peut-être dans le fait que les partis politiques ne sont pas structurés de la même façon entre les Etats-Unis et l’Europe. En France notamment, ils sont une bureaucratie, une institution. Et c’est peut-être là que réside le plus grand écart.
Peut-on apporter des outils, des plate-formes pour changer la façon dont on organise les campagnes locales et demain les campagnes nationales ? C’est ce que va essayer de faire la Coopol (la coopérative politique) que lance Benoît Thieulin pour le parti socialiste. Reste qu’il faut pousser la réflexion encore plus loin : peut-on organiser une plate-forme d’idées ouvertes pour les partis progressistes européens ? Saurons-nous demain connecter toutes les plate-formes progressistes de la gauche en Europe ?
Pour Joe Rospars, pourtant, les institutions quelles qu’elles soient (musées, ONG, partis…) doivent se relier aux gens, à leurs utilisateurs… Les organisations font du mauvais travail si elles s’installent dans la bureaucratie. D’autant que, souligne Kate Albright-Hanna que les communautés américaines qu’on évoque ont été créées de toutes pièces, dans un pays où les gens sont très déconnectés de leur voisinage. Ces outils ot permis de dépasser cela.
Oui, acquièce Dominique Piotet : l’Iowa n’est pas la californie, comme la catalogne n’est pas l’andalousie. La ville de New York commence à proposer des outils à ces citoyens… Mais avons-nous une culture de la transparence en France ou en Europe ? Aux Etats-Unis, la révolution de la transparence qui a lieu sous nos yeux dépasse la campagne et impacte profondément le fonctionnement du gouvernement Obama. Sommes-nous prêts à la transparence en Europe ? La façon dont est élu le président de l’Europe, est-ce de la transparence ?
Mais la façon dont on donne des armes à la société civile est importante, rappelle Benoït Thieulin : regardez la controverse autour de la désignation de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD par exemple. Elle a commencé sur Twitter. sans être coordonnée ou organisée. L’espace du débat public est en train de changer sous nos yeux.
Beaucoup de choses expliquent la défaite de Ségolène Royal explique encore Benoît Thieulin invité à répondre à une question sur le sujet. L’usage d’internet de Ségolène n’est pas venu du parti socialiste, car elle n’y avait pas de supporteurs. Elle n’avait pas d’autres alternatives que d’inventer une autre stratégie pour contourner l’appareil du parti qui lui était défavorable. D’où l’idée de Désir d’avenir et de ses 600 comités locaux construits en moins de 6 mois. Reste que Désir d’avenir n’a pas réussi à se transformer, à devenir une place de débat. La démocratie participative de Ségolène Royal était organisée et pas portée par les gens. Il y avait une contradiction entre le débat ouvert et la vision qu’elle a ensuite imposée pendant la campagne électoral. Désir d’avenir n’est pas devenu une communauté organisée… Sans compter qu’en France, l’élection présidentielle est un peu particulière. Les gens sont en attente d’une vision, d’un père, d’un président qui prenne des décisions…
Pour Joe Rospars, les campagnes bien organisées gagnent les campagnes, pas les majorité. Les minorités organisées peuvent être plus fortes que les majorités désorganisées, c’est la force d’internet vu comme un outil d’organisation. Pour organiser les majorités, il suffit d’abaisser les barrières d’entrées.
De l'e-government au we-government
Aperçu de quelques présentations à l’occasion de la première édition Personal Democracy Forum Europe qui se tient à Barcelone ces 20 et 21 novembre 2009.
Pour Andrew Rasiej, le créateur du Personal Democracy Forum, le rôle d’une telle manifestation est d’étendre la conversation pour comprendre comment la technologie augmente la politique et renforce la citoyenneté.
“Ce n’est pas une conférence sur l’e-gouvernement, mais sur le “we-governement”. Sur comment les gens, nous, utilisons l’internet”, explique son collègue Micah Sifry.
Pour cela, il faut rendre les connexions plus fortes, d’autant que, partout en Europe, des gens utilisent l’internet pour s’engager. Nous avons besoin de connecter la politique aux hackers pour la transformer. Nous avons besoin de comprendre comment l’internet transforme la politique dans les différents pays européens et avec quelles différences. Car il y a des différences. Il y a des barrières linguistiques, culturelles… L’internet va-t-il aider à connecter les européens entre eux ? “Nous avons besoin de comprendre l’océan dans lequel nous nageons et nous devons en être les océanographes.”
Dans ce mouvement de l’utilisation citoyenne de l’internet, PDF Europe souhaite regarder particulièrement la question de la transparence, qui est désormais en passe de devenir un mouvement politique en soi. La question de la gouvernance collaborative : les gens se connectent entre eux, mais force est de reconnaître que les citoyens et les partis politiques utilisent encore plus l’internet que les gouvernements. Et enfin, la liberté, car il faut continuer à protéger nos libertés pour que les gens puissent continuer à se parler les uns les autres.
De l’informatique à la culture dans les nuages
Charles Leadbeater, l’auteur de We Think, vient de terminer un rapport sur ce qu’il appelle la “Cloud Culture” que s’apprête à publier le British Council.
La “cloud culture”, la culture dans les nuages fait référence au Cloud Computing, l’informatique dans les nuages, c’est-à-dire au fait que, de plus en plus la mémoire, l’information, les capacités de calcul de nos ordinateurs sont répartis dans les serveurs et liés par le réseau et son accessibles, partout, via nos objets électroniques. C’est toute notre culture qui est en passe de devenir numérique et accessible en tout point : nos images, nos conversations, nos écrits, l’information. Notre culture prend une nouvelle valeur avec ces nouvelles formes de création, d’accès, partout et à tout moment. Comme les nuages dans le ciel, notre culture prend de nombreuses formes différentes sur l’internet, et Twitter est par exemple l’une machine à produire des nuages.
Les nuages sont une bonne métaphore pour comprendre la nébuleuse de problèmes auxquels nous allons être confrontés, explique Leadbeater. Le nuage est une organisation ouverte, une structure incontrolable. Jusqu’à présent, les politiciens ont plutôt fait des choses pour les gens plutôt qu’avec les gens. Cette nouvelle culture interroge la façon de faire les choses et nécessite une grande créativité pour répondre à la diversité des formes de collaboration désormais possibles.
Bien sûr, nous ne savons pas comment nous allons financer ces activités créatives. Nous sommes confrontés à un grand défi qui met à mal nos anciens modèles d’affaires, comme ceux des médias. Mais les journaux ont oublié comment faire du journalisme, ils ont oublié la valeur. Or les journaux ne sont pas la meilleure façon de faire du journalisme, explique le consultant. Il faut voir les opportunités que propose ce nouveau modèle. Contrairement à ce qu’on entend souvent, sur le web, il y a souvent des gens mieux informés et plus précis qu’on n’en trouve dans la presse. Twitter m’adresse ce qui m’intéresse mieux que ne le fait la presse. L’important est d’avoir des points de vue différents. Et il est essentiel que nos espaces publics aillent sur ces espaces (écoles, universités, musées…).
Cette culture en nuage n’est pas sans nous poser d’énormes défis. D’abord et avant tout celui de la liberté. Les gouvernements occidentaux sont en train de combattre les usages, pire, de donner des prétextes aux gouvernements autoritaires pour renforcer leur censure sur le net. Les gouvernements de gauche ne voient pas l’opportunité d’exploiter le portentiel de la collaboration et du partage, plutôt que de les combattre. Comment avoir de la participation quand la foule des internautes n’a pas confiance dans les politiciens et quand les politiciens n’ont pas confiance dans ce que les gens peuvent faire de l’internet ?
Or, si vous essayez de contrôler une information, il faut contrôler tous les liens… ce qui n’est, heureusement, plus possible. Certes, je n’ai pas envie que Google contrôle les nuage non plus, rapporte Leadbeater. De grandes sociétés agrègent le nuage : mais c’est notre nuage, pas le leur.
Les gouvernements ont tendance à vouloir contrôler le flux d’information car, de leur point de vue, les citoyens mettent en danger l’autorité… rappelle Micah Sifry. Peut-être que pour y répondre, il faut être capable de mieux mesurer l’impact de cette ouverture, explique Leadbeater. Au Danemark, 90 % de la population reçoit des e-mails de leur gouvernement pour leur demander leur opinion… 50 % des gens ont utilisé leurs téléphones ou le net pour communiquer pendant le dernier Superbowl. Nous avons besoin de développer la culture du débat public. La démocratie se diffuse dans le gouvernement collaboratif explique-t-il encore en répondant à une question sur les nouvelles formes de gouvernement que le net et la démocratie électronique introduisent.
Les nuages s’accumulent les uns sur les autres mais comment s’agrègent-ils ? Les nuages permettent aussi la fragmentation, mais où regardons-nous quand tout est fragmenté demande très justement une personne dans la salle ?
Reste à comprendre ce qui est significatif dans une culture en nuage, répond Leadbeater. La grosseur d’un nuage ne signifie pas nécessairement autre chose que sa taille. Les nuages parfois semblent mençants, mais ils peuvent disparaitre demain.
Comment échapper à Google ?

L’Institute of Network Cultures d’Amsterdam, fondé par le théoricien des médias Geert Lovink, invité il y a quelques jours chercheurs et artistes à interroger “la societé de la requête”. Comptes rendus, slides et vidéos sur le blog de l’événement.
Neil Gershenfeld : les vraies promesses de la fabrication personnelle
Neil Gershenfeld, directeur du Center for Bits and Atoms du MIT, intervenait en 2007 devant la conférence TED sur son sujet de prédilection, la fabrication personnelle - et sur son bilan du mouvement des “fab labs”. En voici une rapide et libre retranscription en français (mais n’hésitez pas à aller chercher la vidéo à la source).
Nous avons eu la révolution numérique - mais qu’est-ce qui va la suivre ?
- “Internet 0” : des serveurs web qui coûtent 1$ et s’insèrent dans n’importe quel objet, comme une ampoule électronique ; en voie de commercialisation
- Des ordinateurs fongibles - des toutes petites puces qui s’assemblent de manière dynamique, on vendrait de l’informatique au m2 - l’informatique est une matière première
- Bubbles : des puces physiques où les bits sont des molécules
Mais ensuite ?
Les méthodes de production actuelles demeurent totalement classiques, quelle qu’en soit l’échelle : on taille, coupe, chauffe, assemble… Toute l’information est externe au système, les matériaux ne contiennent pas d’information. La biologie moléculaire, à l’inverse, est un processus de fabrication entièrement fondé sur l’information.
Comment peut-on calculer pour fabriquer, avoir un matériau qui code lui-même pour fabriquer des structures, qui saurait aussi se répliquer lui-même ? Cela a démarré à partir de projets tels que “Building with logic” de Saul Griffith au center for Bits and Atoms. Beaucoup d’approches s’expérimentent à partir de cette approche, à différentes échelles - jusqu’à des imprimantes 3D capables de fabriquer des systèmes entièrement fonctionnels ; ou à l’idée d’un bâtiment qui se construirait, non pas à partir d’un plan, mais de matériaux qui codent eux-mêmes la structure du bâtiment.
Ce sont les émergences de technologies qui numérisent la fabrication - des ordinateurs qui ne contrôlent pas des outils, mais qui sont eux-mêmes des outils, dont les programmes réarrangent des atomes et pas seulement des bits.
Au Center for Bits and Atoms du MIT, avons donc obtenu le financement pour acheter des machines afin de pouvoir fabriquer n’importe quoi à n’importe quelle échelle, toujours au même endroit (focused nanobeam writers, supersonic waterjet cutters, micromachining systems… - NdT : je n’ose pas traduire cela).
Comment fabriquer à peu près n’importe quoi ?
Mais je passais trop de temps à enseigner aux étudiants comment se servir de ces machines. J’ai alors créé un cours intitulé “Comment fabriquer à peu près n’importe quoi ?” Des étudiants de toutes origines se sont rués dessus. Ils n’avaient pas nécessairement de compétences techniques. Ils ont tous produit des réalisations invraisemblables, étonnantes… Et j’ai réalisé que le “killer product” (NdT : le “produit qui tue”, celui qui déclenche l’émergence d’un marché) de la fabrication personnelle est le produit qui s’adresse à un marché d’une personne. On n’a pas besoin de tels dispositifs pour fabriquer un produit qu’on trouvera dans la grande distribution, mais pour fabriquer ce qui fait de nous un être unique. Les étudiants ont donc détourné mes machines pour inventer la fabrication personnelle.
Parce que nous touchions beaucoup d’argent de la NSF, nous étions censés communiquer, donner des cours, écrire des papiers, ce qui ne nous intéressait guère. J’ai donc proposé qu’à la place, nous donnions des outils. De là est né le concept de fab labs. On installe pour 20 000 $ d’équipements qui approchent ce qu’on peut et pourra faire avec nos 20 millions de $ d’équipements : une machine à découpe laser ; un cutter pour faire des circuits électromagnétiques, une fraiseuse à l’échelle du micron pour fabriquer des structures de précision et des circuits imprimés, des microcontrôleurs rapides, des outils de programmation, … Vous pouvez travailler avec cela depuis l’échelle du micron et de la microseconde jusqu’à des échelles beaucoup plus grandes.
Un fab lab, ça produit quoi ?
Ces fab labs ont explosé dans le monde entier. Ce n’était pas prévu. On en trouve à Boston et dans des townships sud-africains, dans le grand nord norvégien, au Ghana ou en Afghanistan. Dans tous ces endroits nous rencontrions des ordinateurs inutilisés, entre autres parce que le fermier local et ses enfants ont besoin de modifier le monde, et pas seulement d’obtenir des informations à propos du monde sur un écran. La fracture de la fabrication et de l’instrumentation est plus grande que la fracture numérique ; il ne faut pas de l’informatique pour les masses, mais du développement à base d’informatique pour les masses.
A chaque fois que nous ouvrions un fab lab, nous constations la même évolution. La première étape est celle de la mise en capacité, la joie de pouvoir faire. La seconde est celle d’une éducation par l’action, les mains dans le cambouis, en dehors du cadre scolaire, et on n’arrivait pas à en faire sortir les élèves. Puis vient l’étape de la résolution de problèmes locaux : des instruments pour l’agriculture en Inde, des turbines à vapeur pour convertir de l’énergie au Ghana, des antennes à haut niveau de gain (qui ont donné naissance à une entreprise), des ordinateurs en réseau. Puis ils ont commencé à inventer : des enfants de 8 ans ont inventé un kit de construction à partir d’une boîte en carton, donnant naissance à un vrai business, et des thésards du MIT ont fait leur sujet de la manière de faire passer ce concept à la grande échelle !
Et maintenant ?
Mais ces fab labs ne sont qu’une étape. Nous sommes à un moment équivalent à celui de l’apparition des premiers mini-ordinateurs, tels que le PDP sur lequel a été inventé Unix. Le problème est que cette perspective casse toutes les barrières institutionnelles : personne, dans les acteurs du soutien à la recherche et l’innovation, ne sait financer cela. Aucun mécanisme ne sait équiper des gens normaux pour créer des technologies plutôt que de les consommer. La recherche ne paye pas le fonctionnement de lieux communautaires ; le soutien au développement ne finance pas de la recherche ; le capital risque n’investit pas dans des dispositifs aux finalités économiques peu claires ; la microfinance n’investit pas dans des technologies encore instables… Le problème est si criant que les fab labs eux-mêmes ont du inventer une forme d’ingénierie sociale : le fab lab norvégien, qui est installé très près du pôle et loin de toutes les métropoles, a créé un village autour de lui.
Le programme des fab labs a ainsi donné naissance à une fab foundation qui soutient le développement de fab labs ; un fonds de micro-capital risque (“des machines qui fabriquent des machines ont besoin d’entreprises qui fabriquent des entreprises”) ; et des partenariats de recherche autour du MIT.
Dans les programmes d’aide au développement, tout le monde est passé de grands projets descendants au soutien à des micro-projets. Mais dans le monde des technologies, on en reste à des très grands projets top-down. Le message des fab labs, c’est que les 5 milliards d’individus non-technologies sont les vraies sources d’idées, que le défi d’aujourd’hui est d’exploiter l’inventivité du monde et la capacité des gens de concevoir et produire les solutions locales à leurs problèmes locaux.
Les vrais enjeux de la fabrication personnelle et locale
Nous avons donc répondu à deux questions que nous n’avions pas formulées au départ, mais qui pointent la direction à suivre pour l’avenir :
- Les étudiants du MIT nous ont montré que la killer app de la fabrication numérique personnelle était la création de produits personnels, l’expression personnelle via la technologie, qui va à la rencontre des passions des gens d’une manière incroyablement plus puissante que tout ce que la technologie peut produire d’autre depuis des années.
- Et la killer app pour le reste de la planète est la fracture de l’instrumentation et de la fabrication : des gens concevant localement des réponses à leurs problèmes locaux.
La vie ambiante, imaginée par Freeband Communication (un programme de recherche hollandais sur l’intelligence ambiante), présente - non sans humour - un monde où les données sont devenues la norme quotidienne, embarquées dans tout ce que nous faisons. Dans cette vision, nous utilisons des graphiques et des visualisations pour faire chaque choix que nous nous apprêtons à faire. A se demander si la capacité prédictive de nos outils sociotechniques va tuer notre libre arbitre ?
Via Flowing Data.
Des projets de FabLab en France ? Oui répondent Jean-Louis Fréchin de l’Ensci et Daniel Kaplan de la Fing à Nod-A, un nouveau magazine sur l’innovation dans l’art numérique.
La Fing pousse l'open innovation dans la consultation européenne post i2010
La Fing a répondu à la consultation publique européenne sur l’après 2010 avec son position paper “Using ICT to empower individuals and communities to innovate : an opportunity Europe must not overlook”.
En rédigeant le Position Paper sur la politique européenne relative à la société de l’information post 2010, la Fing souhaite pousser la dynamique de l’open innovation, en particulier dans ses dimensions économiques et sociétales : la baisse des barrières à l’innovation ; la participation active des citoyens, associations, entrepreneurs dans la coproduction, la personnalisation ou l’amélioration de services publics ; mais aussi permettre aux usagers d’être en capacité d’innover (empowerment),…
USING ICT TO EMPOWER INDIVIDUALS AND COMMUNITIES TO INNOVATE : AN OPPORTUNITY EUROPE MUST NOT OVERLOOK
Co-ordinated by Daniel Kaplan (dkaplan @ fing.org)
The Post-i2010 consultation document covers a lot of ground and raises meaningful issues. However, in concentrating on a number of goals (low-carbon economy, R&I performance, public services, e-inclusion, a user-centred Internet…), it risks missing a highly significant process-related set of issues : How the dynamics of innovation have changed and might be changing in the future ; What that may mean in terms of economic value creation but also of social cohesion and sustainability ; And what Europe should do in order to embrace and extend “broadly open innovation”.
The dynamics of innovation have changed
In the last 15 years, the consumer market has been the main driver of disruptive innovations in the IT and content industries. However, none one of the major consumer uses of the Internet was invented in a major ICT lab or company ! These innovations (the Web itself, Google and other search engines, instant messaging, P2P, social networks, etc.) originated in user communities, hatching start-ups, individual users or user communities, hacker groups, artists… This did not happen because IT companies or research labs did not invest enough, or hire the best people, or do market research. They did all that, and they mostly did it well. But the Internet has ushered a new regime of innovation. Indeed, one of the often overlooked characteristics of the digital revolution is its ability to empower ever-larger numbers of individuals and communities with the means to gather and process information, to formulate and exchange ideas, to produce new content and services, to transform existing contents and services, and to reach a public with their productions or transformations. Whether they explicitly consider themselves as innovators or not, the fact is, there are simply far more innovators than ever before. And networks allow these innovations can scale much faster and much higher : Think Microsoft, Google and on another note, Wikipedia, OpenStreetMap or Linux. Several companies have started to recognize that. They have theorized “open innovation” and put it in practice : Crowdsourcing, licensing, creating ecosystems… Understanding and promoting this model, which runs counter the culture of many European executives, should be part of the i2010 agenda. But the new dynamics of innovation have more far-reaching implications :
• It turns innovation processes into incremental loops, from usage to R&D to product development to spin-offs to new entrants, in whatever order – rather than a linear process descending from research to applications to industrial development. In (now) classic “open innovation” theory, major companies still control their R&D agenda, they simply outsource answers or further applications. In “broadly open innovation”, the questions and the goals themselves originate from all over the Fing.
• It turns innovation into a continuous flow, rather than a discrete series of discontinuities that produce lasting competitive advantage. Innovations are almost immediately copied, improved upon, used elsewhere in unforeseen ways.
• It respects no boundary, be it geographic, statutory, industrial, or disciplinary – and therefore, does not respect the distinction between incremental and disruptive innovation either.
This new regime of innovation is now moving beyond the Internet
As the digital and the physical worlds merge (ambient intelligence, nano-bio-info-cogno “convergence”…), this regime of innovation tends to contaminate the design and manufacturing of physical products, of buildings and places. And possibly, also, public services (see below). Could we build an “Internet of things” that is as vibrant, dynamic, innovative, creative and disruptive as the Internet of data ? And could Europe be on the forefront ? Of course, industrial production is the world of diminishing returns, safety norms and heavy logistics : It is far less plastic than purely digital production. However, a worldwide movement is currently exploring the potential of “broadly open innovation” (down to the individual user) in physical objects and placemaking : “desktop fabrication” and Fab Labs ; Hacklabs, Arduino and other symbols of “open electronics” from which some of the most innovative smart objects currently emerge ; Distributed sensing and usage of sensing data ; “makers” and do-it-yourself communities such as dorkbot ; open-source objects, from 3D models to manufacturing plans… Where this movement will take us remains an open question. At one extreme, it joins up with the groundbreaking potential of 3D printing, self-replicating machines (this community already built one, the RepRap) or even molecular manufacturing, should it ever emerge. It also resonates with the push for relocalising some industrial production for sustainability. At the other end, it is unlikely that cars, for example, will be manufactured in this way. In any case, the EU cannot afford to miss this opportunity to liberate the transformative potential that the merger of digital and physical production is heralding. And it is highly likely that the really disruptive concepts will emerge from these open, grassroots initiatives, even if they are further scaled and developed by larger firms.
Broadly open innovation has large economic and societal benefits
• It dramatically lowers the barriers to innovation and raises the overall innovative capacity of European societies, which has obvious economic benefits.
• It multiplies the sources of innovative ideas and endeavours, and therefore increases the chances for groundbreaking or at least disruptive innovations to emerge from Europe.
• In an era of increasingly constrained public resources, it facilitates innovation in public services, by allowing citizens, associations and entrepreneurs to coproduce, customize or improve public services.
• By empowering a much larger community of citizens to reflect on problems they meet with and act on them, it enhances self-confidence and social capital.
• It creates a bridge between social innovation, public innovation, business innovation and technological innovation. In the area of public services, several European and American experiences demonstrate the power of broadly open innovation. Mixing private or community-run car-sharing initiatives with public transport and traffic information facilitates mobility while contributing to making it more sustainable. In Britain, self-directed social care experiments such as inControl put patients in control of their lives, improve their health and well-being and cost slightly less than centrally-managed care. In several cities, OpenStreetMap provides more precise and more accurate maps than any commercial or public map. The reference Web portals and online cultural agendas of a small city such as Romans sur Isère (France) is coproduced by local bloggers. Bike-sharing services such as Velib’ have hugely benefited from “hacks” that allow users to subscribe to bike stations in order to check the availability of bikes or spaces to return them. In Britain, FixMyStreet allows citizens to report local problems faster than existing systems, and tracks the response from local authorities…
What policy implications ?
Opening up the space for small, under-the-radar, often amateur innovation, is not an objective for which many proven public policies exist. Obviously, a large part of the effort should be towards providing a very open ground for innovations to emerge at minimal cost and risk. But there are probably more proactive actions to undertake as well1. Improve the knowledge and awareness of “broadly open innovation”
• Promote and share research into the measurement and understanding of open innovation and user-generated innovation, and invent indexes to be included in future Innovation Barometers.
• Raise awareness of open innovation among corporations, research and higher education institutions, and public institutions in charge of supporting innovation. Lower the barriers to innovation
• Promote open standards in technology as well as in information (information formats, metadata…) ;
• Defend “network neutrality” in Internet access provision, here understood as nondiscrimination between kinds of traffic, and the lack of restrictions for new applications and protocols to use the network ;
• Implement a prudent intellectual property agenda that protects commercial innovators but does not inhibit the circulation of knowledge, emulation, the permanent transformation of existing products and services, or the concurrent implementation of new ideas. Share public resources Many innovations will originate at a local level. In many cases, they will not think of themselves as “innovations” from the beginning, rather as solutions to specific problems, or citizen initiatives, or artistic works… However, several public initiatives can facilitate the emergence of such endeavours, and help them become conscious of their potential. Sharing public resources, such as information and application interfaces, but also places to work and test new ideas, medias to access potential partners and users… is an efficient way to allow would-be innovators to turn their ideas into reality. In particular, a more deliberate push is required towards the sharing and re-use of public-sector information (and possibly some private-sector information relative to public space, although the scope for regulatory action is obviously much narrower). The 2012 revision of the directive should invite member states and local communities to become much more proactive in this area, for the sake of economic development as well as public innovation, social innovation and democratic participation.
Support “Open Innovation Platforms”
As part of its R&D agenda, Europe should deliberately support projects that proactively explore the potential of broadly open innovation, in the area of digital technologies and services and beyond. The “Living labs” programme was an initial and positive step in that direction. However, most Living Labs turned out to be large testing platforms rather than empowering platforms for all kinds of innovators. Based on existing works on platforms and multisided markets, programmes could support more active platforms that reduce barriers to innovation, share costs and resources, facilitate access to partnerships, to competencies and ultimately, to the public, and reduce risks for innovators as well as users. · In the area of digital services, “InfoLabs” could be (virtual, temporary, physical…) places and/or operations where people can play with urban information and the tools to manipulate them, co-design services, test them… · In the area of physical objects, “Fab Labs” share CAD/CAM tools, low-cost digitally controlled machines, materials and parts, and professional or peer advice, in order to facilitate the design, the prototyping and the local production of all kinds of physical objects, “smart” or not. There are currently 40 fab labs in the world, 10 in Europe. “Hacklabs” are based on the same idea, but focus more on “open-source electronics” and originate from more alternative and militant communities. Both are an example of what should be supported, networked and researched by Europe. Make the scaling up of “under-the-radar” innovation easier
• By providing long-term legislative and normative support (public-sector information reuse, intellectual property moderation, network neutrality, interoperability…)
• Through the facilitation of small-ticket seed financing, including for non-profit projects (micro-credit, micro-foundations, use of intermediary NGOs…)
• Through public (and possibly private) public procurement, which need to become much more friendly to innovative solutions. Insurance funds that would reduce the risk of discontinuity in case of failure could contribute to such a goal.
• Through active publicity (showcasing, trophies…) and networking between projects, larger corporations, established institutions, user communities, etc.
ABOUT FING
Fing, the Next-Generation Internet Foundation, is a Paris-based NGO working on the transformative uses of technology. it created in 2000 by a team of entrepreneurs and experts, with the aim of detecting, fostering and promoting innovation in digital services and uses. Working at the crossroads between technology, business, public institutions, the arts and social change, Fing is a network, an idea accelerator, a think tank and a resource for innovators. Objectives
• Play a pivotal role in the emergence of innovative ideas and projects
• Mobilize stakeholders around the future technological cycles
• Take part in emerging ethical and societal debates
• Facilitate open, bottom-up innovation and collaboration between users, researchers and entrepreneurs Three lines of action
• Think/do tank - Formulated around future-looking challenges, Fing’s programmes mobilize a wide diversity of stakeholders and innovators in order to share ideas, explore radically new opportunities and stimulate innovative action.
• Open innovation - Fing networks internationally with start-ups, researchers, designers, students and social innovators, as well as with major corporations and public institutions, in order to accelerate innovative projects and facilitate open innovation.
• Intelligence and foresight - Fing reports on new ideas, weak signals, emerging innovations, and trends at the crossroads of society, economy and technology. Members As an association, FING has more than 160 members, including major firms, start-ups, research laboratories, universities, local authorities, administrations, associations…
Utiliser Google Voice - le système de reconnaissance de la parole de Google - pour afficher des messages sur un écran fabriqué depuis quelques LED. Facile. Via Slashdot.
Ceci n’est pas une ville. Argleton, indiquée sur googlemaps comme une bourgade au sud d’Ormshrik en Angleterre (non loin de Liverpool) n’est qu’en réalité un simple bout de champ. Léger Ester elgg, erreur grossière, trap street ou tentative de détournement du réel ? Grâce à Google, Argleton la fausse a désormais tout une hyper-économie virtuelle et une hyper-existence baudrillardienne qui lui est propre.
Source : Mike Nolan puis Telegraph.co.uk








