Imagine Fiesta : faites la fête de l’imagination citoyenne les 28, 29 et 30 juin prochains !
L’auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps
La mobilisation des auto-entrepreneurs pour la défense de leur statut a fait un peu parler d’elle du fait de l’utilisation amusante du terme ”poussin” (en référence à la récente ”révolte des Pigeons”) et du hastag #pioupiou. Elle fait en tout cas écho à de nombreux concepts identifiés au cours des premiers mois de l’expédition Digiwork : individualisation du travail, nouveaux collectifs de travail, nouvelles formes de rémunération, ect.
Le statut d’auto-entrepreneur (décrié principalement par les artisans du bâtiment qui y voit une concurrence déloyale), les compagnons du devoir ou l’indépendant sont des figures que nous explorons particulièrement dans l’expédition Digiwork pour toutes les représentations qui les entourent : l’autonomie (l’individu est son seul responsable, il n’y a, a priori, pas de lien de subordination), la gestion libre de son temps (il choisit quand il travaille, que ce soit dans la journée, la semaine ou l’année), l’apprentissage continue (d’outils récents, de nouvelles compétences), la gestion de son employabilité, … tout en essayant de renverser les règles.

La fin du travail, annoncée par Jérémy Rifkin dans les années 90, devient de jour en jour une réalité : après les emplois des ouvriers, ce sont maintenant les emplois du secteur tertiaire qui sont menacés par l’automatisation et la robotisation. L’individu doit donc développer de nouvelles activités rémunératrices pour pouvoir continuer à vivre. A partir d’une compétence, d’un savoir-faire, il imagine son emploi, propose une activité, il capitalise des expériences, construit son environnement de travail, il se crée son réseau et va parfois dans des espaces de coworking pour le développer et rencontrer physiquement d’autres personnes.
Les auto-entrepreneurs partagent un même statut, mais pas une même activité (commerce ou services, développeur web ou coach en développement personnel, en passant par fabriquant de bijoux), et c’est en ça que le ”collectif des Poussins”, leader de la contestation, est un cas intéressant de formation d’un collectif en ligne d’individualités disparates, qui se sont fédérées autour d’une cause, à coup de pétition et de tweets. Nous observons ainsi la création de nouveaux collectifs, émergeant spontanément, issus d’une communauté d’intérêt installés ou non (il y a quelques années sortait par exemple le blog lafusionpourlesnuls.com pour la mobilisation des employés de la fusion de l’ANPE et de l’Assedic dans Pôle Emploi).
Enfin, les auto-entrepreneurs encourent les mêmes risques : isolement, précarité, droits sociaux peu nombreux. La limitation des charges sociales octroyée aux auto-entrepreneurs pouvait ainsi être vue comme une compensation à la précarité : “Vous n’êtes pas salarié, vous avez une activité rémunératrice limitée, des droits sociaux encore plus limités, donc vous payez peu de charges”. Or l’abaissement du plafond de l’activité, équivalent à un smic par mois (pour les activités de services), revient à une légalisation de la précarité : “Vous n’êtes pas salarié, vous avez une activité rémunératrice encore plus réduite, des droits sociaux toujours très limités, mais débrouillez-vous avec ça”.

Notre propos dans l’expédition Digiwork n’est pas de faire l’apologie de l’autonomie et du libéralisme, en prônant que tout le monde doit être responsable de son employabilité. En imaginant le scénario “Tous intermittents”, dans lequel l’individu devenait le “gestionnaire autonome de son portefeuille d’activités” et où les entreprises étaient ”des “boîtes à projet” dans lesquelles les individus, porteurs de leur savoir-faire, se retrouvent pour collaborer sur une mission”, nous mettions en avant la nécessité d’inventer de nouveaux modèles de solidarité pour pallier les risques de précarisation des itinéraires personnels. La question de la redistribution de la valeur et de la rémunération est centrale : car si le numérique change la manière dont on produit, il change aussi la manière dont on mesure la valeur. Il est même le support à de nouvelles formes de rétribution. Il faut prendre acte du fait que le travail, l’activité s’élaborent différemment, et nécessitent de nouvelles redéfinitions des solidarités.
Pour le moment, nous en sommes encore au début de notre réflexion, mais nous espérons pouvoir apporter des pistes d’action innovantes sur le sujet d’ici quelques semaines.

Visualisation du territoire d’innovation n°1 de l’expédition #Digiwork sur les écosystèmes d’activités après l’atelier d’hier à Futur en Seine.
Ce que l’on appelle “écosystème d’activité”, c’est tout ce que l’individu a acquis lors d’expériences passées et ce qu’il utilise au quotidien pour ses activités professionnelles et extra-professionnelles : ses compétences, ses savoir-faire, ses outils, ses équipements, ses applications web, ses réseaux physiques ou virtuels, … Cet écosystème est bien sûr évolutif et participe au développement personnel et professionnel de l’individu. A terme ce dernier pourrait alors devenir gestionnaire de son propre capital, voire responsable de son employabilité, ce qui mettrait en question les risques de précarité ou de décrochage (induits par le manque de maîtrise), la marchandisation de l’être ou encore l’articulation avec les autres écosystèmes.
Ce territoire d’innovation est le 1e de l’expédition Digiwork, qui en comprend au total 4. Ils seront définis plus précisément dans des articles à suivre et travaillés dans les semaines à venir pour proposer à terme des pistes d’actions concrètes.

MiData : enfin plus agile pour accélérer le retour des données personnelles aux individus?
Le projet Midata, porté par le gouvernement britannique, est un des pionniers de la piste du retour des données personnelles aux individus.
Cela fait plus d’un an que nous suivons ce projet avec attention ; car c’est la même piste que nous explorons et expérimentons avec le projet MesInfos, depuis début 2012. A l’attention, se mêle de la curiosité, car le cadre du projet (un projet gouvernemental, associant plus de 20 grandes organisations…), tout comme ses modalités, ses avancées sont assez différents de ce que nous expérimentons avec nos partenaires ; nous avions d’ailleurs consacré en 2012 un dossier à MiData dans InternetActu, suite à un voyage d’étude, en mettant en avant tant l’ambition du projet que les freins auxquels il se heurte.
Force est de constater que volonté politique et engagement (sur le papier) de plusieurs grands acteurs ne fait pas tout ; le portage gouvernemental ne semble pas être véritablement moteur et pour que les choses bougent, la balle est dans le camp des entreprises, qui sont encore prudentes quant au retour des données personnelles à leurs clients… Fin 2012, seules certains fournisseurs d’énergie engagés dans le projet avaient effectivement partagé leurs données. Alors qu’un des enjeux de cette piste du retour des données personnelles aux individus consiste dans les usages potentiels qu’ils peuvent faire de ces données (notamment grâce à des services), seul un Hackathon organisé à l’automne 2012 semblait répondre à cet enjeu… En parallèle, le gouvernement a demandé au parlement l’autorisation de pouvoir exiger des entreprises de certains secteurs qu’elles fournissent à leurs clients, s’il le demandent, leurs données. Avec des avantages, mais pas de quoi enthousiasmer les organisations, là où elles devraient être proactives…
Début 2013, MiData ne semblait pas au meilleur de sa forme ; à vouloir trop en faire, il ne faisait finalement presque rien (ou du moins, on n’en voyait que peu). Cependant depuis, certains signaux semblent indiquer qu’enfin, les acteurs du projet sont déterminés à le faire avancer de façon plus légère et peut-être moins institutionnelle.
Première évolution, presque anecdotique : Craig Belsham, qui dirige le projet au sein du BIS Minister, a récemment ouvert son blog, aux couleurs de son ministère, pour communiquer au fil de l’eau sur le projet, donner la parole à d’autres acteurs, discuter avec des contributeurs. Pour un projet qui ne communiquait que par à-coup, à travers des documents officiels, c’est un vrai changement ; le projet semble enfin plus vivant. Deuxième nouveauté : le lancement du MiData Innovation Lab. Le constat de départ est un peu celui que nous faisons : malgré Midata et les débats autour du projet et du VRM « the subject still remains just that – a discussion. And many of the types of services envisaged by midata largely remain untapped. »
Il ne s’agit plus seulement de discuter, mais d’aller dans la pratique, en somme de tester, d’expérimenter des choses. Certes, le MiData Innovation Lab est à ses balbutiements, reste un peu lourd, “co-designé” par une vingtaine d’organisations, mais la démarche semble plus agile qu’elle n’avait été jusqu’alors, avec enfin l’idée de voir émerger de nouveaux services. 1000 consommateurs pourraient voir certaines de leurs données restituées et des données publiques seront mises au pot commun afin de stimuler les réutilisations, de faire émerger des concepts, d’observer des usages. Espérons que la dynamique soit vraiment enclenchée et que tout cela sera aussi passionnant que cela a l’air alléchant sur le papier ! (et dans cette vidéo)

De premiers éléments de co-construction du lab - http://www.midatalab.org.uk/
Midata emprunte donc désormais une voie nouvelle, qui le rapproche de ce que nous faisons dans MesInfos ( une expérimentation de terrain, avec de vrais consommateurs, des organisations qui leur rendront leur données, des communautés de réutilisateurs mobilisées pour inventer de nouveaux services, des chercheurs qui observeront l’expérimentation pour en tirer des enseignements… ). Des différences subsistent, et c’est aussi ce qui sera intéressant d’observer dans ces deux programmes menés en parallèle, car nul doute que nous aurons encore beaucoup à apprendre les uns des autres !

“Partenaires, à vous la parole !”, entretien avec Sébastien Keiff.

Dans le cadre de la Campagne Infolab, la FING propose une série de portraits de ses partenaires, oeuvrant pour le développement d’une culture et d’une médiation à la donnée. Ils sauront inspirer, par leurs visions stratégiques, de futurs champs d’action de l’Infolab. Nous avons choisi d’ouvrir ces entretiens avec Sébastien Keiff, chargé de mission Agenda 21 au Conseil Général de la Gironde (33).
FING : Pour toi, qu’est-ce qu’une donnée et que représente t-elle ?
S.K : Au départ, je n’étais pas investi au sein du projet d’Open Data au département. Pourtant, j’ai une formation d’économiste qui aurait pu m’attirer vers ce sujet bien plus rapidement. J’ai toujours, tout au long de ma carrière professionnelle, été amené à manier de la statistique à différentes échelles. De près ou de loin, lorsque nous conduisons une démarche de développement durable, parce que c’est vraiment mon coeur de métier, nous avons une phase assez importante d’observation du territoire.
Cette observation, elle se fait en général avec deux clés d’entrée. La première clé est dite « quantitative ». Il nous faut de la donnée et de la statistique pour pouvoir exposer les phénomènes en présence sur le territoire au regard du développement durable. Il y a une autre dimension, beaucoup plus « qualitative », qui est de l’ordre du rapprochement et du dialogue avec les citoyens. Par exemple, s’il y a 4% de chômage sur un territoire, je peux conclure qu’il n’y a aucun problème d’emploi sauf qu’en réalité, il n’y a plus non plus d’actif ! On peut donc discuter avec les citoyens, leur présenter une situation et leur demander “mais est-ce que vous le ressentez de la même manière sur le territoire ?” De fait, on découvre des perceptions, ni plus justes ni plus fausses que la statistique en elle-même, et ça rend toute la donnée plus objective. La donnée pour nous, c’est donc une ressource qui nous permet d’alimenter une certaine vision en présence sur un territoire.
FING : Pourquoi est-ce important pour toi de travailler avec des données?
S.K : Je suis au département depuis maintenant 5 ans, et lorsque j’ai rencontré mon collègue Pascal Romain (chef de projet sur l’Open Data), nous nous sommes croisés assez rapidement autour de l’idée d’une transition sociétale vers un monde plus durable. Nous nous sommes rendu compte que nous avions besoin de données et besoin d’un dialogue avec les citoyens pour travailler ensemble. L’Open Data a alors pris tout son sens pour moi, non pas comme finalité, mais comme outil et ressource au service d’un projet territorial de développement durable.
FING : Quelles sont les données que vous utilisez dans le cadre de l’Agenda 21 ? Quelle place occupent-elles dans votre organisation ? Êtes-vous producteur, réutilisateur, médiateur de données ?
S.K : J’identifie les indicateurs nécessaires à l’observation stratégique et pertinente des dynamiques territoriales. Qu’elle est la dynamique associative? Comment se noue le lien social ? Comment se fait l’épanouissement des êtres humains ? Quelles sont les vulnérabilités du territoire face aux aléas climatiques? Pour tout cela, j’ai des presentiments à l’échelle du territoire, mais quelles sont les données qui vont me permettre de les justifier ? Je m’appuie principalement sur des données extérieures que peuvent récupérer des acteurs constitués, qu’ils soient des collectivités, des observatoires, des corps de l’état, ou des associations. Je construis une sorte de légitimité dans l’observation et me demande ensuite ce que ces données disent de mon territoire. Je suis alors apte à mesurer ma stratégie ou mes dynamiques locales.
Il y a une autre dimension dans notre production de données, sur des dynamiques particulières en Gironde. Par exemple, nous géo-référencons toutes les initiatives liées au développement durable. Pour tout cela, nous avons eu besoin de produire des données, des tableurs et c’est là que nous avons commencé à nous frotter à la production de données. Avant dans mes tableurs, je renseignais le nom de la commune et je n’avais jamais réfléchit au fait que sans l’indication du code postal, il me serait impossible d’arriver à trier mes données. Donc nous apprenons petit à petit…
FING : Qui est sensible à cette démarche d’Open Data dans l’Agenda 21 ?
S.K : Pascal Romain a déjà largement constitué toute une communauté derrière l’open data. Mais je constate qu’aujourd’hui, il faut encore prendre son bâton de pèlerin pour aller parler à des collègues, un par un. Au delà de l’obligation légale qu’il pourrait y avoir, pour l’instant personne n’est réellement enthousiaste.
L’Open Data n’est pas une finalité, c’est ce qui nous permettra d’atteindre des objectifs partagés et c’est sur ce point qu’il faut argumenter. Soit nous y allons un par un pour demander les mêmes données, soit nous mutualisons, nous mettons en commun, nous les rendons plus fortes en étant plus à les utiliser, à les mettre à jours, etc., et c’est là que le portail Open Data peut jouer son rôle, plein et entier.
FING : Quels sont pour toi les freins juridiques, économiques, etc., au développement de l’Open Data ? Te sens-tu acteur du changement ?
S.K : J’ai identifié plusieurs freins, il y a d’abord la notion de vocabulaire sur à peu près tous les champs thématiques. Quand j’ai construit mon Agenda 21, j’ai appris la définition des mots utilisés au quotidien. J’ai également appris à les redéfinir, et sans cet effort, je risquais dans le dialogue de me heurter à un mur.
Il persiste un autre frein majeur avec les collectivités qui produisent de la donnée. Aujourd’hui, je construis mon tableur Excel pour moi. J’ai donc fait ma “tambouille”, je l’ai complété au fur et à mesure, j’y ai rajouté des onglets et je m’y retrouve. Mais si je suis amené à le rendre public, c’est autre chose. Ce processus d’ouverture demande une refonte d’un tableur construit depuis parfois cinq ans, je n’en ai pas forcément l’envie et en cela, c’est un frein. L’information, il faut réussir à la transformer en connaissance, mais partager c’est aussi donner du pouvoir aux autres… Au sein de nos cultures administratives, nous n’avons jamais partager la donnée, au contraire, nous la centralisons. A t-on envie d’anticiper, de construire un discours, ou au contraire de co-produire des argumentations, des avis ?
FING : Quels outils, méthodologies, etc., vous seraient profitables pour démocratiser et développer une culture de la donnée en interne ?
S.K : Prenons un exemple : je suis chargé de mission et je souhaite aller parler de l’Infolab avec un élu, j’ai 5 mn sans même avoir le droit de rentrer dans son bureau, comment l’interpeller ? J’imagine de là un petit kit de l’Infolab, au sein duquel je pourrais saisir à la carte des éléments facilitant cette démarche. Il pourrait y avoir des éléments de vocabulaire accrocheurs et, quitte même à être encore plus à la carte, une entrée par acteur. A quel acteur je m’adresse : une entreprise très nationale, des techniciens ou des élus, etc. ?
Je pense que nous n’aurons pas d’autres choix que d’avoir un certain nombre d’outils. Le portail data local sera un outil qui a lui seul ne suffira pas. Comment peut-on sortir de la communauté des utilisateurs geeks, et construire ensemble une culture de la donnée autour d’un lieu ressource, qu’il soit numérique ou physique, de médiation de la donnée ?
FING : Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ton projet de “Bourse aux compétences” ?
S.K : C’est un projet européen monté en 2009 autour de notre réseau d’acteurs. Nous sommes 63 collectivités, donc 63 collègues à travailler de manière assez proche pour favoriser le développement durable de notre territoire, mais tout cet écosystème est basé sur un réseau humain. De fait, à chaque départ, nous recommençons à zéro.
Nous avons donc, en premier temps essayé, de définir une compétence de développement durable. Ensuite, l’idée a été : comment pourrait-on avoir une sorte de base de données intelligente que nous pourrions interroger ? Nous perdions ce côté très humain qui en faisait la richesse mais aussi toute la fragilité pour un format plus pérenne.
Olivier Chator, qui effectue une thèse en cognitique au sein du Conseil général, a alors formalisé un système multi-agents permettant la mise en relation d’une offre et d’une demande de compétence que je souhaite partager. Nous sommes pour l’instant sur le développement durable et je n’ai aucune barrière au fait d’agréger d’autres champs thématiques, d’autres compétences.
FING : Quels rêves nourissent votre ambition pour une culture de la donnée ?
S.K : Nous portons deux projets, qui apparaissent lointains, mais qui à mon sens restent forts. Le premier se base sur l’idée que nous nous concentrons beaucoup autour du crowdsourcing et des données descendantes mais que nous ne pensons pas assez l’aspect intermédiation. Je ne crois pas aux données purement citoyennes ou institutionnelles mais il y a, pour moi, un ensemble à construire, ce que moi j’appelle de la mutualisation autour des données. C’est à dire, j’aimerais ne plus trouver d’un côté l’application permettant d’identifier les crevasses sur les routes et de l’autre, la publication de cartes routières du département, mais un dispositif m’indiquant comment bien circuler dans le département. Il va falloir que nous organisions un écosystème qui fasse un peu plus société et de fait, que nous construisions de la concertation autour de la donnée.
Le deuxième projet, c’est un champ traitant la notion de co-responsabilité sociétale. Concrètement, sur les dynamiques de territoire, nous ne sommes pas les seules en présence. Le changement climatique personne n’y peut rien tout seul et en même temps tout le monde y peut quelque chose mais une fois dit, cela n’engage pas beaucoup plus. Et si nous allions jusqu’à dire de combien nous sommes responsable. Ma responsabilité est peut-être infinitésimale mais elle y est. En Gironde, il y a tant de multinationales, tant de citoyens, tant de TPE, etc., nous avons tous une implication sur le changement climatique et maintenant, comment ensemble nous faisons notre part ? Cela va demander une mise en commun de la donné. J’aimerais bien y arriver par la question de la médiation de la donnée pour construire une culture de la réponse, à des enjeux territoriaux.
#Digiwork - Revue de veille du 10 juin
Dans notre nouveau rendez-vous hebdomadaire, nous vous proposons un tour d’horizon de l’actualité en 10 articles ou liens qui ont retenu notre intérêt. Vous pouvez retrouver l’intégralité (avec quasiment 500 articles) de la veille Digiwork sur le réseau social en vous référant au widget du site “Diigo”.
Bonne lecture et à la semaine prochaine !
[Thématique en trois liens]
Digital labor : portrait de l’internaute en travailleur exploité – Place de la Toile
Dans cette émission de Place de la Toile du 08/12/12, Antonio Casilli et Yann Moulier-Boutang parlent de la notion de “digital labor” et de l’exploitation sans aliénation de l’internaute, qui “travaille” sans s’en rendre compte et sans être rémunéré, lorsqu’il blogue, publie de photos sur Flickr, “like” un article sur Facebook, fait une recherche sur Google, … Le seul fait d’être en ligne produit de la valeur.
Digital labor landscape – Mindmeister
Cartographie très riche des différentes formes de “digital labor” (illustrées par des exemples de servies, sites et plateformes) : rémunérée (support technique, tutorat en ligne, Mechanical Turk), non rémunérée (Yahoo Answer, commentaires, sondage), mise à disposition de contenu (blog, Twitter, Youtube), orientée bien commun (wikipedia, Fix my street), orientée co-innovation (réparation de voitures, vélo, …), géolocalisée (Foursquare, internet des objets), liée au jeu (Second Life, World of Warcraft), émotionnelle (Facebook), mobile, …
Digital labor ou digital volunteer ? Marx à l’heure du web 2.0
En partant de l’émission de Place de la Toile citée plus haut, l’auteur de l’article repose la question de l’exploitation et de l’aliénation de l’internaute, évoque la révolte des utilisateurs d’Instagram ayant refusé l’exploitation lucrative de leurs photos et propose de changer l’expression “digital labor” par “digital volunteer”. Il finit par la citation suivante : “Pour Marx, les prolétaires sont ceux qui doivent vendre leur force de travail pour vivre. Les utilisateurs du web 2.0 sont peut-être ceux qui doivent donner de leur temps pour exister.”
[Infographie]
Outils sociaux sur l’espace de travail – Microsoft
Microsoft a mené une enquête dans 32 pays sur l’utilisation des “outils sociaux” dans l’entreprise. Malgré les restrictions de l’entreprise et les hésitations du management, les travailleurs veulent utiliser les outils sociaux sur leur lieu de travail, même si cela signifie dépenser leur propre argent. Après Bring Your Own Device (Apportez Votre Équipement personnel, en français), voilà le Bring your own service.
[In English]
Augmenter la réalité sociale sur le lieu de travail - MIT Technology Review
Ben Waber, auteur de “People Analytics: How Social Sensing Technology Will Transform Business”, revient pour la Technology Review sur la façon d’augmenter la réalité sociale sur nos lieux de travail. Que se passe-t-il quand l’espace de travail, les murs qui séparent les gens, voire même la machine à café, sont déterminés par les données ?
[Thématique en trois liens]
[Vidéo] Le travail disparaît, intervention de Paul Jorion – Ce soir ou Jamais
Face à l’augmentation continue du chômage, il rappelle notamment la proposition du Suisse Jean de Sismondi (1773-1842) selon laquelle tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d’une rente, indexée sur la richesse créée désormais par celle-ci.
[In English] After your jog is gone – TechCrunch
Illustrant son propos par de nombreux liens, l’auteur Jon Evans fait un historique de la disparition du travail, touchant tout d’abord les ouvriers du secteur secondaire puis les employés du secteur tertiaire, dans lequel les avocats, financiers et chirurgiens ne sont pas à l’abri. Il imagine ensuite un monde se divisant en deux catégories : une minorité décroissante de très riches - les travailleurs des technologies, les barons de la finance, et ceux qui ont hérité leur fortune, pour la plupart - vivant dans une poignée de villes idylliques dégoulinant de richesse, et/ou leur maison d’été est à proximité des plages, des lacs et des montagnes … et la majorité qui gagne peu, avec des contrats de travail occasionnels et des petits boulots, trop pauvre pour même visiter les lieux où les riches vivent, travaillent et jouent.
[Un autre aspect de la question] Matthieu ou chronique de la disparition du travail - Metis
Extrait : “Matthieu expérimente l’emploi en même temps que l’invisibilité de son travail. Le travail a disparu. Comme dans la publicité, les tâches qui lui sont demandées en ont la forme, la couleur mais n’en sont pas. Il en a les obligations, les allers retours quotidiens, les horaires, la subordination, l’ambiance morose, mais il n’en a pas les opportunités. Il n’en rencontre pas les dimensions expressives que revendiquent même des salariés plus modestes des caisses de grande distribution. Il n’arrive pas à se sentir utile, il ne participe pas à un collectif, il n’est pas autonome et il ne voit rien d’intéressant dans ce qu’il a à faire.”
[Service]
“Pay with a tweet” est un système de paiement social où les gens ne donnent pas de l’argent pour accéder à un contenu, mais paient avec la valeur de leur réseau social. A chaque fois que quelqu’un paie avec un tweet, il informe tous ses amis de l’existence du produit.
[Et pourquoi pas]
L’embouteillage, comme bureaux du futur ? Transit-city
En partant d’une BD des années 70, qui montre comment les embouteillages peuvent engendrer une vraie révolution urbaine à partir du moment où on les aborde d’une façon radicalement différente, l’auteur suggère que l’on essaie d’imaginer les embouteillages autrement que comme de simples temps de vacuités.

Mais où est passé la famille ?
Dans le cadre des travaux que nous menons avec le Digital Society Forum, en partenariat avec Orange et Psychologies Magazine, le prochain thème que nous nous apprêtons à traiter porte sur la famille à l’heure du numérique. Or, force a été de constater que le sujet semble assez délaissé depuis une dizaine d’années. Le dernier numéro de la revue Réseaux consacré à ce sujet date de 2004. L’excellent ouvrage de Laurence Le Douarin, Le couple, l’ordinateur, la famille, date lui de 2007.
Image : Susan Maushart, l’auteure de Pause, raconte comment elle a eut recours à la déconnexion pour ressouder sa famille. Est-ce à dire que l’expérience familiale des technologies ne peut être que malheureuse pour la famille ?
Depuis, le sujet du numérique dans la famille semble avoir été abandonné par la recherche. Aucune étude, semble-t-il, n’est venue nous dire comment la famille gère l’accès à l’internet, comme elle consomme les médias et quelles sont les répartitions des tâches au sein du foyer… On trouve peu de travail sur la gestion de l’internet à la maison, pas même d’étude sur la gestion du mobile des enfants divorcés par exemple.
Pourtant, on aimerait bien trouver des études pareilles à celles que Jean-Paul Kauffmann faisait sur la gestion du linge dans l’espace domestique pour comprendre comment se répartissent les tâches numériques dans nos foyers connectés. Si on trouve des études sur les usages des jeunes (comme celles de Sonia Livingstone sur la chambre connectée des adolescents), peu s’intéressent aux formes que prennent les échanges parents/enfants dans le cadre du foyer. Il faut souvent se rendre dans des champs de recherche très spécifiques, comme l’analyse des pratiques de consultation des photographies familiales, travaillées notamment par Irène Jonas ou André Gunthert ou Sylvain Marescas, pour voir s’éclaircir les nouvelles pratiques familiales numériques.
L’une des rares études récentes sur la relation parents/enfants via le numérique provient finalement de Facebook. Et elle nous dit pourtant des choses qu’on ne s’attendait pas à trouver, en montrant moins une tension qu’une complicité.
Est-ce à dire que nos pratiques numériques familiales n’intéressent pas la recherche ? On aimerait pourtant bien savoir comment le numérique aide la famille à se construire, comment il pallie - ou pas - à l’éclatement des familles contemporaines…
D’autres pistes ?
Hubert Guillaud
La sportivation de la vie par Paul Ariès, c’est loin d’être du sport
Depuis 2009, lors du week-end du célèbre événement sportif de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, une manifestation alternative est organisée à Houches : l’Ultra-Siestre. Pendant que les coureurs parcourent entre 98 et 245km de sentiers rocailleux et pentus autour du Mont-Banc, le collectif de l’Ultra-Sieste propose d’arrêter de courir pour réfléchir et “adapter son rythme pour vivre simplement afin que tous puissent simplement vivre”, et ce, dans le but de “mieux faire marcher le monde”.
En août 2012, Paul Ariès a été invité pour parler de la sportivation de la vie.
par tvmountain
Pour Paul Ariès, la sportivation de la vie, c’est le sport comme idéal de vie, mais pas le sport comme “activité physique”, mais comme une idéologie dans lequel se retrouvent le capitalisme et le productivisme, celle qui met en avant les valeurs de performance, de record, de challenge, celle qui trie, hiérarchise et élimine les plus faibles. Et pourtant, il remarque que l’esprit de compétition n’est pas une caractéristique naturel de l’Homme. Claude Lévi-Strauss a ainsi rencontré des tribus qui ont les mêmes jeux que les sociétés occidentales, mais pour lesquels il n’y a pas de vainqueur à la fin. Mais comme Paul Ariès le dira plus loin dans la conférence, le sport n’est plus forcément un jeu.
La sportivation de la vie, c’est aussi la philosophie du progrès, du toujours plus loin, toujours plus vite, de l’illimitisme, … et donc la porte ouverte au transhumanisme, au fantasme du surhomme. Et le corps – son assagissement, son augmentation, sa robotisation, le corps qui devient machine – a ainsi une grande place dans la conférence de Paul Ariès. Que ce soit dans le travail ou le sport, le corps est un capital qu’il faut valoriser et même augmenter pour obtenir de meilleures performances (d’où l’existence du dopage). Et selon lui, d’Homo sapiens, l’homme va devenir Robot sapiens via l’insertion de prothèses ou implants intelligents voire Soma sapiens, l’homme pharmaceutique, grand consommateur de médicaments et de substances d’amplification cognitive permettant d’agir sur la composition biochimique du cerveau et ainsi de créer un paradis de l’esprit.
Paul Ariès a d’autres phrases chocs du type : “le dopage est une évacuation du droit à la faiblesse”, il y a une “pulsion de mort dans le sport” à travers le “culte de l’effort et de la souffrance”, il faut “remettre la mort au centre de la vie, pour redevenir des jouisseurs de la vie“ ; le sport, c’est “la jouissance de la gagne”, “du killer”, “du dépassement”, … Jusqu’à présent, je n’avais jamais envisagé ma pratique sportive comme une prolongation de l’idéologie capitaliste et productiviste. Et pourtant, à chaque entrainement, je vérifie mon allure et ma fréquence cardiaque, les compare aux autres séances, avant chaque course je me fixe un temps à atteindre, et après, j’ai hâte de connaître mon classement. Performance, challenge, effort, aller au-delà des limites de son corps, progrès, … sont bien de mots de mon quotidien sportif. Mais bon, les aliments ne sont pas que des nutriments servant à alimenter mon corps ; je ne prends pas de gel énergétique pour être plus performante ; je profite toujours du paysage qui m’entoure ou des gens au bord de la route quand je cours, même en course …
Bref, l’intervention de Paul Ariès est vraiment intéressante, mais certaines idées répondent trop à une vision ultralibérale du sport, celle du sport de haut niveau et de la compétition comme ferment social (voir également les propos de Hugues Bersini sur ce sujet). Il finit en disant notamment qu’il faut inventer de nouvelles pratiques et qu’une des façons de refouler la sportivation de nos existences est de redécouvrir le jeu, mais là où on ne l’attend pas (dans le travail, l’engagement militant, … ). Mais il est possible qu’il retrouve à redire à la gamification (ou ludification en français) de la société, car elle est bien souvent un moyen pour amener la compétition là où elle n’était pas…

Veille et prospective TIC: FING #Digiwork - Revue de veille du 3 juin
Dans notre nouveau rendez-vous hebdomadaire, nous vous proposons un tour d’horizon de l’actualité en 10 articles ou liens qui ont retenu notre intérêt. Vous pouvez retrouver l’intégralité (avec quasiment 500 articles) de la veille Digiwork sur le réseau social en vous référant au widget du site…

La culture des données en Entreprise
La gestion des données en entreprise ne concerne plus uniquement les acteurs du web et les grands comptes. Toutes les entreprises créent des données numériques : données financières, données sur la clientèle, données de localisation ou de production… Et ces données font de plus en plus partie des valeurs commerciales.
Aujourd’hui, les entreprises et notamment les petites entreprises qui n’ont pas encore développé de valorisation de leurs données doivent apprendre à développer une culture de traitement en interne afin d’identifier et profiter de la valeur qui se cache notamment derrière :
- Les données de présentation générale de l’entreprise : localisation, référencement, finances…
- La collecte de données sur les clients
- Les données sur les offres, produits, services
- Les données de qualité, satisfaction, et relation client
- Les données décisionnelles, prévision, prédiction, analyse
- Les données de temporalité dans l’entreprise : agendas, congés, saisonnalité
- Les données d’impact social et environnemental, RSE
- Les données des Ressources Humaines
L’objet de l’atelier « Données des Entreprises » organisé durant la première rencontre Infolab et animé par Charles Nepote (FING) était de proposer des thèmes et exercices autour de l’intégration d’une culture de données en entreprise en questionnant la qualification et normalisation des données en interne ainsi qu’en illustrant les échanges de cas concrets.
Les problèmes de standardisation des données
Afin d’initier les participants à la question de qualification des données, la liste des inscrits à l’atelier Infolab extraite du logiciel de la Fing a été présentée et soumise aux commentaires. Les participants étaient invités à exprimer leurs retours et étonnements sur cette liste qui détaille les noms, prénoms, adresse email, coordonnées, et ville des inscrits.
Les premiers étonnements relèvent le caractère hétéroclite des renseignements fournis dans la base de données et ce malgré la collecte via un formulaire-type unique. Parmi les problèmes de standardisation identifiés :
- Les problèmes de casse : des noms tantôt en majuscules et tantôt en minuscules.
Ce qui questionne la clarté de la présentation en cas de publication.
- Les problèmes de champs : des adresses email renseignées dans le champs des noms de famille
On ne connaît donc pas l’identité de la personne qui participera. Il y a des adresses email personnelles renseignées au lieu des adresses professionnelles, on ne sait donc pas si la personne participe à titre personnel ou s’il n’existe pas de mail d’entreprise.
- Les problèmes de doublons : un inscrit renseigné à deux reprises
Ces doublons peuvent biaiser le nombre de participants inscrits, à moins que l’auteur n’ait effectué une inscription pour une tierce personne dont on ne connaît pas l’identité.
- Les problèmes d’exhaustivité : certains champs ne sont pas renseignés (organisation par exemple)
Il manque des noms d’organisations et le champs « ville d’origine » a rarement été renseigné. Il n’est d’ailleurs pas précisé s’il s’agit de la ville d’origine du participant, de la ville d’implantation de l’organisation, son siège social ? Ces manquements limitent les bénéfices d’usage de la liste d’inscription.
- Les problèmes d’identifiants : une même structure renseignée avec son nom ou son acronyme
A défaut d’identifiant unique, les opérations de tri des participants par organisation ou d’identification du nombre d’organisations présentes se révèlent erronés. On pourrait comptabiliser plusieurs fois une même structure sans même relever la possibilité du doublon car il peut y avoir confusion sur l’identité de l’organisation. Rennes Métropole désigne l’organisation plutôt que la ville. Si ALVLF est le nom d’usage pour Alcatel-Lucent, peu de personnes les connaissent cependant sous cet acronyme.
Il y a de véritables enjeux autour des identifiants et une position de pouvoir pour leurs détenteurs qui peuvent faire disparaître une identité ou la recouper. Si l’adresse e-mail d’un participant pourrait constituer un identifiant unique interne, elle pose également problème en cas de changement de fournisseur d’accès.
- Les problèmes de droits : l’usage des données doit être défini dans un périmètre pré-établi
La collecte de données personnelles tombe sous la loi Informatique et Libertés et impose de déposer une déclaration d’usage rendant la base inexploitable dans des cas d’utilisations non-identifiés au préalable. Comment faire quand on ne sait pas systématiquement quels usages peuvent suivre ? Et quid de la différenciation de l’adresse professionnelle et personnelle ?
Des démarches de qualification des données
Avoir une liste qualifiée de participants à un événement est pourtant primordial. Si quelqu’un n’est pas dans la liste d’un événement alors qu’il essaye d’y entrer après s’être inscrit, cela démontre un certain amateurisme et impacte la relation client.
Différentes procédures permettent pourtant d’optimiser et mieux qualifier une base. Il serait ainsi possible de rajouter une case de reconnaissance des emails pour automatiser le renseignements des champs et éviter aux participants de remplir à nouveau le formulaire. Séparer les champs noms et prénoms permet de clarifier l’identité. La casse peut être normalisée automatiquement. Des infobulles ou informations complémentaires des champs permettraient de mieux préciser les attentes de remplissage. Il est enfin possible de proposer une reconnaissance des structures par liste existante pour s’assurer d’une dénomination unique des organisations, ou créer un champs « nom d’usage » en plus du nom de l’organisation. On peut encore rendre obligatoire le renseignement de tous les champs pour éviter les absences de renseignements. Ces procédures requièrent d’organiser une réflexion sur la qualification des données.
On peut également permettre aux participants de modifier leurs données a posteriori, à l’image du projet Mesinfos. Dans un tableur, on peut dédoublonner ou ajuster la casse automatique voire utiliser des outils plus puissants comme OpenRefine. Des outils de CMS existent aussi pour nettoyer les bases. S’ils nécessitent un investissement, ils permettent d’avoir une base toujours à jour et qualifiée en normalisant et utilisant les nomenclatures d’usage. Il existe des sociétés spécialisées dans la correction de fichiers (casse, doublons, conversion, etc.), tel Datalgo.
Si la normalisation est essentielle à l’exploitation des données, la culture de traitement qu’elle implique n’est pas équitablement répartie. Lorsque Tom Tom demande des données du territoire Aquitaine qu’il ne réutilise finalement pas car elles ne sont pas assez bien organisées, on constate que la qualité des données est asymétrique et que la faible qualification représente une perte de valeur. Si des outils existent pour améliorer les données, tout ne se résoudra pas par les outils qui suivent les pratiques, les usages et la normalisation. Au W3C, il faut au moins deux ans pour valider une norme tandis que les données qui intègrent une composante sociale évoluent bien plus rapidement.
Vers une culture des données
La question de normalisation est complexe et différente selon la typologie des données : géographiques, personnelles, textuelles, etc. Elle diffère également dans le temps : les enseignants ont longtemps appris à ne pas mettre d’accent sur les majuscules car il n’y en avait pas sur les machines à écrire. Comment proposer des solutions à la normalisation et suivre leur évolution ? Faut-il former les employés ?
Il semble a priori difficile de faire en sorte que le problème du réutilisateur de la base (qui a besoin d’une base spécifiquement qualifiée) devienne le problème du producteur de la base surtout quand celle-ci répond déjà à ses besoins. Pourtant au sein des structures, de même jeux de données sont maintenus par plusieurs services pour différents usages. Que ces différents secteurs réalisent la nécessité de la normalisation est hautement pertinent.
La normalisation fait penser à la grammaire, qui est faite pour communiquer avec les autres. On a appris à écrire son nom avec une majuscule, ces règles sont culturelles. Bien souvent, on ne respecte pas les standards car on ne sait pas à quoi ils servent et ce qu’ils facilitent. Expliquer la raison de chaque collecte des données peut être un premier pas. Il serait possible d’imaginer des formations à la standardisation et des animations proposant de créer un jeu où l’on amplifie les erreurs pour rendre l’enjeu de la normalisation compréhensible.
La maîtrise de ses données, comme de son image de marque
Les participant de l’atelier Infolab ont été invités à étudier la différence de référencement en ligne de plusieurs organisations. En utilisant le moteur de recherche de Google, ils ont questionné les différences de présentation des structures suite aux requêtes FING, Alcatel Lucent, Gemalto ou Orange.
Pour la FING il y a uniquement la présentation du site et de ses rubriques. Pour Alcatel on retrouve un plan d’accès et un lien vers l’article de Wikipedia. Pour Gemalto, les coordonnées sont également indiquées tandis que la requête pour Orange nous indique les trois agences les plus proches.
On constate que le niveau d’information et la « trouvabilité » d’une organisation peut montrer de grandes disparités. Or la qualité des résultats dépend largement des informations et données de l’organisation trouvées sur internet : données fournies par l’entreprise mais aussi données issues d’autres personnes. L’exemple ci-dessus illustre la dépendance à un moteur de recherche. Comment avoir de meilleures données pour un meilleur référencement ? Le projet Google Knowledge Graph vise à relier des informations entre elles grâce à des relations comme sur DBpedia. Compléter ses données dans Dbpedia ou d’autres sources, devient donc une forme d’enjeu marketing. Suivre les démarches de schema.org Bing, Yahoo, Google, qui ont des impacts en terme de référencement des sites web devient indispensable.
Le quasi monopole de Google sur la recherche en ligne impose de suivre de près ses méthodes de référencement et ses stratégies afin d’assurer sa propre visibilité en ligne. En Aquitaine, un château a été déclassé des listes de référencement car il lui manquait des points de notoriété web, bien que ces indicateurs soient différents selon le lieu de requête.
S’agissant de présentation générale de l’entreprise, les données des signatures des emails sont aussi une manière de se présenter et de présenter son organisation. Certains utilisent des fichiers Vcard (.vcf) qui sont de véritables fichiers de données. D’autres se contentent d’une signature rédigée dans le corps et automatiquement ajoutée à chaque email. Ces signatures dans le corps des emails peuvent être automatiquement analysées, extraites et transformées en données, par des services comme Writethatname qui peuvent enrichir automatiquement les données d’un CRM. Demain il pourait être capable de publier de l’information en ligne comme les organigrammes des entreprises.
Ce rapide tour d’horizon de la qualification des données en entreprises démontre que l’appropriation d’une culture de données en interne est d’autant plus nécessaire au sein du secteur privé. L’exploitation de ces données pour mieux gérer, optimiser et valoriser ses ressources représente un avantage concurrentiel non-négligeable dans une situation économique tendue. Comment standardiser ses données ? Comment former et implémenter des méthodes de normalisation ? Autant de questions que les Infolabs se proposent d’explorer.
#Digiwork - Revue de veille
A ce jour, plus de 450 articles et études ont été référencés dans le groupe Diigo de Digiwork. Chaque semaine nous allons essayer de mettre en avant une dizaine de liens, un peu comme la rubrique ”A lire ailleurs” d’Internetactu (en moins fournie). Et la sélection de la semaine va d’ailleurs commencer avec un article d’IA :
[Thématique en trois liens]
L’emploi à l’épreuve des algorithmes – Internetactu.net
L’analyse des grandes quantités de données – le Big Data – est appelée à révolutionner bien des domaines. L’emploi et les ressources humaines pourraient même devenir l’un de ses premiers terrains d’application, comme l’indique les nombreux exemples cités : Google et son laboratoire des RH People Analysis ; Linked-in et son service Recruiter qui permet de proposer aux employeurs “les utilisateurs qu’ils devraient embaucher” ; la Bank of America qui utilisent des capteurs pour étudier les mouvements et les interactions de ses employés et comprendre ainsi la façon dont ils travaillent et interagissent ; …
RH, pourquoi (et comment) Big Data va révolutionner votre façon de recruter ! – MyRHLine.com
Exemple pratique de l’utilisation et l’exploitation des données dans une entreprise pour améliorer le recrutement et diminuer le turnover.
Recrutement: coopter et gagner de l’argent – FranceInfo
C’est une des nouvelles techniques de recrutement qui arrivent en France: la cooptation sur les réseaux sociaux. Le site “My Job Compagny” propose à ses internautes de recommander le meilleur candidat avec à la clef la possibilité de gagner de l’argent.
[Service]
Bonus.ly est une start-up américaine qui a imaginé un système de pair-à-pair d’attribution des primes. Une fois le budget prime établi (financier ou non), les personnes évaluent le travail de leurs collègues et les récompensent sous forme de points, le décompte final permet de définir le montant à verser à chacun. L’avantage du système : une meilleure reconnaissance du travail par ses collègues, une répartition plus transparente des primes et au final une communication plus positive.
[Synthèse]
Réflexions sur l’entreprise et l’environnement de travail de demain – Entreprise 2.0
Frédéric Cavazza a fait une synthèse du rapport de PSFK “Future of Work” sur les changements organisationnels et culturels dans les environnements de travail. Les grandes thématiques sont les suivantes : écosystème de prestataires ou indépendants pour développer son activité ; flexibilité des espaces physiques, imbrication des espaces de collaboration physique, mobile et virtuel ; mise en place de réseau d’apprentissage, de formation et de capitalisation des connaissances … Des pistes de réflexion et des liens accompagnent cette synthèse.
[Vidéo]
Le travail invisible : le gratuit a-t-il une place dans le monde du travail ?
Interventions de Pierre-Yves Gomez, auteur de l’ouvrage Le travail invisible : enquête sur une disparition, et d’Emile Hooge, consultant chez Nova7
Tout doit être comptabilisé dans l’entreprise, car ce qui compte c’est la performance. Mais dans tout travail, il y a une part “gratuite” : on donne son temps (en restant un peu plus longtemps), des conseils, on participe à la vie commune, … ce qui permet de vivre dignement son travail, d’être quelqu’un au travail, de s’engager, … Les normes et les contrôles diminuent la part du don et “détruisent” ainsi la gratuité du travail. C’est pourquoi beaucoup de personnes, contraintes dans leur travail, passent du temps sur Internet et travaillent gratuitement (rédaction de blog, contribution sur Wikipedia, participation à des forums…). Le manager doit trouver la juste part de gratuit dans l’entreprise, retrouver le gratuit dans l’entreprise
Ex. du hackathon des cheminots de la SNCF (sur 3 jours dont un week-end) ou le Museomix ont montré l’envie de rencontre et de collaboration avec des gens différents et la liberté de développer des idées innovantes.
[Infographie]
Les 9 types de collaborateurs selon CentralDesktop
Vous êtes à peu près sûrs de vous reconnaître dans un des personnages décrits dans cette infographie : que ce soit dans l’expert (qui connaît toutes les bonnes pratiques collaboratives de la structure), le meneur (qui aide les membres de son équipe à finaliser leur trouvaille), dans l’”homme (ou femme) des silos” (qui aime travailler seul) ou encore dans le sceptique à qui l’on doit prouver que les outils collaboratifs lui seront vraiment utiles.
[In English]
The new artisans of the network era – Harold Jarche
Petit extrait d’un article d’Harold Jarche qui a fait la même analyse que Digiwork sur l’individu équipé, autonome et connecté, l’émergence de pratique collaboratives et de collectifs et les nouvelles formes de création de valeur : “Knowledge artisans are amplified versions of their pre-industrial counterparts. Augmented by technology, they rely on their networks and skills to solve complex problems and test new ideas. Small groups of highly productive knowledge artisans are capable of producing goods and services that used to take much larger teams and resources. In addition to redefining how work is done, knowledge artisans are creating new organizational structures and business models, such as virtual companies, crowd-sourced product development, and alternative currencies.”
[Pop Culture]
Arte diffusait le mois dernier la série Real Humans, racontant la cohabitation, plus ou moins facile, entre les humains et les hubots (robots à visage humain qui aident au quotidien les humains). Relations humain-hubot, activistes anti-hubot, discrimination envers les hubots, hubots se battant pour leur liberté, … les thèmes abordés par la série sont nombreux et Real Humans apportent donc un éclairage intéressant sur la thématique Robot/Humain.
[Détente]
Est-ce que c’est vraiment mieux chez les Bisounours ? - Slate
A force d’entendre l’expression “On n’est pas chez les Bisounours”, un journaliste de Slate a décidé d’aller faire un tour au Jardin des Bisous, pour rencontrer les célèbres oursons. Égalité, amour universel, confiance, respect de l’environnement, … il semble qu’il fait vraiment bon vivre chez les Bisounours.

#Infolab Quels outils/méthodes/animations autour des données existe-t-il déjà
La dernière présentation de la journée, menée par Amandine Brugière (FING), portait sur l’analyse de la veille qu’a initiée, depuis 2 mois, l’équipe INFOLAB (voir sur Diigo le fil de veille, ainsi qu’ici le tableau partagé où sont référencés plus d’une centaine de « dispositifs de médiation », qu’ils soient formats d’animation, outils, méthodes…L’objectif n’étant pas de capter l’exhaustivité mais la diversité des exemples).
Il s’agissait de livrer une première photographie de ce qui est directement accessible sur le web : Si on cherche aujourd’hui à exploiter des données, quelles soient ouvertes, fermées, personnelles ou publiques, quels sont les outils, les méthodes, les formats d’animation documentés et accessibles sur le web ? Qu’est-ce qui se trouve « à portée de main » ?
Cette analyse de la veille s’est structurée autour :
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du type de médiation développée : Est-ce que l’on est face à des outils, des méthodologies, des formats d’animation, des services, des ressources documentaires, des serious game, des plateformes…?
-
du type d’actions possibles : Qu’est-ce que cela permet de faire ? Sensibiliser, explorer, imaginer, partager, analyser…?
Les catégories qui ont été retenues ici ne sont pas des catégories « stabilisées ». Le but de la présentation de ce work-in-progress était de faire réagir les participants. Ainsi n’hésitez pas à compléter le tableau, à le commenter, à partager les ressources identifiées, à nous contacter pour en discuter (infolab@fing.org). Ce travail s’enrichira au fil des rencontres, grâce à vos contributions.
Sensibiliser aux données
La sensibilisation aux enjeux de la donnée reste, visiblement, un domaine à investir : peu d’exemples émergent, relativement aux autres catégories d’actions.
Ceux trouvés montraient cependant une grande diversité de formes. Cela allait des ateliers rennais de sensibilisation des enfants à la manipulation et la représentation de données, au serious game sur les données ouvertes du budget de l’Etat, ou encore l’enquête Orange-lab-OWNI-FING « Où habitez-vous vraiment ? », sorte de quizz – à base de données ouvertes - testant les connaissances territoriales des habitants. Les plateformes Openstreetmap ou OpenfoodFacts (dé)montrant facilement la force du crowdsourcing ( la production collaborative de données).
Un exemple particulièrement pédagogique – mais s’adressant tout de même à un public d’initiés – est la School of Data de l’association OKFN : Une des seules initiatives proposant des ressources documentaires et méthodologiques.
On le voit, ces formes de médiation développent chacune des pédagogies très différentes, face à la complexité des données. Elles n’hésitent pas à investir le « ludique » et s’adressent à tout type de public.
Imaginer et produire des usages de la donnée
Avoir des données à disposition est nécessaire mais pas suffisant. Encore faut-il avoir des idées de (ré)utilisation des données, et souvent faut-il même stimuler les réutilisateurs potentiels.
Dans ce champ-là, les exemples trouvés relèvent essentiellement de l’animation : Concours ou appel à projet, hackathon, dataconnexion, Data-apéro ou Data-Tuesday. On est dans le champ de l’incitation, de la stimulation, de la recherche de sérendipité, ou de l’innovation ouverte.
3 caractéristiques communes apparaissent :
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Ces formats d’animation s’adressent à des publics relativement avertis : Innovateurs, start-upeurs, designers, développeurs…
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Ce sont majoritairement des exercices collectifs : la créativité découle-t-elle du croisement de regard ?
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Ils sont d’une durée relative.
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Ils s’adaptent à des données ouvertes comme « propriétaires ».
A noter toutefois un outil de « sérendipité » : Creadata, développé par Bastien Kerspern proposant des idées de mash-up aléatoires entre les jeux de données mis à disposition par la ville de Nantes.
Cuisiner la donnée
Une fois que les données et les idées sont là, s’ouvre alors un champ d’actions relativement techniques : Récupérer les données (EasyOpenData) les stocker, les nettoyer (Open Refine, DataWrangler), les anonymiser (norme ISO de pseudonymisation), les croiser (DataLift), etc. Ce champ-là foisonne d’outils destinés à des publics très spécialistes.
Beaucoup d’entre eux émergent du champ des données personnelles : du côté du VRM Vendor Relationship Manager (My Personal Vault), du quantified self – la mesure de soi (BodyMedia), ou des pratiques de développement durable (Green Button Data), pour ne citer que ces exemples-là. La relation aux données peut même être médiée par des objets (Withings).
Partager des données
Quant on cherche à partager des données brutes, ou à communiquer sur leur analyse, plusieurs solutions s’offrent à nous : La plus connue d’entre elle est la datavisualisation. Énormément de solutions techniques existent en la matière : Voir la très riche boîte à outils d’ExpoViz (made in La Fonderie). Ces dataviz vont du graphique / diagramme classiques (Google Image Chart) à des représentations plus sophistiquées (Treemap, graphe du web, cartographie). Tous ces outils nécessitent un haut niveau de compétences techniques.
D’autres outils permettent de partager des données avec des tiers, en maîtrisant, autant que possible, les termes de l’échange. Là encore le champ des données personnelles est riche (Mine!Project, Personal.com). Dans le champ des données de santé, on trouve des plateformes de partage collectif de données (Curetogether, Asthmapolis).
Analyser
Dans le champ de l’analyse des données, ce qu’on identifie comme outils (Precog, Continuuity, StatMix, Coheris Liberty, Google Prediction API), plateformes de services (DataPublica, Qunb, Captain Dash) offrent la possibilité de construire des modèles décisionnels, voire des modèles prédictifs, via des interfaces finales, des tableaux de bord. La complexité des opérations sous-jacentes liées au traitement des données n’est pas explicitée : Comment s’opèrent les corrélations entre jeux de données, quels sont les considérations, les choix qui prévalent aux datavisualisations, aux tableaux de bord? Comment se font les modélisations, les simulations ? Où se trouve la part de décision humaine dans les process ? Les pondérations dépendent-elles essentiellement des profils techniques ?
A l’opposé, dans le champ des sciences humaines, émergent des méthodologies – et outils – permettant de mettre les données en débat : la méthode développée par l’ANACT / AlterCarto autour de la plateforme ATTLAS montrait comment les acteurs pouvaient monter en compétences et opérer leur propre corrélation de données. La méthode de cartographie des controverses, développée par Bruno Latour, va aussi dans ce sens. Face à des phénomènes sociaux (scientifiques, techniques) non stabilisés, les cartographies des controverses mettent en visibilité différents points de vue qui s’opposent, afin de favoriser l’objectivité dans les prises de décision qui peuvent découler.
Et maintenant, que faisons-nous ?
Ce travail de recensement et d’analyse des formes de médiation existantes (qu’elles soient humaines, sous forme d’outils et de méthodologies, de ressources documentaires ou de services…) ne fait que commencer. Il se poursuivra jusqu’à la rentrée 2013.
Livrer ce premier niveau de lecture était instructif rien qu’au regard :
-
de la nature des ressources disponibles : plus « outils » que ressources documentaires ou méthodologiques ou ludiques ;
-
du niveau requis de compétences pour leur utilisation : du geek au développeur professionnel, majoritairement.
Les données sont encore largement affaire de « spécialistes »… On le savait. Quasiment tout reste à faire en matière de « démocratisation des données » et à tout niveau : sensibilisation, information, formation, accompagnement, services.
Heureusement, la campagne Infolab ne fait que commencer !
La Campagne Infolab a été lancée le jeudi 11 avril à l’occasion de la première rencontre du groupe de travail national, portant sur le thème “ Culture de la donnée et médiations”. Acteurs associatifs (Libertic, Open Street Map, collectifs citoyens Open Data Tours, Poitiers, Les Petits-Débrouillards, Décider Ensemble, La Fonderie…), membres de collectivités territoriales (Région PACA, Communauté urbaine de Bordeaux, CG Gironde, CG Hauts-de-Seine, CG Manche, Mairies de Paris et de Rennes…) et grands comptes (Alcatel Lucent, La Poste, La Caisse des dépôts, Gemalto…) étaient rassemblés pour entamer une réflexion sur la culture de la donnée et ses différentes formes de “médiation”. Retour sur cette journée..
#Infolab : la médiation, une notion floue, victime de son succès.
La Campagne Infolab a été lancée le jeudi 11 avril à l’occasion de la première rencontre du groupe de travail national, portant sur le thème “ Culture de la donnée et médiations”. Acteurs associatifs (Libertic, Open Street Map, collectifs citoyens Open Data Tours, Poitiers, Les Petits-Débrouillards, Décider Ensemble, La Fonderie…), membres de collectivités territoriales (Région PACA, Communauté urbaine de Bordeaux, CG Gironde, CG Hauts-de-Seine, CG Manche, Mairies de Paris et de Rennes…) et grands comptes (Alcatel Lucent, La Poste, La Caisse des dépôts, Gemalto…) étaient rassemblés pour entamer une réflexion sur la culture de la donnée et ses différentes formes de “médiation”. Retour sur cette journée…
Après ces temps d’exploration, Sarah Labelle (maître de conférence en SIC, Paris 13) a mis en lumière une nouvelle entrée dans l’écosystème de la donnée, celle de la médiation, notion floue victime de son succès. Cette ouverture s’est révélée être l’objet d’enjeux, qui détermineront l’évolution d’une culture de la donnée face aux transformations qui rythment notre société.
La donnée dite “brute” transforme sa valeur dès lors qu’elle est rendue intelligible et visualisée. Aussi, toute mise en forme de données, visant à favoriser la compréhension, construit une médiation, et c’est justement parce que le pouvoir de l’image semble plus immédiat que celui d’un corpus de texte, que cette médiation doit être réfléchie. Effectivement, la réutilisation de données “brutes” en vue d’un traitement intelligent, engage nécessairement des objectifs différents de ceux qui ont présidé à la collecte.
En cela, toute forme ou processus de médiation reflète la place que l’on souhaite donner à l’objet médié dans son environnement. De fait, la notion de médiation nous incite à réfléchir, à travers nos conceptions du statut des données dans la société, aux formes et processus que nous souhaitons mettre en place. Ce dernier champ a ainsi su éveiller notre attention quant aux problématiques soulevées qui esquissent de futurs champs d’action pour l’Infolab.
Le premier repère constitutif de cet écosystème est la position humaine relative à l’utilisation des différents dispositifs et aux répercussions de ces derniers sur l’appropriation et la production de sens. Le deuxième repère significatif est le scénario d’usage engageant la participation, à savoir le contexte au sein duquel la médiation est pratiquée.
Aussi, réfléchir sur les modalités de participation comme un processus socio-technique, nous a amené à observer de quelle manière les dispositifs de médiation façonnaient notre sensibilité, notre participation et quels modèles de pensée ils suggéraient. Les dispositifs de médiation, présentés par Amandine Brugière (Fing), peuvent être abordés comme différentes techniques et outils pour créer la rencontre. L’usage était selon les dispositifs plus ou moins encadré et donc plus ou moins spontané. Jusqu’à quel point peut-il fournir des cadres pour limiter les abus ? Quelles marges de liberté la médiation confèrent-elles aux citoyens (script/anti script) ? N’ouvrent-elles pas la voie à de nouvelles configurations entre les acteurs ?
Á ce niveau, plutôt que de réfléchir la médiation comme un procédé linéaire allant du savoir à l’objet, on la conçoit comme une économie d’interactions au sein de laquelle les participants s’enrichissent mutuellement. Les dispositifs de médiation se doivent alors de conceptualiser une structure dynamique, malléable et participative composant un modèle réceptif aux usages et aux imaginaires de différents individus et engageant ainsi une nouvelle forme de dialogue, qui s’enrichira au travers d’interactions négociées. Il s’agit bien de produire de l’intérêt général tout en préservant les spécificités individuelles. Penser la médiation, c’est également prôner une utilisation plus située, une gestion plus contextuelle des problématiques, avec ce qu’elle implique dans la circulation d’information du médiateur vers son public et inversement.
Si l’on évoque beaucoup la pédagogie envers les citoyens dans les procédures de participation, il apparaît que pour réussir cette combinaison, les acteur publics et privés doivent eux-même être détenteurs d’une éducation à la représentation, à l’analyse visuelle, à la synthèse graphique pour que ces dispositifs hybrides soient pleinement préhensibles. De surcroit, la participation doit être déclenchée et motivée, pour découvrir toute sa puissance. C’est pourquoi accorder la représentation de la donnée et la participation nécessite un cahier des charges éclairé et un travail attentif de l’expérience utilisateur.
L’idée d’une plateforme muséale de la donnée, comme un territoire à explorer, au travers duquel chacun pourra bâtir sa place, développant son champs des possibles, a été introduite par Sarah Labelle (maître de conférence en SIC, Paris13) : « Comment pourrait-on mettre en avant des données stabilisées?. » Elle nous l’explique : « cette plate-forme permettrait d’offrir des expositions temporaires sur des sujets thématiques ; une collection fixe, ce que l’on pourrait considérer comme un cadrage général pour entrée dans la culture de la donnée ; des ateliers de manipulation réclamant « les mains dans le cambouis » ; des visites guidés d’entrepôt de la donnée ; et surtout un espace collaboratif de co-construction autour de projets mobilisant la donnée. »
Faustine Bougro.
#Infolab : Rendre populaire le travail de la donnée.
La Campagne Infolab a été lancée le jeudi 11 avril à l’occasion de la première rencontre du groupe de travail national, portant sur le thème “ Culture de la donnée et médiations”. Acteurs associatifs (Libertic, Open Street Map, collectifs citoyens Open Data Tours, Poitiers, Les Petits-Débrouillards, Décider Ensemble, La Fonderie…), membres de collectivités territoriales (Région PACA, Communauté urbaine de Bordeaux, CG Gironde, CG Hauts-de-Seine, CG Manche, Mairies de Paris et de Rennes…) et grands comptes (Alcatel Lucent, La Poste, La Caisse des dépôts, Gemalto…) étaient rassemblés pour entamer une réflexion sur la culture de la donnée et ses différentes formes de “médiation”. Retour sur cette journée…
Afin de mieux comprendre le contexte et les limites de l’ouverture d’un jeu de données, le thème de l’atelier proposé par Simon Chignard était particulièrement bien choisi : les prénoms. Tout le monde en a un, tout le monde sait ce que cela représente, et c’est une notion centrée sur l’humain et l’identité, de quoi rassurer les data-sceptiques, et de quoi faire vibrer les data-dandys.
L’entrée en matière dans le sujet s’est faite grâce à plusieurs articles de presse qui mettaient en évidence les modes de médiatisation du sujet : le prénom comme bien de mode, la recherche du prénom rare, les stéréotypes éditoriaux véhiculés par la presse… Après analyse de divers corpus de données sur les prénoms (INSEE, data.gouv, fichier d’état civil…jeu de données de Paris et Rennes), il est aisé de déceler les biais de ces jeux qui limitent leurs utilisations possibles.
En effet, les jeux de données ne sont pas identiques entre collectivités territoriales, la comparaison entre territoires devient alors difficile : une normalisation serait bénéfique, mais qui peut la porter ? Qui en est le garant ? Il y a un effet “boîte noire” sur la constitution des jeux de données et un manque de normes institutionnelles qui pourrait régler ces problèmes. Il serait également intéressant de préciser les limites de chaque jeux de données (ce qu’ils ne contiennent pas). Par exemple, dans les jeux de données des prénoms de l’INSEE, l’occurrence minimale (prénom rare) pour qu’un prénom soit inscrit est de 3 (si un prénom X a été donné que 2 fois sur ce territoire il n’apparaîtra pas dans le fichier). Sur le portail de la ville de Paris, elle est de 5. Pourquoi ce choix et cette différence? Qui fixe la norme (ou à défaut une pratique commune) ? Est-ce le rôle d’Etalab de proposer cela ?
Bien souvent, les problèmes de réutilisation de données viennent du fait que l’on ignore le contexte de production de ces mêmes données. Il nous manque des informations autour de la constitution des jeux : les métadonnées. Dans les données des prénoms d’une ville, on ne sait si la date d’inscription dans le jeu de données est la date de naissance de l’enfant ou la date de son enregistrement d’état civil ? Les enfants nés autour du 31 décembre sont certaines fois enregistrés sur l’année suivante, délai d’enregistrement oblige !
Les différences d’orthographe, de prononciation et de genre des prénoms ne sont pas prises en compte dans la constitution des jeux de données. Lorsque l’on veut analyser le prénom “Justin” comme indicateur social, on ne sait s’il se prononce à la française ou à l’américaine, et si du coup il se réfère davantage à Justin (de la Borderie), prénom à connotation bourgeoise, ou à Justin (Bieber), jeune chanteur de pop américaine représentatif d’une culture populaire transnationale. Les prénoms sont des données relativement simples et on s’aperçoit qu’elles posent déjà un certain nombre de problèmes: quel degré de complexité vont avoir des jeux de données de résultats financiers ou de santé publique ?!
Après cette analyse critique des données, nous avons identifié les principaux cas de réutilisation : les jeux de données des prénoms peuvent être utilisés pour montrer la diversité des prénoms (relativiser l’utilisation des prénoms rares, montrer la diversité des prénoms dans le temps), révéler les modes dans l’utilisation de tel ou tel prénom (orthographe, influence d’un fait d’actualité, d’un personnage de fiction, d’une star) ou encore utiliser le prénom comme indicateur social ou comme révélateur en période de crise. Est-on plus original dans le choix de son prénom en période de croissance ou d’austérité?
Très pédagogique, cet atelier permet de comprendre les étapes clés de l’utilisation d’un jeu de données : sa réception, l’analyse de ses potentialités, le défrichage à l’intérieur du jeu, les possibilités d’enrichissement et de réutilisation. Simon Chignard insiste également sur l’importance des métadonnées dans la publication des jeux de données : il faut davantage documenter le contexte de production des jeux.
On comprend alors les bonnes questions à se poser avant d’envisager toute production de sens avec un jeu de données : Qu’est ce qui est réellement présent dans le fichier ? Comment a-t-il été constitué ? Le fichier représente-t-il l’ensemble du corpus à étudier ?
Loup Cellard, Assistant Chef de Projet “Infolab”.
Retour d’expérience de Tamer El Aidy, Les petits débrouillards :
“A partir d’une approche concrète et “low-concept” (on compte les prénoms des nouveaux nés de l’année) nous avons brossé les tensions et problématiques liées à la génération de données publiques, leur utilisations et leur interprétations. Nous “louvoyons” alors entre lecture mathématique et interprétation sociologique. Cette double entrée place la culture de la donnée comme levier de transformation démocratiques tout en prenant en compte sa dimension technique (format, norme, fiabilité …).”
#Infolab : forgeons une culture de la donnée !
“C’est en forgeant que l’on devient forgeron”. Le proverbe aurait pu figurer en sous-titre du premier atelier national Infolab. Il traduit l’idée que la compréhension des enjeux de la donnée passe aussi (avant tout ?) par notre capacité à mettre les mains dans le cambouis.

Nous avons donc beaucoup forgé lors de cette après-midi. La donnée (notre “matière première”), nous l’avons manipulée, chauffée, tordue pour essayer d’en tirer quelques idées sur la culture de la donnée et sa (nécessaire) médiation.
Les sujets étudiés étaient différents : les données d’entreprises, les statistiques de l’emploi et de l’activité économique, les prénoms les plus populaires… Mais au-delà de cette apparente diversité, les questions se ressemblent : Comment traduire les questions en données ? Comment aborder avec un regard critique les données disponibles ? Quelles compétences requises pour les faire parler ?
“C’est en forgeant que l’on devient forgeron”. Mais que devient-on en manipulant de la donnée ? La question du rôle des médiateurs est posée ici, de même que celle de l’expertise. Les sachants d’un domaine (ceux qui maîtrisent un sujet ou une thématique) vont-ils être supplantés par les experts de la manipulation des données ? Au moment où data-scientist devient un métier sexy, cette mise en pratique aura pu démontrer que la donnée n’est pas réservée aux forts en maths…
Après le bruit et le chaleur de la forge, nous avons souhaité prendre un peu de recul, pour ré-interroger la notion-même de médiation (le forgeron est devenu praticien réflexif …). Qu’est-ce que ce terme veut dire ? Qui sont les acteurs et les objets de la médiation ? Sarah Labelle nous a proposé un éclairage, de la médiation culturelle à la sociologie de l’innovation, soulignant la diversité des objets et des processus de médiation existants et envisageables. L’échange qui a suivi aura même permis d’imaginer un possible “Musée de la donnée”, ses expositions permanentes et temporaires, ses ateliers de découverte et de co-construction. La rencontre s’est conclue par la présentation d’un premier inventaire des outils et des dispositifs d’animation et de médiation autour de la donnée. Un travail qui se poursuivra au cours des prochains mois pour alimenter les expérimentations territoriales et le guide des médiations. “Practice makes perfect” disent nos voisins d’outre-manche : ce premier atelier n’est que la première étape de notre parcours Infolab, nous aurons donc l’occasion de remettre le sujet de la culture de la donnée sur la table…
Simon Chignard
La Campagne Infolab a été lancée le jeudi 11 avril à l’occasion de la première rencontre du groupe de travail national, portant sur le thème “ Culture de la donnée et médiations”.
Acteurs associatifs (Libertic, Open Street Map, collectifs citoyens Open Data Tours, Poitiers, Les Petits-Débrouillards, Décider Ensemble, La Fonderie…), membres de collectivités territoriales (Région PACA, Communauté urbaine de Bordeaux, CG Gironde, CG Hauts-de-Seine, CG Manche, Mairies de Paris et de Rennes…) et grands comptes (Alcatel Lucent, La Poste, La Caisse des dépôts, Gemalto…) étaient rassemblés pour entamer une réflexion sur la culture de la donnée et ses différentes formes de “médiation”. Retour sur cette journée…








