Speaker #Lift14Fr : pourquoi venir écouter Ben Waber @bwaber le 21 oct. à Marseille ?

Par aurialiej - 28 août 2014

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Quand dans une même phrase je rencontre les mots “données comportementales”, “performance”, “mesurer”, “analyser”, “optimiser”, … je ne peux m’empêcher de penser au roman de science-fiction Nous autres de l’auteur russe Evgueni Zamiatine, écrit en 1920 (donc bien avant Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell). L’État, décrit dans cette contre-utopie, organise et contrôle de façon mathématique les moindres aspects de l’existence de ses citoyens (travail, sexualité, temps de loisir, …). Le narrateur D-503 profite de son Heure Personnelle pour écrire des notes sur le fonctionnement de l’Etat unique, dans le but de laisser un témoignage sur la perfection de la vie édifiée par le Bienfaiteur. Mais comme dans toute machine bien huilée, un grain de sable vient perturber la vie de l’ingénieur : une femme I-330, membre d’un groupe de résistants, voulant remettre de la fantaisie, de l’imagination et de l’inconnu dans l’ordonnancement parfait de ce monde.

Bien sûr, l’analogie entre le monde de Nous autres et les recherches de Ben Waber, co-fondateur de Sociometric Solutions est fortement exagérée. Ce doctorant du MIT Media Lab, passé par Harvard et spécialisé dans les “dynamiques humaines”, cherche à augmenter la réalité sociale des lieux de travail en modifiant la configuration des espaces et en optimisant les relations entre les employés. Pour cela il analyse les données récoltées par les capteurs des badges des employés, qui mesurent leurs mouvements, le ton de leur voix, leurs interactions avec les autres, …

Des entreprises qui ont fait appel à Sociometric Solutions ont ainsi pu constater que ceux qui déjeunaient à des tables pour 12 étaient plus productifs que ceux qui mangeaient à des tables de 4, ou que des salles de réunions prévues pour 10 étaient utilisées en majorité par des groupes de 3 à 4 personnes… Une fois cela connue, il devient alors plus facile de modifier l’aménagement des locaux et d’améliorer les conditions de travail pour augmenter la productivité de son équipe. Et un point important à préciser : aucune donnée sur un employé en particulier n’est transmise, afin de garantir que le système ne serve pas simplement à de la surveillance.

Pour en savoir plus sur les recherches de Ben Waber et sur les solutions pour améliorer les espaces de travail et la collaboration entre les salariés, il ne vous reste plus qu’à vous inscrire à Lift with Fing 2014 en allant à cette adresse : http://liftconference.com/lift-france-14/tickets_fr

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Et en extra, je ne résiste pas à vous mettre un extrait de Nous autres, dans lequel le héros D-503 décrit notre époque :

Ce qui m’a toujours paru le plus invraisemblable est ceci : comment le gouvernement d’alors, tout primitif qu’il ait été, a-t-il pu permettre aux gens de vivre sans une règle analogue à nos Tables, sans promenades obligatoires, sans avoir fixé d’heures exactes pour les repos ! On se levait et on se couchait quand l’envie vous en prenait, et quelques historiens prétendent même que les rues étaient éclairées toute la nuit et que toute la nuit on y circulait. (…) N’est-il pas absurde que le gouvernement d’alors, puisqu’il avait le toupet de s’appeler ainsi, ait pu laisser la vie sexuelle sans contrôle ? N’importe qui, quand ça lui prenait… C’était une vie absolument a-scientifique et bestiale. Les gens produisaient des enfants à l’aveuglette, comme des animaux. N’est-il pas extraordinaire que, pratiquant le jardinage, l’élevage des volailles, la pisciculture (nous savons de source sûre qu’ils connaissaient ces sciences), ils n’aient pas su s’élever logiquement jusqu’à la dernière marche de cet escalier : la puériculture.”

 

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#SpeakerLiftWithFing2014 : pourquoi venir écouter Patricia Vendramin ?

Par aurialiej - 26 août 2014

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La 1e fois que j’ai entendu parler de la sociologue Patricia Vendramin, c’était au tout début du travail de veille mené pour le programme Digiwork (sur les mutations du travail sous l’influence du numérique). J’étais tombée sur les notes de lecture de la revue Réseaux, faisant référence à son concept du nomadisme coopératif, décrit en 2004 :

En ce sens, le nomadisme coopératif, en rappelant que les individus ont dorénavant un sens du collectif et de l’engagement différent, constitue une aide précieuse pour réorienter l’activité syndicale : les “nouveaux salariés” aspirent autant qu’autrefois à la solidarité, mais ils l’envisagent sur le modèle du projet (partager des objectifs limités à court terme), dans lequel ils sont prêts à s’engager en sujets – sans délégation –, avec des groupes provisoires composés de salariés appartenant à des métiers et des entreprises divers (réseaux).

L’auteure rapprochait ce concept du compagnonnage apparu au début du XIXe siècle en France. Au sein de l’équipe Digiwork, nous avions également l’intuition que l’individu au travail au XXIe pouvait être représenté sous la forme d’un compagnon moderne, qui en plus d’avoir ses outils de travail dans sa musette, mettrait ses réseaux, son matériel, ses applications … et aspirerait à plus de sens, à de la solidarité, au-delà de l’autonomie souhaitée. 

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Cette citation est donc tout à fait d’actualité et résume assez bien toutes les problématiques abordées dans le programme Digiwork et qui seront également traitées à la conférence Lift with Fing “Tr:availler autrement le 21 octobre, notamment par Patricia Vendramin, sur le sujet “Le nomade coopératif, emblème d’un nouveau rapport au travail ?”.

» Inscription : http://liftconference.com/lift-france-14/tickets_fr

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#SpeakerLiftWithFing2014 : pourquoi venir écouter Stefana Broadbent ?

Par aurialiej - 19 août 2014

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L’anthropologue Stefana Broadbent (@stefanabroadben) est connue pour son ouvrage L’intimité au travail,  traitant de la porosité croissante des temps professionnel et personnel, causée par l’usage des outils numériques dans notre quotidien. Elle montre notamment l’intérêt des organisations à faciliter cette communication personnelle pendant l’activité professionnelle, du fait de son bénéfice sur le travail et l’apprentissage.

Dans un entretien accordé à Internetactu.net, elle rappelait ceci : “Or, il faut comprendre comment est organisé le travail aujourd’hui. Ces 20 dernières années, grâce aux TIC, on a isolé les travailleurs, on les a instrumentalisés, divisés… Jusqu’à l’introduction des téléphones mobiles, on pouvait encore compter sur la présence, sur l’attention de l’employé, mais depuis… Les mobiles font resurgir toutes les failles de l’organisation du travail telle qu’on l’a construite. Bien sûr, la réaction consiste trop souvent à contrôler, punir, restreindre… Alors que c’est le travail lui-même qu’il faut repenser. On ne peut pas avoir un niveau croissant d’éducation, d’autonomisation, d’habileté… et un contexte de travail aussi pauvre socialement et cognitivement !

Stefana Broadbent connaît donc très bien la thématique des mutations du travail dans une société numérique. Mais si nous l’avons invitée cette année à Lift with Fing, c’est pour qu’elle aborde son nouveau thème de recherche faisant le lien entre précarité et numérique et plus précisément sur le rôle que peut jouer les canaux de communication numérique face à la précarité et à l’instabilité des trajectoires professionnelles, de plus en plus éclatées. Un sujet très actuel, malheureusement, sur lequel elle a très peu communiqué pour le moment.


Pour venir l’écouter le 21 octobre, pensez donc à vous inscrire à cette adresse :http://liftconference.com/lift-france-14/tickets_fr

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#SpeakerLiftWithFing2014 : pourquoi venir écouter Antonio A. Casilli ?

Par aurialiej - 23 juillet 2014

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Les concepts d’exploitation, d’aliénation, de prolétariat sont des idées fortes de la philosophie marxiste, que l’on pourrait considérer comme dépassées voire anachroniques dans la société numérique d’aujourd’hui. Et pourtant elles sont tout à fait actuelles, mais adaptées à notre époque, comme le montre les recherches d’Antonio A. Casilli (@bodyspacesoc), maître de conférences en Digital Humanities à Telecom ParisTech, sur le digital labor, le cognitariat ou le playbor.

Voilà l’extrait d’un entretien qu’il a donné à l’Humanité le 31 mars 2014, présentant une première vision de ces concepts :

L’exemple que j’aime donner est celui de Mechanical Turk. On y trouve du travail que les machines font très mal : identifier des gens ou des objets sur des photos, organiser des listes de morceaux de musique (Playlist) par genre, ou résumer en un mot l’émotion qui se dégage d’un message. Les ouvriers d’Amazon, les turkers, sont payés quelques centimes pour le faire, mais c’est aussi exactement ce qu’on fait lorsqu’on arrange une playlist sur Deezer ou Spotify, ou qu’on « tag » un proche sur une photo Facebook. Des turkers sont aussi rémunérés pour cliquer sur des liens, « liker » sur Facebook, ce qu’on peut faire par notre usage normal d’Internet. La seule différence est l’objectivation du travail. La frontière entre l’activité travaillée et le loisir se brouille, c’est pourquoi des sociologues emploient de nouvelles notions comme Playbor, contraction de Play, le jeu, et Labor, travail.

Si vous voulez en savoir plus, venez à Lift with Fing les 21 et 22 octobre à Marseille, il interviendra dans la 3e partie “Compter, mesurer, valoriser le travail : Taylor 3.0” de la partie conférence !

» Programme : http://liftconference.com/lift-france-14/program_fr

» Inscription : http://liftconference.com/lift-france-14/tickets_fr

Source photo : Ivo Näpflin pour Lift Conférence

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Deux visions du corps numérique : algorithmique et bionique

Par tmarcou - 05 mai 2014

Cet article de Rémi Sussan a été publié initialement sur Internet Actu

Le sport est-il en train de devenir une activité quasi scientifique ? C’est la question que l’on peut se poser en observant combien le numérique et les capteurs sont en train de transformer les pratiques sportives. On pense bien sûr aux performances de courses et d’endurances que tout à chacun mesure désormais avec son smartphone, mais pas seulement… La transformation ne touche pas que les sports individuels et les pratiques amateures, mais également les sports collectifs et les pratiques professionnelles. C’est le cas par exemple du football. C’est ce qu’on a découvert lorsque Carlo Ancelotti, l’entraîneur du PSG, a instauré le port du brassard GPS lors de l’entraînement de ses joueurs, et s’est accompagné d’un “super-nutritioniste” chargé d’optimiser les potentialités des membres de l’équipe. Ce mouvement de fond n’est d’ailleurs pas propre au football. Les cyclistes de la Team Sky, dont Bradley Wiggins et Christopher Froome sont les plus connus, optimisent tellement leur technique, à coup de mesures et de graphiques, qu’on a pu à plusieurs reprises les soupçonner de pratiquer le dopage…

Philippe Gargov (@philippegargov), conseil en prospective urbaine, animateur du blog Pop-up urbain, s’intéresse également aux stratégies footballistiques sur football totalitaire (@footalitaire). A l’occasion d’un atelier du groupe de travail Bodyware de la Fing, il est revenu sur les tenants et les aboutissements d’une telle révolution (voir également son article de fond sur l’usage de la statistique dans le football réalisé pour Les Cahiers du football).

Football et Data

Les données sont bien sûr au centre de cette nouvelle approche du sport. Mais pour en recueillir, encore faut-il disposer de capteurs adéquats. Si l’usage des brassards connectés se répand de plus en plus, il existe aussi des systèmes de capteurs plus exotiques, comme certains ballons “augmentés” (à l’image du ballon de basket 94fifty et du Smart Ball d’Adidas). Mais un ballon de foot est déjà très optimisé pour un environnement précis et ajouter des capteurs n’est pas forcément la meilleure idée… En fait, une bonne part des data qu’on peut récupérer sur un match de foot le sont par des moyens tout a fait classiques : à l’aide des caméras qui enregistrent les actions sur le stade.

Evidemment seuls les pros peuvent profiter de ces brassards ou de la présence constante de multiples caméras. Dans le domaine amateur ou semi-pro, il existe des moyens plus artisanaux de récupérer des données. Les centres de formation aux Etats-Unis sont souvent équipés de l’application Performa Sport, qui fonctionne sur iPad (vidéo). Celle-ci permet d’enregistrer les actions rapides des joueurs, soit en temps réel soit en s’aidant d’une captation vidéo. Avec un tel outil, on peut montrer à un joueur comment il peut s’améliorer, objectiver sa pratique.

Entre le semi-pro et l’amateur, il y a le domaine du “proamataeur”, qui pourrait aussi bénéficier de tels enrichissements numériques : il existe par exemple des vélos d’appartement connectés pour refaire le tour de France, d’Italie, les paramètres de l’appareil reproduisent les pentes de la vraie course : on essaie ainsi de calquer ses performances sur le niveau professionnel.
Autre exemple Nike Plus, une chaussure équipée de capteurs permettant de mesurer des données comme la vitesse, l’accélération…

Philippe Gargov nous a expliqué qu’il existe quatre générations de statistiques appliquées au foot : la première ne se préoccupe que des scores, de qui a gagné le match ; elle ne nécessite pas d’outils de mesure, ni d’êtres humains se consacrant à la tâche de récupérer des données. La seconde entre un peu plus dans les détails : elle enregistre le nombre de passes et d’actions basiques effectuées par chaque joueur. Un agent humain chargé du comptage devient nécessaire. La troisième génération prend en compte les mouvements sur le terrain : il faut donc utiliser des capteurs, pour la géolocalisation, et obtenir des données sur le mouvement, la vitesse. La quatrième génération, déjà réalisable mais pas encore effective, devrait intégrer des capteurs physiologiques. La cinquième génération est encore à imaginer…

Le métier d’une société comme Opta Sport est de travailler sur ces statistiques, qu’ils accumulent et qu’ils vendent à des partenaires externes. Trois personnes travaillent sur chaque match. Deux d’entre elles se chargent d’enregistrer les actions, la troisième vérifie les stats. En matière de capteurs, pas de brassards, encore moins de ballons connectés ; ils se contentent d’analyser en temps réel les images retransmises par les caméras.

Mais avec ces techniques on arrive assez vite aux limites du chiffre pour le chiffre. Or, ce qui intéresse Opta, c’est de déterminer les indicateurs qui permettent d’objectiver la performance, de créer des profils… C’est une chose de savoir si un joueur est bon ou mauvais, mais son rôle est-il impactant dans l’équipe, et de quelle manière ? Même si, aujourd’hui, les lecteurs sont de plus en plus capables de suivre ces tableaux et ces graphes, les statistiques nécessitent un minimum d’éditorialisation et d’explication. Une société comme Squawka.com produit de l’éditorial en grande quantité à partir des stats d’Opta.

Cet usage général de la statistique ne pose-t-il pas des questions éthiques ? Que se passe-t-il par exemple si un joueur se sent fatigué et souhaite arrêter alors que les statistiques affirment qu’il doit continuer ? Pour Philippe Gargov, les risques ne sont pas tant à craindre du milieu du sport professionnel que des milieux amateurs ou pro-amateurs, par exemple dans le cas d’une relation entre un jeune de 16 ans et un éducateur qui découvre la statistique et qui peut mettre l’adolescent en danger…

L’arrivée de ces outils mathématiques a déjà des incidences. Elle a fait naître une nouvelle génération de jeunes “blogueurs de foot” qui raisonnent à partir de ces chiffres et publient leurs pronostics et leurs avis en se basant sur eux. Ce qui ne va pas sans faire grincer les dents des analystes à l’ancienne mode, pas forcément heureux de voir de jeunes gens contredire leurs analyses basées sur plusieurs années d’expérience, à l’aide de ces colonnes de chiffres. Un Michael Cox, qui utilise de telles techniques dans son blog Zonal Marking, a aujourd’hui rejoint les grands médias et travaille au Guardian.

A quoi ressemblera un média sportif demain ? Avec Fabien Girardin et Scott Smith, Philippe Gargov a participé à un projet de Design-fiction Today Sports, un journal sportif publié en 2018. En plus de l’injection massive de stats, ce futur magazine utiliserait de nouveaux outils très inspirés par les technologies du numérique, comme “Molecula Football”, un outil d’analyse du réseau de joueurs, et inspiré par un procédé expérimental déjà existant, Footoscope, également mis au point par Fabien Girardin.


WinningFormula

Image : le projet Today Sports du Near Future Laboratory.

Aux Etats-Unis, Moneyballle livre (et le film) du journaliste Michael Lewis revenant sur les exploits de l’entraîneur de baseball Billy Beane, nous avait déjà montré combien les statistiques (lasabermétrie) ont modifié le recrutement des joueurs et l’analyse de leurs performances. Ce que nous montre Philippe Gargov, c’est que les nouvelles métriques du sport ne vont pas seulement transformer le discours sur le sport, mais d’abord et avant tout les pratiques…

Bionique open source

Mais notre rapport au corps n’est pas seulement qu’une question de performance et d’optimisation… Ou alors ces deux termes peuvent avoir un autre sens… Nicolas Huchet a eu, il y a 12 ans, un accident du travail qui a entraîné l’amputation de son avant-bras droit. Suivant l’actualité du marché, il a appris l’existence de nouvelles prothèses qui permettent d’effectuer un mouvement pour utiliser des objets. Des capteurs enregistrent la contraction des muscles qui entraînent une action de la part de la main robotique. Malheureusement, ce genre d’appareil n’est pas à la portée de toutes les bourses, et Nicolas Huchet a appris de son prothésiste que s’il désirait un tel engin, son acquisition serait à sa charge : entre 30 000 et 60 000 euros. En effet la sécurité sociale ne rembourse qu’un seul type de prothèse…

C’est alors qu’il apprit l’existence d’un Fab Lab à Rennes, le Labfab. Il a alors contacté ses membres pour leur demander s’il était possible de concevoir une main robotique. C’est ainsi qu’en février 2013, fut lancé Bionico (@bionicohand), un projet open source destiné à concevoir et fabriquer une prothèse de main accessible pour tous, même et surtout les pays du tiers monde. Il faut savoir que 10 % des amputés sont des amputés de la main et 80 % se trouvent dans les pays en voie de développement.

Nicolas Huchet et ses associés sont donc allé chercher sur thingiverse, le site de partage de créations prêtes à imprimer en 3D, les plans d’une main robot et en ont trouvé une, celle d’Inmoov,le robot humanoïde à taille humaine conçu par Gael Langevin. Ils ont acheté les pièces, téléchargé les plans, utilisé un Arduino puis ont transformé cette main robot en une prothèse à 200 euros.

bionicohand
Image : Nicolas Huchet (à gauche) avec sa main Bionico, le robot humanoïde Inmoov et Gaël Langevin.

Au mois de juin, à la fête du numérique, Hugues Aubin (@hugobiwan), chargé de mission nouvelle techno de la métropole de Rennes et l’un des ardents animateurs du LabFab, surnommé le “bras droit” du projet, est arrivé avec la main robot arrimée sur son bras et dotée de capteurs. La démonstration a eu un certain succès. Une équipe de la Makerfaire, le grand salon itinérant de la bidouille lancé à l’origine par Make Magazine, était présente, et les porteurs du projet Bionico se sont ainsi retrouvé à Rome pour l’événement Makerfaire 2013, où le projet a été primé. Ensuite, ce sont des Russes qui les ont invités à leur propre évènement, le Geek Picnic Festival.


Bionico-Tu imagines Construit par bionicohand

Au-delà du succès d’estime du projet, reste que son but n’était pas de construire une main robot mais de créer une prothèse accessible, au Cambodge comme au Ghana. Et pour y parvenir, il y a encore du travail à réaliser. D’ailleurs, la question même de la nature d’une telle prothèse se pose encore : quelles en sont les fonctions minimum ? Faut-il vraiment 5 doigts ? Doit-elle être esthétique ?…

Où en est aujourd’hui le projet Bionico ? La main robot est prête, ainsi que les capteurs musculaires. Mais il reste des obstacles à franchir, et en premier lieu, le problème de la solidité. Celle-ci doit impérativement être améliorée, et sur ce point il est possible que la technique d’impression 3D ait atteint une limite : les matériaux utilisés sont trop fragiles. Certaines fonctions, comme l’effet de pince, sont difficiles: la main robot ne peut pas saisir d’objets.

En parallèle à la main bionique, le Labfab travaille en partenariat avec l’Institut national des sciences appliquées de Rennes sur une prothèse mécanique, la Mecanicohand, plus orientée vers des travaux de force. Nicolas Huchet nomme ces deux projets en les comparant : “la prothèse des villes et la prothèse des champs”.

En tout cas, l’intérêt pour cette main bionique ne s’est pas tari. Nicolas Huchet et son groupe vont ainsi se retrouver bientôt à l’université John Hopkins pour tester une main développée là-bas pour la modique somme de… 15 millions de dollars ! Si toutes les capacités de cette prothèse ne sont pas réplicables, peut-être y’a-t-il des idées qui pourraient permettre d’améliorer les mains robotiques et mécaniques de Bionico, quitte à les interpréter très différemment. D’ailleurs, la prothèse Bionico n’est pas la seule application au corps développée par le Labfab de Rennes. Par exemple, Hugues Aubin y a créé un gant sonar pour les aveugles, là aussi une version à bas prix d’un système bien plus onéreux. Ce gant a été créé à l’aide de deux moteurs de manette de Playstation 2 et des capteurs ultrasons. Et comme toujours, un Arduino.

En conclusion, Nicolas Huchet a spéculé sur l’avenir d’une prothèse comme Bionico. Peut-être ne se limitera-t-elle pas à remplacer des mains amputées, mais sera-t-elle utilisée par les gens désirant une troisième main pour accomplir des tâches spécifiques… Quand la réparation de soi aboutit à la modification de soi. Le Body Hacking demeure visiblement porteur de bien des espoirs

Rémi Sussan